POINT DE VUE DÉFENSIF FRANÇAIS
Par la perte de nos trois lignes défensives éventuelles, celle du Rhin (de Lauterbourg à Bâie), celle des Vosges (de Bilche à Belfort) , celle de la Moselle (de Thionville à Ars), la France et sa capitale se trouvent à découvert et protégées par une ligne unique, la Meuse (de Mézières à Coramercy); et comme avancée, par la crête boisée qui sépare les bassins de la Meuse et de la Moselle.
Cette crête elle-même, qui n'a de valeur défensive que depuis Esch jusqu'à la hauteur de Briey, est de fait annulée sur un point par la cession fâcheuse de Saint-Privat-la- Montagne et de Sainte-Marie-aux-Chênes, ces clefs de Metz, de la vallée de l'Orne, des routes de Briey, Thionville, Verdun, Saint-Mi h iel, Toul et Nancy, ce théâtre, enfin, de la bataille du 18 août 1870, si glorieuse pour nos soldats et si ignominieuse pour le maréchal Bazaine.
Trois chemins de fer, avec leurs routes corollaires, abordent cette ligne de la Meuse :
Paris à Lunéville,
Paris à Verdun,
Mézières à Thionville.
Deux chemins de fer seulement traversent la crête de séparation des deux bassins :
Paris à Lunéville,
Mézières et Thionville.
De Thionville à Mézières et Montmédy, la route passe par la vallée de la Feusch, par Fontoy, remonte sur la crête, atteint la côte 403, point le plus élevé du pays, point stratégique énorme, nœud de cinq routes et cinq vallées, d'où l'on est maître absolu des deux bassins.
De Thionville à Mézières , le chemin de fer suit également la vallée encaissée de la Feusch, passe sur sa rive droite près de Fontoy, au moyen d'un aqueduc de sept arches, puis par une pente en corniche, facilement destructible, arrive sur le plateau, d'oij il parvient, sans travaux d'art, par des rampes douces, jusqu'à Longuyon, Montmédy.
Chemin de fer et route sont dominés par les hauteurs situées à droite et à gauche de la Feusch, particulièrement celle du sud, au nord de Neufchef, au milieu de la forêt des Tillots à la cote 366.
Maître donc de cette position d'Aumetz et de Fontoy, on empêche totalement les Prussiens de déboucher dans les vallées de la Meuse, du Chiers et de l'Othain.
On ne peut être tourné sur la gauche.
Enfin, avec les hauteurs de Briey, Conflans, Fresnes, Verdun, l'Orne, on retrouve avoir, de Vilierupt à Verdun, la plus belle position défensive qu'on puisse rechercher, ligne également défensive, appuyée sur deux routes, deux chemins de fer et trois places fortes.
Cette position nous permet d'attendre les Prussiens, d'annuler la valeur de Thionville, de les forcer, s'ils veu-
lent marcher sur Paris, de se présenter de flanc et de s'avancer difficilement dans le vaste entonnoir formé parla Champagne.
Remarquons enfin que nous n'avons entre Paris et la frontière que deux lignes de chemin de fer parallèles à nos bases d'opérations éventuelles :
La première (d'Avesnes par Hirson, Mézières, Montmédy, Longuyon à Thionville) ;
La deuxième (d'Amiens par Laon, Reims, Châlons, Vitry à Chaumont) .
II est donc important de ne pas annuler une portion de la première, en en remettant la clef à nos envahisseurs.
Exemple militaire : Pour indiquer la valeur capitale de ces points de crête, il suffira de rappeler que, dans leur mouvement tournant autour de Metz , les Prussiens ont eu pour unique et principal objectif Saint-Privat-la-Montagne. Maîtres de ce point qui leur livrait la route de Paris , ils firent occuper de suite Longuyon, Aumetz et Fontoy. Quant à Thionville, Montmédy, ils ne s'en occupèrent que subsidiairement après la chute de Metz.