LE DÉBARQUEMENT
Nous en aurons fini avec l'action de la mer sur la terre quand nous aurons relevé le rôle éventuel de l'artillerie navale dans les batulles de terre, et parlé des débarquements.
Passons rapidement sur le premier point. Les canonnières cuirassées dans les combats fluviaux du Paraguay, et à Paris en 1870, sont manœuvrées par des marins. Klles rendent de grands services. Aux deux passages du Yalou, en 1894 et 1904, les avisos japonais contribuent sérieusement à la victoire. En août 1877, un défilé, celui de Gagry, convoité par les Russes, se trouve commandé par un bateau turc. Au Chili, la flotte appuie de son feu un grand nombre des principales attaques d'infanterie, et contre les fortifications des villes et même en rase campagne. Enfin, la collaboration des bateaux est un appoint sérieux pour l'armée d'investissement de Port-Arthur en 1904. Au combat de Kin-Tchéou, qui permet aux Japonais d’'occuper l'isthme, première clef de la position, figurent des bâtiments des deux partis, en particulier des canonmères russes. Un mouvement tournant qui longeait la plage est arrêté par le feu des bateaux plus que par celui des troupes.
Il ne reste qu'à signaler les dangers courus par les lignes de chemin de fer voisines du littoral et exposées
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aux vues du large, pour marquer l'importance réelle de cet empiétement, tout limité qu'il est, d'un élément sur l’autre.
Mais la grande menace de la mer, c'est le débarquement. C'est la seule qui vise au but final de la guerre, l'occupation, la coercition.
IL faut d'abord remarquer que presque toutes les guerres que nous avons à considérer ont comporté des débarquements. Seule, celle de 1870 se contente d'un projet. Quarante mille hommes auraient été jetés sur la côte allemande, si nous avions remporté les premiers succès.
Je n'entre pas dans le détail, me bornant à rappeler comme quoi (au Chili et en Mandchourie par exemple, de même qu'aux États-Unis dans la guerre de Sécession) la marine offrait souvent le seul moyen pratique de transport le long d’un même rivage. Ce fait, spécial aux régions mal pourvues de routes et de chemins de fer, tend à devenir moins fréquent. Mais il restera longtemps encore la règle en certains pays coloniaux.
Au Chili, pendant la révolution de 1891, la flotte fournit un exemple plus curieux de son pouvoir de transport; elle servit à plusieurs reprises de refuge momentané aux garnisons, minimes il est vrai, obligées d’évacuer les ports. Pisagua en offrit la première occasion.
Les effectifs militaires se sont fort accrus au cours du dernier demi-siècle. Il n’est pourtant pas absolument sûr que la progression se doive poursuivre. D'autre
part, la puissance de transport attribuable à chaque navire et le nombre de navires utilisables dans chaque pays n’ont pas moins augmenté : tout fait prévoir qu'ils continueront, Tout cela ne permet pas de reléguer l’utilisation de la marine comme transport d'armée le long même des côtes au nombre des hypothèses irréalisables.
Dans un récent discours, M. Balfour évaluait à soixante-dix mille hommes l'effectif nécessaire pour prendre pied sur le rivage de la Grande-Bretagne; ce qui représente un convoi naval de deux cent mille à deux cent cinquante mille tonneaux.
Ceci nous amène à la statistique des cas connus. En Crimée, on avait débarqué plus de soixante mille hommes, portés par trois cent cinquante bâtiments. Les Anglais conduisirent au Transvaal une population militaire de quatre cent cinquante mille hommes environ. Quant aux Japonais, il faudrait peut-être chiffrer à cinq cent cinquante mille ou six cent mille le nombre des hommes qu'ils ont jetés et entretenus de tout pardessus le détroit de Corée.
Ces trois exemples sont les plus éloquents. Il convient toutefois de tenir compte d’un autre obstacle que le nombre et l'encombrement, je veux parler de la résistance opposée par l'ennemi. D'abord résistance navale : il faut autant que possible commencer par se rendre maître de la mer, avant d’y hasarder de pareils et si fragiles convois. Néanmoins, les Français vis-à-vis des Chinois, les Japonais vis-à-vis des mêmes et des
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Russes, n'eurent pas à se repentir d’avoir tout d'abord négligé cette précaution, et, pour abréger, offert la bataille navale, leurs débarquements effectués ou en train. Il faut être dans ce cas bien assuré de sa supériorité, sinon, comme les Italiens à Lissa, comme les Chinois au Yalou, non seulement on expose son convoi, mais on enchaîne son escadre, et souvent on l’affaiblit du même coup, la compromettant ainsi de deux façons.
Il y a ensuite la résistance au rivage. Comme c’est de celle qui accueille la première mise à terre que dépend le succès ou l’insuccès de toute l'opération, cet acte du drame mérite une attention particulière. Pour juger la force de pénétration d'une armée d'outre-mer au travers d’une défense littorale, il faut donc tenir compte avant tout de l’effectif qui peut être transporté et débarqué d’un seul coup, à la fois, sous le feu de l'ennemi.
A vrai dire, les guerres de notre période n'ont pas fréquemment posé le problème, parce qu’on savait la plupart du temps que l'ennemi ne ferait pas de résistance sérieuse : on débarquait en pays neutre ou à demi désert et dégarni de forces, ou avec des intelligences dans la région. On n'avait pas à prendre des précautions complètes. En janvier 1895 pourtant, les Japonais envoyaient dans la baie de Young-Tching, près du cap Chantoung, vingt-six mille hommes qui pouvaient avoir à prendre pied de vive force. Cette expédition montre le succès de dispositions minutieusement réglées et en offre un modèle. Il fallut cinquante-