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TORPILLE ET ÉPERON

Les remarques précédentes s'appliquent aussi bien à la tactique des flottilles et unités détachées. Nous venons de considérer le combat d'artillerie en haute mer : nous retombons dans le domaine de la torpille et des torpilleurs. La première condition de succès pour une attaque est donc de bien connaître, par une étude préalable, la position de la force à attaquer, de bica savoir ce qu'on va faire. Elle se rexccnire dans ies cas de réussite : attaques au mouillage dans la guerre russo-turque, ou

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à Caldera du Chili en 4891, à Wei-ha-Wei, à Port- Arthur, etc.; attaque, à Tsoushima, d’une escadre immobilisée en vue. Partout ailleurs, quand il faut en même temps rechercher l'ennemi et l'attaquer, les mécomptes sont nombreux, fût-il au mouillage. Ainsi, la nuit du 8 au 9 février 1904, une division de torpilleurs japonais, chargée d'opérer dans la baie de Dalny, ne sut pas découvrir les bâtiments qui s'y trouvaient.

En outre, il faut pouvoir procéder par surprise (Caldera, Port-Arthur) contre des gens qui ne se gardent pas ou ne croient pas quon veuille les torpiller, ou alors avoir affaire à des vaincus hors d'état de mettre en œuvre leurs moyens de défense. La tactique de l’adversaire consiste donc à bien ouvrir des yeux défiants, à éviter les nuits au mouillage sur les côtes dangereuses, ou bien à s'y entourer des barrages et filets Bullivant qui ont fait leurs preuves depuis Soulina en 1877, jusqu'à Port-Arthur (fin du Sébastopol en 1904). Joignons-y la ronde des destroyers. La seule apparition de trois d'entre eux mit en fuite la seconde moitié des torpilleurs japonais dirigés, le 8 février au soir, sur Port- Arthur. Les assaillants, exposés au danger d’être interceptés et poursuivis, ne se risqueront pas à parcourir sans soutien un long trajet; toute attaque tentée par eux loin de leurs propres côtes et de leurs abris devra s'appuyer sur une escadre. C'était le cas à Port- Arthur.

Il convient aussi de tenir compte du temps qu'il fait. L'état de la mer faillit à Tsoushima réduire à néant le

=. 0 rôle de la flottille. A Wei-ha-Wei le froid, à Port-

Arthur les lames, firent rater plusieurs lancements. La nécessité d'affronter la mer, jointe au besoin d'unités nombreuses pour jouer le rôle d’estafette et former les cordons de surveillance et de blocus, conduira probablement à augmenter le tonnage des torpilleurs et à les fondre avec les contre-torpilleurs en un modèle unique de trois cents à cinq cents tonneaux.

Il ne suffit pas de voir l'ennemi, de l’approcher et de lancer sa torpille : il faut toucher. Les progrès récents de la Whitehead, notamment l'appareil Obry, en ont bien étendu jusqu’à 1000 ou 2000 mètres la portée théorique. En pratique, sa vitesse, à peine double de celle des bateaux, la rend inutilisable à ces distances. Les torpilles lancées à Tsoushima par les cuirassés Japonais, entre 1200 et 1800 mètres, n’ont atteint personne. Or la lenteur relative de la torpille tient à son poids et au milieu où elle se meut et frappe, c’est-à-dire à son efficacité essentielle. Les Japonais paraissent avoir lancé souvent de trop loin: sans quoi, le 9 février, tous leurs coups eussent dû porter; sans quoi le Cesarewitch ne leur eût pas échappé, le 10 août. On est aveuglé par les projecteurs; et malgré le dévouement le plus absolu, on ne renonce pas bénévolement à se sauver du feu qui vous assaille. Dès qu’un torpilleur s'estime assez près pour réussir, il s’empresse de lancer. On ne changera pas là-dessus la nature humaine. Aussi faut-il, pour réussir, beaucoup de courage contre l'illusion qu'on est

assez près.

Nous avons vu à Tsoushima confirmer la tactique des attaques en masse, se prononçant contre les bâtiments affaiblis à la fin de la bataille. De l’autre côté, à Port-Arthur, l'efficacité du torpilleur contre des bloqueurs s'est trouvée nulle. Cela tient-il à l'attitude toute passive des Russes? Sans doute. Mais aussi à la ceinture rapprochée des destroyers, avec lesquels il eût fallu entrer en lutte, et à la faculté qu'avait Togo, grâce à la télégraphie sans fil, de tenir son escadre lourde à distance notable la nuit. A Tsoushima, les torpilleurs russes se tinrent, sans attaquer, à l'abri des cuirassés, et se contentèrent d'en recueillir les naufragés.

Un auxiliaire précieux pour l'attaque des torpilleurs, auxiliaire que les Japonais ont rencontré à Tsoushima, réside dans l'appui d'unités plus fortes. Celles-ci éclairent le but avec leurs projecteurs, condition très importante; elles occupent en même temps l'artillerie ennemie et paralysent son personnel par leur tir.

Nous n'insisterons pas sur la tactique des mines sousmarines. Elle est encore à ses débuts. On n'est même pas sûr de les bien fixer de façon durable à la place choisie. Cependant, en mai 1904, les Russes remarquent l'habitude des Japonais, qui défilent et tournent sur la même ligne, devant le cap Liao-ti-Chan, pour effectuer le bombardement indirect de Port-Arthur. Ils placent aux points d'évolution des mines qui détruisent le Hatsuse, à dix milles en mer. Notons qu'en décembre, celles que les Japonais ont semées sur le chemin du Sébastopol,

mouillées par trop petit fond, deviennent visibles à marée basse et sont aisément détruites.

Le premier de ces exemples permet de se demander si une force poursuivie ne compromettrait pas ses poursuivants en lâchant derrière so1 des torpilles flottantes, surtout la nuit (tactique essayée lors de la sortie du 10 août, mais avec des torpilles automobiles, par les torpilleurs japonais qui prirent la tête du mouvement. Cela aurait obligé les Russes, d'après leurs récits, à adopter la ligne de file).

L'emploi des mines rend obligatoire la prévision d’un matériel et d'un service sérieux de dragage et dans les escadres, et dans les ports et points d'appui.

Passons à l’éperon. À qui veut s’en servir de propos délibéré, il faut la supériorité d'artillerie et de protection pour pouvoir risquer l'approche, la supériorité de vitesse pour atteindre, la supériorité de giration pour frapper. Dans ces conditions, on s’en fiera plutôt au duel d’artillerie pour réduire l’ennemi. D'autant plus qu’on s'expose par le succès même à périr avec sa victime, et qu’enfin la moindre erreur de manœuvre, la moindre avarie de servo-moteur peut vous livrer instantanément à l’éperon de l'adversaire que vous menacez. Il est périlleux de s’exposer à perdre, par un procédé si aléatoire, le bénéfice d’une supériorité certaine.

Les exemples démonstratifs sont celui de Lissa, — où malgré l'intention délibérée d’un des combattants et les efforts des deux dans la mêlée, sur quinze bateaux s’y essayant en plusieurs passes, un seul coup réussit,

— et celui de Punta-Agamos, où le Huascar ne put non plus toucher le but.

Il est vrai que souvent on n'aura plus qu'à frapper une victime désarmée, ou que parfois l’éperon sera la dernière arme du désespoir. Admettons-en encore l'usage, bien limité par la torpille. Le combat par le choc entraîne fatalement les deux adversaires à tourner en cercle. Il n'est pas douteux qu'on ne saurait échapper que difficilement à la poursuite simultanée de deux éperons. Il faudrait un grand avantage de vitesse. Cela conduit à la conception d'une tactique d’attaque par couples conjugués qui pourrait se réclamer d’un principe de concentration des éperons.

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