‹ La guerre navale moderneChapitre 3 sur 39 · ORIGINALITÉ DE LA PÉRIODE MODERNE · texte numérisé non relu

ORIGINALITÉ DE LA PÉRIODE MODERNE

L'art naval a subi depuis un peu plus d’un siècle un renouvellement complet. Instruments, méthode, esprit, résultats, tout a changé. L'évolution politique et l'évolution industrielle se sont unies pour imposer à la marine militaire la plus profonde des transformations. C'est par l'esprit tactique et les visées nouvelles de la stratégie que le rajeunissement s’est d'abord fait sentir. Trois noms immortels résument cette phase : Suffren, Nelson, Napoléon.

Suffren et Nelson, c’est la méthode offensive, directe, logique, intégrale. Viser les forces flottantes princi-

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pales, s'y attacher avec toute sa puissance, les frapper sans délai ni répit : tout est là; et c’est une révolution. Elle précède, remarquons-le, la révolution analogue accomplie à terre par Napoléon. Suffren, digne précurseur de Nelson, ne s’est laissé surpasser par ce dernier que dans la gloire des résultats. Mais sa doctrine est aussi pure. Si elle est moins étendue, c’est faute de l’occasion stratégique fournie à Nelson par le génie de Napoléon. Nelson commandait la meilleure et la mieux armée des escadres, la plus entraînée, la plus sûre d’ellemême, montée par une « troupe de frères » confiants en son étoile incontestée et dévoués à leur tâche patriotique; il avait en face de lui le désordre même en deux marines, l'une désorganisée, l’autre arriérée, toutes deux médiocres et découragées, s’entravant l'une l'autre : une proie. Il touchait partout à ses ports; enfin il tenait en ses mains le sort du monde. Suffren, au bout des mers, isolé, abandonné, sans de tels espoirs, mal secondé, mal obéi, chef d’un rebut naval, toujours inférieur en forces, s’attaquait au plus redoutable, au plus craint, au plus solide des ennemis. Qu'on fasse la balance : elle est à l’avantage du français.

Ce qu'apporte Napoléon, c'est l’immensité et la cohésion du plan stratégique, le jeu combiné des mouvements multiples embrassant la moitié du globe pour converger à un unique rendez-vous, l'amplitude des feintes engagées aux deux bouts de l'Atlantique, la plus vaste utilisation connue des deux atouts fon-

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