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sés et les plus spéciaux, on arrive à des conclusions suffisamment concordantes. Les questions principales s'y posent et s'y résolvent, assez permanentes pour guider et imposer les rapprochements. Il en est d'éternelles: d’autres, plus particulières à notre époque, lui donnent sa physionomie et, pour ainsi dire, son individualité.
Dans leurs lignes générales, les leçons ainsi déduites se confirment assez pour ébaucher le dessin d’une doctrine navale. Je ne prétends pas en entreprendre l'exposé; mais l'étude qui va suivre a pour objet de montrer sur les points principaux cette concordance dans le témoignage des faits, et de chercher par là même la direction où la continuité des principes nous fait un devoir de porter nos efforts.
Il n'est pas douteux que le modèle le plus complet que nous ayons de la guerre navale moderne soit donné par la lutte entre la Russie et le Japon. C'est en même temps la plus récente, et aussi la plus considérable des applications contemporaines de l’art naval. Triple raison pour chercher là surtout le sujet de nos réflexions. Pourtant nous n’y saurions trouver des leçons universelles. Au point de vue même du matériel, où l’actualité prend plus d'importance que partout ailleurs, elle n’a pas tout expérimenté. Aucune guerre n'a mis à l'épreuve tous les movens connus. Au Yalou manquèrent les obus à grande capacité d'explosifs; à Cuba on négligea la torpille; Tsoushima s'abstint d'employer l'obus de rupture et ne connut pas le sous-marin.
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Dans aucun de ces cas non plus, le conflit ne se trouva engagé entre les puissances navales de premier ordre. La marine russe, il faut le dire, était toute en façade; la japonaise encore jeune, un peu hésitante, un peu exotique. Le 10 août, contre Witheft, Togo ne se sent pas tout à fait sûr de lui-même et manque de laisser échapper la victoire. Les torpilleurs manifestent quelque inexpérience; l'arüllerie, d’origine anglaise, se montre un peu défectueuse, surtout en ce qui concerne les projectiles; et l’on ne peut s'empêcher d'attendre un peu plus de fini et d'efficacité du même matériel dans la marine anglaise. En un mot, nous n'avons pas eu de spectacle qui nous donne encore, ni pour la perfection dans l’outillage, ni pour l’assurance dans la méthode, l'image fidèle d’une guerre entre puissances de premier rang.
Les rencontres futures gardent donc leur mystère. La principale inconnue réside aujourd'hui dans le sousmarin. Si le sous-marin prend la place éminente que rien ne semble jusqu'ici lui interdire, la physionomie de la guerre navale ne tardera pas à changer grandement. Sur les blocus, sur les opérations combinées et les transports de troupes, sur le type et la vitesse des grandes unités de combat, sur l'équilibre entre la protection et l'artillerie, sur la généralisation des mines sous-marines, sur la multiplication des points d'appui, sur la défense du commerce, sur le développement des budgets, sur l'initiative du commandement, etc., des questions nouvelles vont se poser, de nouvelles
nécessités se faire jour, de nouvelles pratiques apparaître. Sans que les principes logiques, résultant de l'immuable structure de l’âme humaine, soient altérés ni déchus, tout le détail de la doctrine navale peut prendre un nouveau tour.
Or les probabilités sont en faveur du sous-marin. Rien jusqu à présent n’annonce que son essor soit près de s'arrêter. On a vainement essayé divers moyens de défense contre lui. L'avenir prochain paraît lui appartenir. Son avènement définitif clôra nettement la période que nous étudions ici. La marine à vapeur jusqu'au sous-marin : ainsi pourrait-on désigner cette phase de l'évolution navale, mettant en évidence le développement de la technique matérielle.
Au point de vue politique et stratégique aussi, c'est une époque assez caractérisée. De la France à la Chine, de l'Espagne à l'Amérique, de l'Angleterre au Transvaal, de la Russie au Japon, elle ouvre l'ère des luttes intercontinentales. La force, jusqu'ici concentrée dans l'accumulateur européen, a fini par se développer peu à peu en des foyers indépendants aux quatre coins du monde. Le vieux privilège occidental est entamé. Les temps sont proches où les pôles de la bataille homicide s'écarteront par-dessus les océans, où la complicaton des alliances et le jeu des intrigues méleront les quatre points cardinaux. Après la politique de l'équilibre européen, nous aurons celle de l'équilibre mondial. La première jette son dernier éclat, la seconde nest encore qu’à l’horizon, Mais, entre les deux, nous
avons eu l’aube des siècles nouveaux et l'essai des futurs massacres. Fasse le Ciel qu’elle ne présage pas à la petite France le sort de ceux qui n'ont pas su devancer les périls mortels !
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