‹ La guerre roumaine, 1916-1918Chapitre 36 sur 54 · QUATRIÈME PARTIE ÉPOQUE DE MAI A OCTOBRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE ÉPOQUE DE MAI A OCTOBRE

Le traité de paix de Bucarest dont les clauses principales viennent d'être rapidement exposées n'a jamais eu d'existence ni réelle ni légale. Les puissances centrales ont elles-mêmes exigé comme une condition préalable de sa validité non seulement la ratification expresse par tous les organes détenant la souveraineté dans chaque Etat participant au traité, mais encore un échange formel de ces ratifications, lequel devait être lait à Vienne par des délégués spéciaux. Le roi de Roumanie a refusé jusqu'à la fin de ratifier ce traité ('). L'échange des ratifications n'a jamais par conséquent eu lieu. Du reste, l'Allemagne s'est surtout vue

(i) Voici, caractérisée par M. Jean Bratiano, la fîère attitude du roi de Roumanie au milieu des catastrophes qui se sont abattues sur son pays (*) :

« Un homme a gravi tout le calvaire. Et cet homme dépasse tous les autres martyrisés de plusieurs coudées : c'est le Roi. Jamais il n'a fléchi, jamais il ne s'est courbé. Les Allemands dans leurs journaux l'ont fait injurier, traîner dans la boue, vilipender ; ils ont même tenté de le déshonorer. Lui est resté debout, impassible, digne, fier, refusant de les recevoir, refusant de causer avec eux, refusant de céder, gardant silencieusement au cœur sa foi dans l'immanente justice. Par deux fois, il eut un mouvement de dégoût et de révolte : et ces deux fois-là il ne s'agissait pas de lui. On voulut un jour lui faire décréter ele trahison son premier ministre de la veille, parce qu'il avait eu l'audace de se dresser contre l'Allemagne. Il refusa et songea à partir. Je lui fis dire : « Sire, cédez et restez. .. Alors il céda. On voulut un autre jour lui faire amnistier tous les traîtres et les renégats qui avaient livré la patrie. Nous lui dîmes encore : « Sire, cédez et restez. » Il s'inclina. Il était prêt à tout sacrifier de lui-même pour servir jusqu'au bout la Roumanie. Il savait que d'autres jours viendraient. Il n'a pas douté une heure que la bonne cause finît par triompher. »

(*) Interview au Matin, 12 février 1919.

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obligée par les événements de réduire ses prctenti(3ns. Elle a, commencé par Hro forcée de reconnaître rinexislence des cessions territoriales en Dobrodja et sur la frontière austrohongroise. Peu après, alors que la Roumanie i(''ussit à reprendre sa place aux côtés des Alliés, l'armistict* imposé par ces derniers à TAUemagne a fait reconnaître la nullité complète du traité de Bucarest avec tous ses annexes et suppléments.

Le traité de Bucarest n'a pas été appliqué : il n'avait pas encore régi les relations de l'Allemagne avec la Roumanie au moment où cette dernière prit à nouveau les armes en novembre 191 8. Cette époque qui a eu le caractère nettement défini d'une prolongation d'armistice a illustré cependant de façon définitive l'esprit dans lequel l'Allemagne entendait soumettre définitivement la Roumanie. Ainsi donc, les textes du traité proclament d'avance avec une clarté inoubliable le genre de paix que l'Allemagne et ses alliés entendaient imposer à tous ceux qui avaient le malheur de ne plus pouvoir leur résister par la force. La vie imposée par les Allemands à la Roumanie pendant tout le temps qui suivit la signature de la paix de Bucarest donne encore un caractère plus sérieux au danger auquel le monde a échappé par la victoire qu'il a remportée sur l'Allemagne, l' Autriche-Hongrie et leurs deux autres alliés.

11 peut ainsi être intéressant d'esquisser très rapidement le régime imposé à la Roumanie pendant cette époque allant du jour de la signature de la paix jusqu'au mois de novembre 19 18.

Le premier trait fondamental de cette époque a été qu'elle a constitué un simple prolongement de l'occupation militaire que l'Allemagne avait imposée à plus des deux tiers de la Roumanie. Ce régime a été en outre étendu sous une forme à peine déguisée à tout le territoire roumain resté encore libre en IMoldavie. De cette façon, on peut dire que, malgré le fait purement superficiel qu'une partie seulement

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