IV — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA SOI-DISANT PAIX DE BUCAREST
L'acte signé à Bucarest le 7 mai 1918 avait pour les Allemands une très haute importance. Cet acte scellait l'impossibilité matérielle où la Roumanie était mise dorénavant de barrer le chemin à la politique d'expansion allemande : la dernière barrière tombait qui s'était dressée dans l'Orient contre les grands desseins de domination du peuple allemand. La résistance roumaine, acharnée et sanglante, avait été un coup plus que désagréable pour les Allemands : elle subsistait encore seule au grand étonnement de ces derniers, alors qu'après l'effondrement de la Russie, tout l'Orient s'était soumis aux armées impériales.
Le défi ainsi jeté à la face du monde germanique par une poignée d'hommes résolus et forts de leur seul droit, menaçait de devenir de plus en plus gênaAt pour les plans du haut commandement allemand. Ce dernier avait besoin d'en finir une fois pour toutes avec le front oriental pour pouvoir envoyer ses troupes en France où il espérait frapper un coup décisif. C'est pourquoi l'Empereur manifesta ouvertement son contentement spécial du grand succès que constituait pour l'Allemagne l'écrasement de la Roumanie, devenue dernière citadelle de la résistance en Orient. « Notre front oriental est complètement délivré », écrit-il à Hindenburg ('). « Enfin la paix a été rendue atout l'Orient » , dit-il à Kuhlmann (^) pour le féliciter de la façon dont il a réussi à imposer à la Roumanie le traité que l'on connaît.
(i) Dépêche à l'occasion de la conclusion de la paix à Bucarest. (2) Ibid.
La lutte sanglante que la Roumanie avait provoquée et soutenue prenait ainsi fin ('),
Au point de vue seul des mouvements militaires que l'Allemagne préparait, la paix de Bucarest devait être « une nécessité pour la propre conservation des puissances centrales, en assurant leur arrière contre toute possibilité de nouvelles machinations ennemies. La Roumanie estdorénavant enchaînée au point de vue militaire », écrivent les journaux allemands à Bucarest même (^).
En même temps, on arrachait à la Roumanie tous ses moyens financiers et économiques, et l'on essayait de les mettre de force au service de la cause et de la victoire allemandes.
Mais la grande signification pour l'avenir de la nouvelle situation créée était que la Roumanie ne pourrait plus remplir le rôle que la Providence semble lui avoir assuré en .la plaçant au milieu de l'Orient européen, aux bouches du Danube, comme une sentinelle des aspirations libérales de l'Occident. A l'avenir, la Roumanie ne pourrait plus avoir d'indépendance réelle et serait réduite à être une simple annexe, ayant le caractère très marqué d'une colonie d'exploitation, de la Mittel-Europa rêvée par les politiciens et les publicistes de Berlin. C'est le sens général des considérations qui accompagnèrent en Allemagne la nouvelle de la signature de la paix de Bucarest.
Le discours prononcé par M. de Kuhlmann sur la paix de Bucarest en est une illustration du commencement jusqu'à la fin. La situation était telle qu'il semblait que la Roumanie, foulée aux pieds par les soldats allemands, ne pourrait plus jamais avoir une volonté propre. Les alliés de l'Allemagne en profitèrent pour essayer tout d'abord de
(i) Wiener Abendpost, g mai, demi-officieux viennois.
(a) Bukarester Tagebhttt du lo mai 1918, journal officiel du commandement allemand de Bucarest.
LA GUERRE ROUMAINK
la mutiler dans sou territoire. Après avoir posé en principe qu'il ne pouvait être question pour l'Allemagne de prétentions territoriales, étant donnée sa situation géographique, le ministre allemand déclarait qu'il s'agissait d'obtenir, comme conséquence, le plus grand nombre d'avantages économiques possible. Le premier soin des plénipotentiaires allemands a aussi été, en considérant la situation géographique d'une si haute importance de la Roumanie, de rendre l'Allemagne maîtresse du Danube et de ses bouches. Et, pour compléter cette œuvre, il fallait aussi enlever aux Roumains impuissants Gonstantza, leurs chemins de fer, leurs postes et leurs télégraphes. C'est ce qu'on fit, assure M. von Kuhlmann. Tout ceci était nécessaire pour assurer les intérêts allemands, au point de vue du transit par la Roumanie.
Au point de vue de l'exploitation directe du pays, le ministre allemand a exposé comment la Roumanie devra mettre tous ses produits à la disposition des puissances centrales. Les Allemands déclaraient qu'ils renonçaient à une indemnité formelle de guerre. « Mais les nombreuses concessions économiques représentent, d'après les rapports compétents, la somme totale qui aurait résulté de l'exigence d'une indemnité de guerre formelle », s'empresse d'ajouter le ministre. Ces concessions économiques étaient en réalité telles qu'elles équivalaient à peu près à la simple confiscation de toutes les richesses de la Roumanie, en substituant comme propriétaires et bénéficiaires de ces dernières les Allemands aux Roumains.
Rien ne pourrait mieux caractériser la paix allemande qu'on a voulu imposer à la Roumanie que les paroles du comte Czernin lui-même : « Du côté allemand, même avant le commencement des négociations de Bucarest, il fut entendu que la Roumanie devait subir, au point de vue économique, une série d'obligations qui devaient constituer une indemnité indirecte de guerre. On avait l'intention de prolonger
l'occupation de la Valachie encore cinq ou six années après la paix générale. A ce moment, la Roumanie devait passer à des sociétés allemandes la propriété de ses pétroles, de ses chemins de fer, de ses ports, de ses domaines et devait se soumettre à un contrôle permanent de ses finances ('). » M. Czernin estime, en continuant, que « toute relation amicale était impossible avec une Roumanie pillée aussi parfaitement au point de vue économique d (^).
La Roumanie était ligotée, pensaient les Allemands, sans possibilité de réaction de sa part. Elle devait aussi satisfaire à toutes les exigences de l'Autriche-Hongrie, ce pays étant la seule voie par laquelle la politique allemande pouvait agir en Orient, selon l'expression de M. de Kuhlmann.
La Presse allemande entra évidemment dans les vues de son gouvernement. Elle émit les mêmes idées que ce dernier sur la paix de Bucarest et salua « l'entrée de la Roumanie dans le système des États de l'Europe Centrale », comptant ainsi sur la solution du grand et important problème de la définitive tranquillité des Balkans ('). Les journaux constatent en outre que « la sortie définitive de la Roumanie du système de l'Entente est sans doute une grande défaite pour nos ennemis » ("*).
La Presse hongroise constate avec satisfaction que l'intérêt primordial de l'Etat roumain le forcera dorénavant « à chercher de plus en plus notre appui et à solliciter notre bienveillance » (5). « Ce n'est sûrement pas une paix sentimentale », ajoute le même journal, tandis que d'autres assurent que le traité rendra « colossalement difficile à l'ave-
(i) Discours sur a La politique pendant la guerre mondiale », prononcé le II décembre 1918, par Ottokar Gzer>in. Vienne, édition Moritz Perles, p. 82.
(2) Ibid, p. 32.
(3) Norddeutsche Allgemeine Zeitung ; Tugliche Rundschau du 9 mai.
(4) Norddeutsche Allgemeine "Zeitung.
(5) Pester Lloyd, 9 mai.
nir une attaque perfide comme a été la dernière attaque de la Roumanie » (').
La Presse viennoise enfin se réjouit que dorénavant « les bases soient données à FAutriche-Hongrie pour une situation avantageuse sur le Danube et pour la sécurité de la domination des alliés » (^).
La Presse neutre nota aussi avec précision la signification de la paix de Bucarest pour l'organisation allemande de l'Europe : « Ce que signifie cette paix pour l'Europe », écrivait le Journal de Genève (') « peut être résumé facilement en deux mots : d'abord la faillite du droit, ensuite la création de l'Europe Centrale... Il ne reste plus à la Roumanie qu'à pleurer ses foyers perdus et à nous qu'à nous découvrir avec respect devant son deuil. Quant à l'Entente, nous n'avons pas à lui dire ce qu'il lui reste à faire. Elle le sait. »
De France parvinrent enfin en Roumanie, au nom de tous les Alliés, les cKauds accents d'une sympathie qui fut vraiment une consolation pour les Roumains en détresse. « On avait beau s'attendre aussi à cette catastrophe-là », écrit, le 7 mars 1918, M. Gustave Hervé {^), « ce n'est pas sans une douleur poignante que la nouvelle en sera accueillie aujourd'hui chez tous les Alliés et particulièrement chez nous. La Roumanie n'a pas été battue par les Allemands, elle leur a été livrée pieds et poings liés par la Révolution russe. C'est par un excès de scrupule que ses vainqueurs lui laissent son indépendance nominale. Encerclée, ligotée, la Roumanie cesse, à partir de ce jour, d'être une nation indépendante. Elle devient un État vassal de la Pangermanie... Telle est pour la Roumanie la récompense de son geste magnanime qui, dans l'été 1916, la fit se jeter dans la four-
(i) Budapesti Hirlap, 9 mai.
(2) Wiener Abendpost, 9 mai.
(3) P. DU BocHET, envoyé spécial en Roumanie {Petit Parisien du 8 mai 1918).
(4) La Victoire du 7 mars 191 8.
LK TUAITK DK BUCAREST 253
iiaisc... Telle est la récompense de son attachement passionne pour la France, la grande sœur latine dont l'amour rontrihua pour une bonne part à son entrée en ligne dans le camp des peuples qui se battaient pour les droits des peuples... En ce jour de deuil, qui n'est un jour de honte (jue pour la Russie révolutionnaire, que pouvons-nous dire à nos frères roumains, sinon que leur patrie ne nous a jamais été plus chère qu'au moment où elle subit la plus imméritée des iniquités... Le jour de la Victoire, le jour <»ù tous les peuples opprimés seront délivrés de leurs chaînes, le jour où toutes les Alsaces-Lorraines seront réintégrées dans leur mère patrie, les Alliés d'Occident n'oublieront pas, qu'il y a en Transylvanie hongroise et en Bessarabie russe deux Alsaces-Lorraines roumaines. La Roumanie aura sa revanche, ou alors c'est que, nous aussi, nous serons tombés en servitude. »
La délicatesse vraiment française de ces sentiments toucha au plus profond de leur cœur tous les Roumains et les aida à traverser un des moments les plus terribles que l'histoire de leur nation ait eu à enregistrer jusqu'à ce jour.
Les Roumains surent ainsi supporter stoïquement les épreuves extraordinaires qu'il leur fut donné de subir. Leur foi ne faiblit pas un seul moment. Ils ne regrettèrent rien, ayant la conscience d'avoir accompli un suprême devoir, d'avoir rempli la tâche qu'un idéal supérieur de justice leur avait assignée. Cet état d'esprit est nettement représenté par le contenu du mémoire que M. Jean Bratiano remit au Roi dès le 12 mars 19 18 en sa qualité d'ancien chef du Gouvernement qui avait présidé à toute la guerre roumaine.
Voici ce document :
« Notre guerre n'est pas le résultat artificiel d'intérêts éphémères ou de conceptions personnelles.
« Elle était imposée par une nécessité historique qui dominait toute notre vie d'Etat et à laquelle correspond le plus inébranlable idéal de tout notre peuple.
254 LA GTERRE ROUMAINE
« Les épreuves du passé ont morcelé la nation roumaine et l'ont mise sous trois dominations étrangères; aussi la constitution d'un État roumain moderne ne pouvait-elle avoir lieu sans que par-dessus tout autre besoin de son développement politique, la conscience nationale imposât avec une clarté et une force de plus en plus grandes la nécessité de l'union de la nation. Notre destinée historique ne pourrait se concevoir sans la condition vitale de cette union. On ne pourrait davantage concevoir que dans le développement d'une Europe basée sur le principe des nationalités, le peuple roumain restât morcelé et soumis à des dominations étrangères.
« Le jour où l'épée allemande était tirée pour une action impérialiste de provocation et d'avant-garde magyare en Orient, notre lien politique avec Berlin était rompu, parce que son but et son fondement avaient constitué précisément l'obstacle à la réalisation des expansions impérialistes dans les Balkans, et parce que, dans sa forme défensive, notre traité n'avait pas été respecté le jour où, sans même qu'on nous eût prévenus, on avait commis l'acte d'agression brutale contre la Serbie.
« L'entrée en lice de l'Angleterre et de l'Italie donnait à la guerre son caractère universel et ne laissait plus subsister le doute que son issue constituerait le fondement du développement mondial pour toute une période historique à venir.
« Pour la Roumanie, la guerre posait la question de savoir quel serait le parti dont la victoire assurerait le mieux son existence et ses intérêts.
« Si dans les premiers temps des fautes étaient permises en ce qui concerne cette question, les paix séparées, les manifestations claires de l'Allemagne victorieuse, montrent indubitablement quel eût été le sort du monde au cas où il fût demeuré sous le coup de la victoire définitive des Empires centraux.
« En ce qui concerne la Roumanie les conditions de IWftea ne laissent subsister aucun doute sur le fait que l'Allemagne considère le Danubt; comme un fleuve lui appartenant et ses rives comme un pays de protectorat.
« Dans le vôtement trop étroit où s'engoncent l'impérialisme allemand et la mégalomanie magyare contaminée par lui, ils ravissent à la Roumanie :
« Son indépendance politique, par l'obligation du changement de ses lois intérieures et des garanties humiliantes de nature capitulaire.
« Son territoire avec des centaines de mille citoyens.
« Sa production, puisque, par des annexions de territoires et des monopoles, les forêts des Carpathes, les céréales des campagnes, le pétrole du sous-sol, les pêcheries de la Dobrodja lui sont ravis.
« Son activité, par le régime imposé au Danube, par la prise en possession de la sortie à la mer, par le contrôle des chemins de fer, des télégraphes et des postes, par les conventions commerciales : en un mot, tout ce qui constitue les qualités les plus essentielles d'un Etat indépendant.
« Ces prétentions expliquent à tous que, non seulement par ses aspirations nationales, mais encore par les conditions essentielles de son existence, comme Etat indépendant et par ses intérêts les plus vitaux, la Roumanie était étroitement liée à ceux dont le très grand nombre même et la balance de leurs forces respectives dans la lutte mondiale représentaient l'équilibre en Europe et dans le monde, et par conséquent l'indépendance des petits Etats.
« Une fois établi que le sentiment, le droit et l'intérêt de la Roumanie l'attachaient à la cause des ennemis des puissances centrales, pouvait-elle demeurer neutre comme un être indifférent à sa propre cause et ne pas contribuer, proportionnellement à ses moyens, au résultat dont dépendait précisément son propre sort ?
« Au point de vue moral et pratique, une pareille conception n'était point permise et elle était d'autant moins licite que, d'après les données fondamentales du problème, la victoire des puissances centrales ne peut pas rester définitive.
« Il y a, dans la vie des sociétés humaines et des Etats, des évolutions probables et des directions certaines de leur développement. Si notre discernement peut être insuffisant pour nous sauvegarder des surprises, s'il peut nous abuser sur ce que nous considérons comme probable, il y a cependant des résultats qui, par leur caractère et leur connexité avec la situation et avec le développement général de l'humanité, ne peuvent être mis en question que dans le cas seulement où il s'agit de la durée de leur période de réalisation.
« C'est parmi ces dernières que très certainement se trouve le but poursuivi par la Roumanie dans la guerre actuelle. Tout aussi certainement que, dans leur généralité, les édifices passés ou présents de l'impérialisme allemand qui sont en contradiction avec les principes les plus essentiels du développement des peuples modernes, ne peuvent être que chancelants et éphémères. Leur durée peut apparaître à chacun de nous différemment d'après notre propre discernement, niais leur caractère provisoire ne peut être mis en doute par aucune pensée qui a appris quelque peu, par l'histoire, quel est le sort de telles entreprises et par aucune âme qui croit dans la marche progressive de la société humaine.
((. La domination politique et économique du monde par un seul peuple n'est pas possible. Il ne peut être élevé un édifice nouveau en Europe sur une série d'Alsaces-Lorraines nouvelles, par l'inspiration d'une espèce de pouvoir factice aux deux anachronismes représentés par la Turquie et l'Autriche-Hongrie. »
Tels furent les sentiments qui accueillirent le traité de
paix de Bucarest. Telle fut partout l'importance espérée par les Austro-Allemands de ce traité.
La paix imposée à la Roumanie était, du reste, d'une sévérité qui ne pouvait se comparer à celle de la paix que rAllemagne imposa à la Russie à Bresl-Litowsk. Malçjré sa cupidité, l'Allemagne ne songeait pas encore à pouvoir faire d'un empire immense et puissant comme avait été celui des Tzars, une simple colonie d'exploitation. La prétention aurait du reste dépassé ses moyens immédiats. Elle pouvait au contraire songer à taire de la Roumanie, pays relativement petit, un peuple d'esclaves. Elle fit tout son possil)le pour arriver à ce résultat. Et à cette fin, elle respecta un semblant d'indépendance qui ne devait que mieux masquer la réalité. Car alors que la paix de Brest-Litowsk était signée par des chefs révolutionnaires qui ne pouvaient raisonnablement être reconnus comme représentant la vraie et immense Russie, l'Allemagne avait la prétention de faire signer à Bucarest à un Gouvernement roumain régulier et constitutionnel la légitimation de l'assassinat de la Roumanie. Elle exigea de ce Gouvernement même de présider à l'exploitation du pays en sa faveur. Elle put ainsi imposer à la Roumanie un asservissement économique d'une gravité tout autre que celui imposé à la Russie où c'étaient ses propres soldats qui devaient faire leur triste besogne. La Roumanie fut ainsi une victime bien plus maltraitée que l'ancien Empire des Tzars.
Reste une question : comment se fit-il que la Roumanie n'ébaucha pas un geste de suprême résistance devant les exigences austro-allemandes, une résistance qui aurait été, il est vrai, un suicide assuré, mais qui lui aurait évité l'humiliation de signer sa propre déchéance?
Seule la foi, malgré tout, dans l'heureuse fin que l'histoire devait réserver à la cause de la justice, explique définitivement cette décision.
Elle fut du reste très sage. Car c'est à elle qu'est due la
258 LA GUERRK ROUMAINE
possibilité qu'a eue la Roumanie de lever de nouveau, six mois après, la tête, de reprendre triomphalement sa place naturelle aux côtés de ses alliés et de chasser de chez elle les ennemis qui, entrés comme conquérants, durent s'enfuir comme de simples et honteux voleurs. Le traité n'a pas eu le temps d'être mis en pratique. Il n'a jamais eu d'existence légale non plus.
Nous sommes heureux d'avoir lu dans la Presse occidentale, à ce propos, des appréciations comme celle-ci, par exemple, du Journal des Débats (') :
« Si la Roumanie, trahie par la Russie et encerclée de toutes parts, s'est courbée devant la Germanie avant la conclusion de la paix générale, c'est afin de sauver ce qui lui restait de matériel de guerre, d'armée et de gouvernement national, et de préserver ainsi le prochain avenir. Elle a sagement agi. Si son Gouvernement et les débris de son armée s'étaient réfugiés en Ukraine, elle y eût été désarmée et s'y fut enlisée. Elle n'avait point, comme la Serbie, la ressource d'un exode par la mer. Elle eût fait le jeu de r Austro-Allemagne qui aurait supprimé la dynastie régnante, occupé la Moldavie et la Bessarabie et raccourci le front oriental. Peut-être la capitulation bulgare ne se fût-elle point produite. Soyons donc reconnaissants et fidèles envers un peuple qui attend avec impatience et au milieu de misères sans nom le moment de se libérer. »
Ce moment est venu. La Roumanie et les Alliés ont su le saluer avec l'enthousiasme qu'il convenait et avec toute la chaleur que la communauté d'une si longue et si douloureuse série d'épreuves pouvait faire présager.
(i) M. Auguste Gauvain (Numéro du 8 octobre 1918).