‹ La guerre roumaine, 1916-1918Chapitre 38 sur 54 · ÉPOQUE DE MAI A OCTOBRE I · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE MAI A OCTOBRE I

de sort»» (ju'ils ne se montrèrent presque plus en uniforme. Hais ces militaires ennemis restèrent à Jassy tout de même comme un déli porté au nom de la force allemande aux droits sacrés de la nation roumaine !

Des vexations de toute espèce contribuèrent en outre à exaspérer la population. Les autorités allemandes empêchèrent les réfugiés de Moldavie de rentrer dans leurs foyers : ils exigèrent des permis spéciaux et individuels qui étaient évidemment refusés toutes les fois que les intérêts allemands pouvaient être, soi-disant, atteints. Le système des réquisitions forcées, partout, celui des perquisitions domiciliaires dans le territoire occupé, la sévérité de la « police politique secrète allemande » continuèrent à sévir avec une cruauté croissante.

On peut ainsi dire que, au lieu d'adoucir le régime auquel était soumise la population roumaine, la signature du traité de paix ne fit qu'aggraver ce régime tout en l'étendant au territoire moldave. De nouvelles obligations imposées à la Roumanie vinrent s'ajouter aux prestations requises au nom de l'occupation militaire. Le pays entier, mis à une torture morale sans pareille, et épuisé matériellement jusqu'à la dernière limite de ses forces par les prélèvements des Austro-Allemands, vécut dans une misère atroce les jours les plus tristes que puissent voir et sentir un peuple libre et une nation qui s'est levée avec fierté et enthousiasme, au prix de tous les sacrifices, pour la défense de ses droits imprescriptibles.

Cependant le Gouvernement roumain était dans la triste situation de devoir faire des efforts pour aboutir à la ratification par le Parlement de la paix de Bucarest. A cet effet le Gouvernement ne pouvait compter sur le Parlement existant, qui avait fait la guerre et qui refusait de consacrer l'acte qui devait enchaîner la Roumanie. Le Gouvernement n'osa pas faire non plus l'appel, que la Constitution récente lui commandait, aux masses profondes du peuple, lequel

aurait certainement laissé par trop clairement voir sa révolte irréductible contre la situation à laquelle on soumettait le pays. Passant outre à toutes les difficultés de forme et o'e droit public, le Gouvernement fit des élections avec les collèges électoraux réduits qui avaient fonctionné avant la guerre.

La convocation des électeurs ne put, du reste, être faite en Dobrodja ; cette province ne pouvait cependant être déjà considérée comme cédée, puisque de la volonté même des puissances centrales le traité n'entrait en vigueur qu'au moment de l'échange des ratifications, qui justement devaient d'abord être obtenues de la part des Parlements réguliers des pays respectifs.

Un double vice frappait ainsi d'avance de nullité l'existence yMr/c/Z^jrtfe du nouveau Parlement.

Quant à la valeur morale des élections, le fait seul qu'elles ont eu lieu en 19 18 sous Toccupation effective ou virtuelle de l'armée allemande suffit à les caractériser. Il fut interdit, par les autorités allemandes, à la grande masse des électeurs réfugiés en Moldavie de venir voter. Les candidats eux-mêmes étaient empêchés de venir en territoire occupé pour prendre contact avec leurs électeurs, alors que ces candidats n'étaient pas de la nuance gouvernementale agréée par les Allemands.

Les journaux ou autres publications faites en Moldavie furent strictement interdits en territoire occupé, malgré la censure sévère, mise sous contrôle allemand, qui sévissait «n Moldavie même (').

L'autorité allemande rappela de nouveau à la population

(i) Voici ce qu'on lit dans les journaux de Bucarest, du 7 juin 1918, c'est-àdire pendant les élections : « Les autorités d'occupation rappellent l'interdiction d'apporter de Moldavie en territoire occupé des imprimés de n'importe quelle espèce qu'ils soient, des feuilles volantes et des films, sauf le cas où il serait obtenu une approbation du commandement du gro\ipe d'armées Mackensen. Les contraventions seront punies par les tribunaux militaires allemands. Seront punis aussi ceux qui distribueront les objets en question. » (Journal Luniina.')

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