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l'interdiction « des réunions cl des associations -. Une ordoiuiaiice spéciale fut donnée à cet effet siynéi; pur le maréchal Mackensen lui-même ('). En vain les partis représentant le pays essayèrent de protester; le Gouvernement leur siqnifia son impuissance absolue (^). L'état de siège continua ainsi à peser, de tout le poids que seuls les Allemands savent lui donner, sur les opérations électorales d'où devait sortir 1^ Parlement roumain destiné à décider la ratification de la paix imposée par l'Allemagne. Environ 45 °/o seulement des électeurs inscrits se présentèrent aux urnes. Le reste s'abstint en signe de protestation. Un tel Parlement manquait évidemment de toute autorité morale. Ses délibérations ont eu du reste lieu sous le même régime d'état de siège, sous la même censure et sous la même occupation ennemie.
Evidemment, le pays entier ne put s'abstenir de manifester à chaque occasion son mécontentement. Ce sentiment passionné se révéla surtout par une profonde sympathie pour les alliés d'Occident qui avaient le bonheur de pouvoir continuer la lutte contre l'ennemi commun jusqu'à l'avènement de la grande victoire : c'est cette sympathie que la Presse allemande, toujours très bien informée, indique du reste comme formant le trait principal de la « vraie atmosphère politique du pays » {Vossische Zeituny).
L'Allemagne et ses alliés s'émurent ainsi à plus d'une reprise des dispositions que manifestait ouvertement la population roumaine (5). Ils firent tout leur possible pour
(1) Ordonnance sur les réunions et les associations du i" juin 1918.
(2) Une requête officielle et écrite fut notamment adressée en ce sens par M. Jean Bratiano, l'ancien président du Conseil, en qualité de chef du parti libéral. La réponse du président du Conseil en fonctions fut aussi oflicielle et écrite : « Le ministère n'a pas le pouvoir de donner les ordres qu'on lui demande de donner, n (i4 mai 1918.)
(3) Voici par exemple ce qu'écrivait la Norddeutache allgcmeine Zeilung : <i Une lourde responsabilité pèse sur le Gouvernement roumain relativement au problème de ces dangereuses machinations. Les puissances centrales, qui
mettre l;i Kouinanie hors d'état de reprendre, le cas échéant, le combat interrompu et adressèrent des observations qui ressemblaient à de rudes menaces au Gouvernement roumain. Le comte Burian, chancelier de l'Autriche et l'un des délégués signataires du traité de Bucarest, déclara en public : (( Le Gouvernement austro-hongrois a lieu de suivre avec la plus grande attention certains événements du territoire roumain non occupé par les puissances centrales, et, au besoin, s'opposera avec toute son énergie à ces machinations. )) Il s'agissait de (( facteurs influents roumains qui laissaient voir une nouvelle attitude d'hostilité pour les puissances centrales, dans l'entourage et à la résidence même du souverain roumain ».
D'un autre côté M. von Hintze, secrétaire d'Etat aux Aflaires étrangères, déclarait dans un discours à la Commission principale du Reichstag : « La démobilisation qui constitue la base de nos rapports pacifiques avec la Roumanie se poursuivait sans incident. Cependant, sous l'inspiration de l'Entente, la Roumanie croyait encore possible, paraît-il, de mettre du retard dans l'exécution de ses obligations. Nous sommes intervenus pour éviter le retard. Nous tendons à l'assainissement de la Roumanie et à garantir l'œuvre de la paix de Bucarest. » Peut-on être plus net et plus clair?
Pour plus de prudence, huit à douze divisions ennemies furent maintenues sans discontinuer en Roumanie. La ligne du front du Sereth fut maintenue, les tranchées continuèrent à être occupées des deux côtés. Les troupes allemandes ainsi immobilisées en Roumanie ne purent se rendre en France, là où se décidait l'avenir du monde. En fait comme en droit, la Roumanie n'était pas en paix, l'ennemi voulait la soumettre à un régime d'occupation miUtaire, elle répondait
par ces machinations voient menacée leur politique balkanique modérée, exprimée dans le traité de Bucarest, ont dirigé à temps leurs regards vers Ife déroulement des événements de Roumanie de sorte qu'aucune surprise ne peut les y attendre. » (28 septembre 1918. Voir aussi la note de la page i35).
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en le forçant d'accepter un régime de suspension d'armes, essentiellement provisoire.
La Hongrie s'agita, spécialement inquiète de la situation en Roumanie. Le ministre Burian déclarait que la « démobilisation et le transport des munitions de la Roumanie dans le territoire occupé se fait conformément aux conventions ». Il ajoute : « J'ai reçu dans les derniers temps des informations plus favorables sur les événements qui s'y déroulent. » {Pester IJoi/d, iounml de Budapest.) Le comte Tisza affirmait aussi que toutes les mesures militaires avaient été prises à la frontière roumaine, de façon qu'il n'y avait plus à craindre de surprises de ce côté.
Les inquiétudes austro-hongroises et les mesures allemandes étaient justifiées. Les événements en effet se précipitaient. La Bulgarie, vaincue par l'effort des Alliés, demanda grâce, espérant que les Alliés lui accorderaient un régime de faveur à cause de sa désertion du camp ennemi où elle avait cependant donné tout ce qu'elle pouvait donner. Le contre-coup de l'événement fut une surexcitation croissante en Roumanie. C'est en vain que les Allemands concentraient en territoire roumain près de 200.000 soldats et qu'ils se préparaient par des travaux de fortifications à un combat acharné à vie et à mort, alors que l'armée roumaine était réduite à un tout petit nombre de divisions désorganisées par le travail opiniâtre des officiers allemands en Moldavie; elles étaient dénuées de vêtements, de nourriture, de canons et de munitions.
Aussitôt cependant que les premiers soldats anglo-français touchèrent le Danube, la Roumanie, ivre de la joie de la délivrance qu'elle entrevoyait, reprit d'un seul coup la place qu'elle avait dû abandonner au début du mois de mai aux côtés de ses alliés et elle recommença les opérations militaires contre les Allemands. Les Anglo-Français passèrent le Danube, tandis que les Roumains descendaient de la Moldavie. Le maréchal Mackensen dut se retirer
précipitamment de la Roumanie avec ses troupes démoralisées. Ce fut la triste lin inattendue de l'orgueilleuse expédition (|ue l'Alleniagne avait organisée pour « punir » la Roumanie.
Quant à cette dernière, comme le traité de Bucarest n'avait pas été ratifié légalement par la Roumanie, que par conséquent l'échange des ratifications que son texte présentait comme une des conditions essentielles de son existence n'avait pas eu lieu, elle reprit très naturellement le fil interrompu de son activité en faveur de la grande cause pour laquelle elle avait fait tous les sacrifices humainement possibles. La suspension d'armes cessant, elle déclara tout simplement que l'état de guerre continuait entre elle et ses ennemis : de tout l'horrible cauchemar que la Roumanie avait vécu depuis presque une année plus rien ne subsistait ainsi au point de vue du droit. Au point de vue du fait non plus, la période qui s'est écoulée de mai à octobre 191 8 ne fut qu'une continuation de l'état de guerre le plus caractérisé ainsi que nous l'avons noté plus haut. Les traces matérielles des dévastations opérées étaient encore toutes fraîches. Elles avaient fait, il est vrai, d'un, pays merveilleusement florissant un enfer de misères et de malheurs ; mais l'âme de ce pays, plus forte que la tempête qui l'a si effroyablement ravagé, se dresse toujours debout, sereine et pleine de la joie d'avoir fait son devoir, tout son devoir : elle contemple avec satisfaction l'avenir de justice que dorénavant le destin lui réserve, parce qu'il le lui doit.
Un premier pas dans cette voie a été fait par la capitulation définitive de l'Allemagne et la dissolution complète de l'anachronisme qu'était le vieil Empire des Habsbourg : le traité de Bucarest du 9 mai 191 8 est reconnu inexistant par ceux-là mêmes qui l'avaient imposé.
Les événements qui suivirent pour la Roumanie n'ont été qu'une simple conséquence de la nouvelle situation créée. Tous les territoires roumains pour lesquels la Roumanie