‹ La guerre roumaine, 1916-1918Chapitre 43 sur 54 · LA. GUERRE R0UMA1>K · texte numérisé non relu

LA. GUERRE R0UMA1>K

gement de laisser sans travaux militaires et sans garnison toute une zone en face de la capitale actuelle de la Serbie.

C'est là une garantie suffisante au point de vue défensif. Au contraire, l'établissement sur la rive gauche du Danube d'une zone de protection ayant le caractère d'une possession politique et militaire serbe constituerait une véritable tête de pont, c'est-à-dire une organisation militaire moins défensive qu'offensive.

Depuis que l'État serbe et l'Etat roumain vivent en contact sur le Danube, l'histoire fournit les preuves de leurs nombreuses relations de commerce et de civilisation; elle n'a jamais enregistré entre eux un conflit : la volonté pacifique des deux peuples a trouvé une aide précieuse dans la frontière nette et certaine que le Danube établissait entre eux, frontière naturelle, frontière d'intérêts.

Le Gouvernement roumain est si bien convaincu de cette importance du Danube comme frontière pacifique qu'il s'est toujours interdit de jeter les yeux au delà de ce fleuve et de songer à la possibilité de réunir à la Roumanie norddanubienne les nombreux Roumains établis en Serbie entre les vallées du Timoc et de la Morava.

Il croit en efl'et que, le Danube une fois franchi, une tête (le pont une fois établie sur l'autre rive, des extensions territoriales de plus en plus grandes dans cette direction s'imposeraient chaque jour davantage comme une nécessité politique et économique. Les conflits surgiraient alors, sans solution pacifique possible, autour de frontières plus ou moins conventionnelles. Il n'est pas douteux que ces conflits, que la Roumanie s'est refusée à faire naître sur la rive droite du Danube, ne manqueraient pas de se produire sur la rive gauche, autour d'une frontière aussi incertaine et aussi inéquitable que celle, quelle qu'elle soit, qu'on tracerait à travers les plaines du Banat.

L'on a voulu faire croire que des concessions réciproques permettraient d'aboutir à l'établissement d'une frontière

acceptable pour tous. Le fait çjrave est que, si l'on abandonne la frontière du Danube, aucune ligne frontière ne s'impose plus qu'une autre et que l'arbitraire peut alors passer indilTéremment de l'une à l'autre. C'est ainsi que l'étendue des revendications serbes sur la rive gauche du Danube, dans le Banat, avarié suivant les dates où elles se sont produites. Mais, ou bien la frontière accordée à la Serbie lui donnerait un grand nombre des Serbes de la rive gauche et elle ne pourrait le faire qu'en englobant un nombre bien plus considérable de non-Serbes, si bien qu'on violerait, en voulant l'appliquer rigoureusement, le principe ethnique lui-même ; ou bien elle ne donnerait à la Serbie qu'un nombre de Serbes trop peu important pour légitimer l'abandon de la frontière du Danube.

En faisant franchir à la Serbie la frontière du Danube pour assurer à cet Etat une prétendue limite ethnographique, en espérant trouver dans celte concession une garantie pour l'organisation de la paix des peuples, on n'aboutirait qu'à la désorganisation économique, à l'arrêt du développement de toute une région et à la perspective de conflits.

En réclamant la Bucovine et la Bessarabie, la Roumanie ne fait que réaliser des désannexions légitimes^

III — La Bugomne

La Bucovine n'est qu'un fragment (10.000 kilomètres carrés) de la Moldavie. Elle a été détachée de cette province, en 1775, par une combinaison diplomatique de l'Autriche, qui constitue un véritable rapt, reconnu comme tel par l'impératrice Marie-Thérèse elle-même.

L'Administration autrichienne s'est efforcée de diminuer, dans la mesure du possible, l'importance de l'élément roumain qui, en 1776, composait presque exclusivement la population du pays. Mais, tandis que les Magyars s'ef-

forçaient de détruire les caractères nationaux des provinces placées sous leur domination par la magyarisation violente des individus ou des groupes, l'Autriche a préféré procéder à des mélanges de nationalités dans les provinces qui lui étaient soumises, en y introduisant des colonies et en favorisant l'immigration des populations limitrophes. La Bucovine a été tout spécialement soumise à ce régime, et le résultat a été la constitution d'un amalgame de nationalités, dans lequel les éléments roumain et ruthène sont les plus nombreux, sans que l'Autriche, même d'après ses statis-. tiques officielles favorables aux Ruthènes, ait réussi à faire obtenir à ceux-ci plus des 3/8 de la population totale du pays.

La Moldavie a toujours réclamé la Bucovine. La Bucovine elle-même a toujours voulu son retour à la Moldavie et a manifesté, jusqu'au dernier moment, les tendances irrédentistes les plus nettes.

Pour la Bucovine aussi, la guerre a été une occasion de proclamer sa volonté. Le Gouvernement provisoire, issu d'une assemblée nationale des Roumains et de toutes les nationalités de Bucovine, représentant la grande majorité de la population de toute la province à l'exception des Ruthènes, a proclamé, le 28 novembre 19 18, à Cernautsi, l'union définitive et sans aucune condition, avec la Roumanie, de toute la province dans ses limites historiques jusqu'au Dniester.

Le traité de 19 16 n'avait porté la frontière roumaine que jusqu'au Pruth, les Russes s'étant énergiquement opposés à laisser la Roumanie atteindre sur aucun point la frontière du Dniester. Mais, par l'union de la Bessarabie, la Roumanie a retrouvé la frontière naturelle que ce fleuve a constituée pour elle, pendant des siècles, depuis la mer jusqu'à la frontière de la Galicie.

La Roumanie n'a eu qu'à prendre acte de la volonté d'union totale de la Bucovine et à faire aux représentants de cette province leur place dans le Gouvernement.

CONCLUSION agS

IV — La Bessarabie

La population de la Bessarabie comprend actuellement 72 °/o de Roumains contre 28 °/o de non-Roumains. Ceux-ci sont surtout des Ruthènes, au nord, dans la région de Khotin, et des colonies allemandes et bulgares, dans le sud, où elles forment des îlots entourés de populations roumaines.

La Bessarabie, qui a toujours fait partie intégrante de la Moldavie dès la constitution de cette principauté, lui a été enlevée par les Russes en 181 2, restituée en partie en i856, reprise de nouveau complètement en 1878.

Le seul intérêt de la Bessarabie pour la Russie était de constituer une étape importante dans sa marche vers Constantinople à travers la Péninsule balkanique. Cette marche est aujourd'hui définitivement arrêtée, et la Bessarabie ne peut plus présenter pour les Russes, quelque constitution qu'ils donnent à leur pays, l'intérêt qui avait motivé cette conquête.

La Moldavie n'a pas cessé de protester contre ce dépècement de son territoire, et la Bessarabie de son côté a gardé constamment le désir de redevenir roumaine.

Dès que, au cours de la dernière guerre, la Révolution russe de 1917 a permis à la Bessarabie d'exprimer librement sa volonté, elle a dès l'abord proclamé son autonomie.

Cette proclamation a été faite par le Conseil national de Bessarabie, représentation légale et complète de la province, élue sous le régime russe. L'autonomie de la République de Bessarabie a été reconnue par le Gouvernement russe.

Après le coup d'Etat bolchevik, la Bessarabie a proclamé, dans les mêmes formes constitutionnelles, son indépendance absolue de la Russie; et son Gouvernement, par l'intermédiaire du commandement des troupes alliées, a demandé l'intervention des troupes roumaines pour la défendre contre les bolcheviks.

Enfin, le 9 avril 19 18, le Conseil national a voté, par 86 voix contre 3, l'union de la Bessarabie, dans ses limites historiques, c'est-à-dire jusqu'au Dniester qui est son ancienne frontière, avec la Roumanie.

Cette union comportait d'abord la conservation, pour la Bessarabie, de son autonomie provisoire. Le Conseil national a, par la suite, renoncé volontairement à cette condition et a demandé seulement au Gouvernement roumain une loi sur le partage des terres. Cette loi est faite et promulguée, et l'union de la Bessarabie avec la Roumanie a été dès lors complètement réalisée sans conditions.

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