TÉLÉGRAMME
« Légation de France.
« Joint à la lottrp 11° 164 de l'attaché militaire.
a Bucarest, 28 juin/6 juillet 1916.
« Résumé d'un télégramme du 2 juillet igi6 du Général commandant en chef les armées françaises.
<i Le général AlexeietF vient de charger le colonel Tatarinof d'exposer le point de vue russe sur l'intervention roumaine au ministre de la Guerre roumain; je le résume ci-après :
« L'armée autrichienne désorganisée peut encore résister, mais est hors d'état de mener une action offensive.
« Les Allemands attaqués eux-mêmes sur tous les fronts n'ont pu, par suite de la pénurie de leurs ressources, qu'envoyer péniblement quelques divisions au secours de leurs alliés, et ont dû laisser aux Bulgares seuls le soin de résister à l'armée de Salonique.
4 La situation militaire générale ne sera jamais plus favorable pom* l'intervention roumaine qu'elle ne l'est actuellement.
(i La Russie s'engage, sur décision définitive de la Roumanie, à faire transporter dès maintenant, et sans retard, le matériel de guerre à destination de cette puissance.
« Mais la valeur de l'intervention roumaine dépend de la date à laquelle aura lieu .son entrée en action : aussi la situation commande-t-elle à l'armée roumaine d'intervenir maintenant ou Jamais.
« Je pense que les dernières hésitations de M. Bratiano ont dû tomber, les événements lui ayant donné la certitude que les offensives générales victorieuses sont engagées sur tous les fronts, et la Russie ayant pris l'engagement de transporter sans retard le matériel de guerre au cas où la Roumanie se serait décidée à intervenir.
« Le général, commandant en chef les armées françaises me charge d'exprimer au général lliesco qu'il partage entièrement la manière de voir du haut commandement russe et estime que la Roumanie doit prendre paxti a. maintenant ou jamais b.
« L'Attaché militaire de France,
a. PiCHON. 5)
Cependant, au bout de trois semaines de durs combats, la situation de l'armée roumaine devenait difficile. La Russie ne tient aucune de ses promesses. Les divisions annoncées pour
contenir les Bulgares en Dobrodja ne sont pas envoyées. Les canons et les munitions n'arrivent pas. Les Alliés de l'Occident sont dans l'impossibilité matérielle de fournir le secours qu'ils avaient fait espérer. Le généralissime roumain signale la gravité de la situation au général Joflre qui lui répond par le télégramme suivant :
«De Paris, le ii septembre 1916.
«Reçu le 12 septembre.
« Dans les circonstances actuelles c'est une nécessité pour l'armée roumaine de consolider sa situation en Dobrodja.
« Pour atteindre à ce résultat il paraît nécessaire de concentrer le plus rapidement possible sur la rive droite du Danube des unités solides ^en nombre suffisant de façon à obtenir d'emblée une supériorité numérique incontestable.
« De mon côté, j'ai prescrit au général Sarrail d'attaquer à fond et de poursuivre sans arrêt son offensive de manière à obtenir comme résultat minimum le maintien de toutes les forces bulgares qui se trouvent sur la frontière grecque.
(( Le renforcement des troupes roumaines en Dobrodja aura peut-être comme conséquence un ralentissement momentané des offensives en Transylvanie.
C( Mais le plan initial devrait, à mon avis, être repris avec toute son intensité aussitôt que la situation sera rétablie en Dobrodja.
« Veuillez informer le commandement en chef roumain que je demande au général Alexeieff d'examiner de suite la possibilité d'envoyer des forces nouvelles en Dobrodja.
« (s) JOFFRE. »
Et M. Westphal conclut : Mise en mouvement par le commandement allié avant qu'elle ne fût prête, sur la promesse d'un concoui's qu'on n'a jamais pu lui fournir, trahie par la Russie, débordée par des forces supérieures, c'est parce qu'elle a dû être sacrifiée à l'intérêt général que la Roumanie a subi la défaite et connu les horreurs de l'invasion.
(D'après l'Indépendance Roumaine j avril 1919 )