LE SACRIFICE ROUMAIN
Sous ce titre, M. Alfred Westphal, trésorier général de la Ligue des Droits de l'Homme de France, publie dans un journal parisien un article aussi intéressant que documenté, dans lequel il fait ressortir l'importance et la nécessité du sacrifice roumain pour les puissances alliées.
A la fin de juin 1916, écrit M. Westphal, les Alliés traversaient une période particulièrement critique. Verdun était menacé. L'offensive de la Somme ne paraissait pas devoir donner ce qu'on en espérait. L'armée anglaise était encore en formation. L'armée de Broussiloff, après avoir perdu 800.000 hommes en Galicie, se repliait en désordre. L'aile gauche de l'armée russe restait « en l'air » en Bucovine et les ennemis étaient aux portes de l'Ukraine, leur grand objectif.
C'est à ce moment que le généi^al Alexeiefï', commandant en chef des armées russes, sollicite l'intervention immédiate de la Roumanie. Il demande au général Iliesco, non pas de marcher contre les Bulgares, par la Dobrodja et le Danube du sud, en liaison avec l'armée de Salonique, ce qui était la véritable tactique roumaine, mais de venir au secours de l'armée russe et de couvrir sa gauche en détresse par l'envahissement de la Transylvanie.
Le général roumain, sentant bien le danger d'une entreprise qui faussait dès le principe son plan normal d'opérations, estima qu'il devait prendre l'avis du général Jofïre, qui commandait, en fait, le front allié.
Le général JolFre appuya le point de vue du général Alexeieff, et le 6 juillet 1916 le commandant Pichon, attaché militaire à Bucarest, remit au Gouvernement roumain le télégramme dont voici la teneur dans tous ses points essentiels ;