‹ La Guerre sainte, ou, Les passions du cœurChapitre 14 sur 43 · FACSSE HUMILITÉ D*CN SOLITAIRE · texte numérisé non relu

FACSSE HUMILITÉ D*CN SOLITAIRE

Un solitaire qui faisait paraître une profonde humilité vint un jour chez l'abbé Sérapion ; ce bon vieillard l'invita, selon sa coutume, à offrir avec lui sa prière à Dieu. Mais le solitaire lui répondit qu'il avait commis tant de péchés , qu'il s'estimait indigne de cet honneur, et même de respirer l'air commun à tous les hommes. 11 ne voulut aussi s'asseoir qu'à terre , et non sur le même siège. Il fit encore plus de résistance quand on voulut lui laver les pieds.

Enfin, lorsqu'ils furent sortis de table, Sérapion, lui ayant donné quelques avis avec toute la dou-

eeur possible, s'aperçut du mauvais eflVt de sa remontrance. « Eh quoi! mon fils, lui dit alors l*

- sage vieillard, vous disiei , il n'y a qu'un mo

• ment , que vous aviez fait tous les crimes imagi- « naDIes; vous ne craigniez point de passer dans

- mon esprit pour un liomme de très mauvaise vie;

• i'où vent itanc qu'un simple avertissement que « je vous donne , qui n'a rien d'offensant , et que

- vous devriez même recevoir comme un gage d< » rca tendre affection , vous conlrislc si fort , qi« « je vois éclater sur votre visage le chagrin , le dé- : pit et l'indignation la plus étonnante? Avouez-le

mon frère, vous attendiez l'éloge de votre humi

lilé apparente ; vous auriez été fort content si je

« vous eusse répondu par ces paroles du Livre des

« Provei bes : Le juste commence son discours par

- s'accuser lui-mime. La vrai humilité ne consiste ■ pas à s'imputer de grands crimes que personne

• ne croira , mais à souffrir en paix et à savoii es-

• limer les injures qu'on nous «ait, même sans

• aucun fondement. »

( Vie* des Pire» du Dêeeri.l

Page 1