‹ La Guerre sainte, ou, Les passions du cœurChapitre 25 sur 43 · LA PATIENCE VICTORIBCSK DES INJURES · texte numérisé non relu

LA PATIENCE VICTORIBCSK DES INJURES

Durant la persécution du cruel empereur Galérius, vivait dans la solitude un nommé Apollonius, que son mérite et sa charité avaient fait élever au diaconat. Dévoré du feu d'un saint zèle , on le voyait aller de cellule en cellule , et de monastère en monastère , exciter les frères au martyre , et leur inspirer la fermeté et le courage dont il était animé. Ayant été pris lui-même et mis en prison , les païens venaient l'insulter et blasphémer en sa présence contre Dieu. De ce nombre était un certain joueur de flûte , nommé Philémon. Cet homme , qui s'était rendu agréable au peuple par ses chansons et ses bouffonneries , voulant mériter encore davantage ses bonnes grâces , affectait de «lire au saint diacre toutes sortes d'injures , en lui disant qu'il était un fourbe, un imposteur , un infâme. Le saint ne répondit d'abord que par sa pa-

tieucc, qui était plus éloquente que tous Izi «liscours. Comme Philémon continuait à vomir des injures, Apollonius , avec une douceur et une patience admirables, lui dit: Je prie Dieu, mou fds, qu'il vous pardonne vos emportements et toutes les injures que vous me dites. Philémon fut touché de la modération de ce saint solitaire , et ressentit en ce moment dans son cœur une impres sion qui avait quelque chose de surnaturel et de divin ; en sorte que ne pouvant plus résister à ce sentiment intérieur, il s'écria tcut-à-coup qu'il était chrétien. Celte déclaration lit du bruit, et fut bientôt portée aux oreilles du juge. Philémor. approchant- du tribunal, lui dit hardiment, en présence d'une foule de peuple : Vous agissez en mauvais juge, lorsque vous punissez des innocents, des amis de Dieu , de saints religieux j les chrétiens sont irrépréhensible* dr.ns leur doctrine .omme dans leurs mœurs. L» juge, qui connaissait Philémon pour un homme dont tout le mérite élait de faire rire et de plaisanter sur toutes choses , crut d'abord qu'il méditait quelque scène bouffonne de sa façon ; mais , reconnaissant enfin qu'il parlait sérieusement : Vous avez perdu l'esprit, lui dit-il, et vous êtes hors de votre bon sens. Ce n'est pas moi , répondit Philémon , qui ai perdu l'esprit .; craignez pour fous-même. Oui , une injuste fureur vous possède et vous fait répandre le sang innocent ; pour moi, je vous déclaro que je suis chrétien, et que les chrétiens ne méri-

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tcnt que des éloges. Le juge voulut d'abord le faire revenir par des caresses et des flatteries , et \ ovant que tout cela était inutile , il eut recours à la violence , mais avec aussi peu de succès.

Cependant on apprend que le changement de Fhilémon n'est arrivé que depuis qu'Appollonius lui a parlé. On le saisit donc, on le met sur le chevalet : il est traité de séducteur, et puni comme tel. Ah! plût à Dieu, s'écria le saint homme au milieu des touiments , que vous , ô juge! et vous tous qui m'écoutez, voulussiez vous laisser ainsi séduire ! Que cette prétendue séduction serait heureuse pour vous! Le juge, l'entendant parler de la sorte , le condamna à être brûlé avec Philémon. Ils entrent dans le feu avec un visage riant, et l'on entendit Appollonius qui , du milieu des flammes , priait en ces termes : Seigneur, n'abandonnez pas ù la fureur des tyrans les âmes de ceux qui croient en vous , mais faites voir que vous êtes véritablement leur sauveur. A peine avait-il fini celte prière, qu'à la vue du juge et de tout le peuple , une nuée descendit sur le bûcher, et en éteignit entièrement le feu. Ce prodige causa un clonncment dans les esprits ; en sorte que le juge et le peuple s'écrièrent tous d'une voix unanime : Le Dieu des chrétiens est grand, il est immoi'r' ' '1 est le seul et le vrai Dieu.

Le préfet d'Alexandrie, ayant eu connaissance de tout, envoie des commissaires sur les lieux pour informer contre le juge et contre le peuple, qui

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s', (aient convertis à la vue du mira<!e , et pour les amener chargés de chaînes à Alexandrie. Mais ceux qui avaient ordre de les arrêter se trouvèrent euxmêmes convertis par les discours d'Appollonius , se livrèrent au préfet avec ceux que l'on conduisait , et confessèrent hautement qu'ils étaient chrétiens. Le préiVt, épouvanté de tant de conversions, et irrité de la résistance que lui faisaient ces nouveaux fidèles , les fit tous précipiter dans la mer. Ce fut moins la mnrt que le baptême qv'ils reçurent dans les flots. Leurs corps , par un nouean trait de la Providence, furent poussés sur le rivage et honorablement ensevelis par les fidèles.

( Tiré des sfetes des Martyrs , êcv> l'empereur Galâius. )

Ll SUPPORT DE I.A MALAISE Bl'MEl'R DES AUTRE*.

Cnssien rapporte d'une oame d'Alexandrie qu'elle avait tant d'amour pour les souffrances , que, non contente de supporter de bon cœur celles qu'il plaisait à Dieu de lui envoyer, elle recherchait encore avec ardeur tout ce qui pouvait lui donner occasion de souffrir et d'exercer sa patience. Comme alors l'Eglise d'Alexandrie nourrissait plusieurs pauvres veuves, elle alla prier saint Athanase de lui en donner une pour la nourrir chez elle, et pour soulager l'Eglise d'autant. Le saint.

•yant extrêmement loue son dessein, commanda qu'on lui en choisit une qui fût d'un esprit dou\ et d'une grande pieté; elle la mena chez clic, clic l'y garda quelque temps, la servant et la traitant ;i\ec toute sorte d'attentions et de soins. Mais , parce que cette pauvre femme ne cessait de la louer et de la remercier à tout moment de ses bontés, elle alla trouver le saint évèque, et se plaignit à lui de ce que, lui ayant demandé une femme qui lui donnât lieu de s'exercer et de mériter en la servant, il n'en avait rien fait. Saint Athanase ne comprit pas d'abord ce qu'elle voulait dire, et s'imagina qu'on avait manqué à ses ordres; mais s'élant bien informé , et sachant qu'on avait choisi une femme pleine de piété , il comprit ce que la dame voulait dire par ses plaintes, et lui répondit qu'il y mettrait ordre. Il commanda donc qu'on en choisit une d'un esprit aigre , d'une humeur difficile et incompatible ( et celle-là, dit Cassien , fut plus aisée à trouver que l'autre ). En effet , on choisit une femme sèche , chagrine , colère , acariâtre , querelleuse ,- il la fil mettre entre les mains de cette pieuse dame, qui la conduisit aussitôt chez elle , et s'attacha à la servir avec encore plus d'humilité et de soin que l'autre ; mais elle n'en recuvait que de l'ingratitude , des plaintes et de mauvais traitements , celle méchante veuve la contrariant continuellement en tout , et portant quelquefois la colère jusqu'à mellre la main sur clic. Lu sainte femme trouva

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donc comme au-delà de ce qu'elle avait demande ; elle alla remercier saint Alhanasc de lui avoir donne une femme qui lui avait si bien appris la patience , et qui lui fournissait tous les jours tant d'occasions de mérites. Dans bien des moments elle ressentait tout le poids du fardeau; cependant elle continua toujours ses bons offices , et , après avoir vécu quelque temps dans cet exercice de charité et de mortification, elle mourut saintement dans le Seigneur.

( Tiré des Conférences de Castien. ">

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