GÉNÉROSITÉ D'UN JEUNE GENTILHOMME
Un jeune gentilhomme , M. de **, Ct un de ces traits de religion et de courage qui devraient être rapportés dans toutes les histoires. On lui avait proposé un duel, mais ce jeune chrétien avait refusé constamment, parce que la loi de Dieu lui défendait d'accepter. Son agresseur , chez qui la passion étouffait tout autre sentiment et faisais taire la raison, résolut de l'y engager malgré lui.
Un jour, il se trouve dan* une rue écartée où devait passer le gentilhomme , c'j tirant de sa poche deux pistolets , il lui en présenta un. Celui-ci contraint de défendre sa vie , prend l'arme qu'on lui donne , et propose à son adversaire de tirer le premier. Il accepte ; mais , dans l'agitation étrange où il était , il manque son coup. Rechargez si vous voulez , et tirez encore , lui dit le gentilhomme , avec un sang-froid qui aurait dû désarmer son ennemi, s'il n'eût été aveuglé par la passion. Il ne se le fit pas dire deux fois, et tira une seconde fois . qui ne fit aucun mal au brave jeune gentilhomme.
« Maintenant ce serait à mon tour, reprit le « gentilhomme généreux , mais je frémirais d'at- ■ tenter à la vie d'un de mes concitoyens. Oubliez « ce qui peut vous avoir indisposé contre moi ,
« j'oublie volontiers la violence de votre procédé ; •< embrassons-nous , et qu'il me soit permis de « croire que vous me comptez au nombre de vos « amis. >•
Ces paroles de charité ouvrirent enfin les yeux à son fougueux ennemi , et touchèrent son cœur. L'agresseur se jeta à ses pieds en versant des lar mes , et lui jura une amitié dont il ne s'est jamais départi. Quelle action héroïque ! était-ce par lu. eheté qu'il refusait le duel ? Ah ! tout ce qu'on raconte de plus grand dans les guerriers qu'on appelle des héros , peut-il entrer en parallèle avec ce beau trait de valeur et de tendresse?...