LE JLIXË HOMME LABORIEUX
Un fameux philosophe grec , nommé Cléanthe, u'avait qu'un génie borné; mais persuadé que le travail contribue encore plus que l'esprit à nous rendre savants, il gagnait sa vie à tirer de l'eau pendant la nuit, afin de pouvoir vaquer à l'étude pendant le jour ; et par ce moyen il fit de si grands progrès dans les sciences, qu'il surpassa tous ses condisciples , et devint la lumière de son siècle.
Ce ne sont pas toujours les esprits les plus brillants qui réussissent le mieux ; ce sont souvent ceux qui s'appliquent le plus au travail. Aussi cette application a toujours été le partage de ceux oui ont ambitionné le titre de savant.
BEAUX EXEMPLES d'aMOCR POL'K LE TRAVAIL.
Pline l'ancien était si attentif à mettre son temps à profit , que lorsqu'il sortait, il se faisait toujours porter dans une litière, afin d'y pouvoir lire san»
être détourne par les pa-sanls. Lorsqu'il fréquentait le barreau , il n'y allait jamais sans porter un livre . parce qu'il voulait employer à la lecture les moments d'intervalle qu'il y avait entre son arrivée et ie commencement de l'audience.
Pline le jeune , son neveu , avait hérité de son ardeur pour l'étude. Il nous apprend lui-même , dans une de ses lettres , que lorsqu'il allait à la chasse il portait toujours ses tablettes , afin qu'au défaut de gibier, il pût en rapporter quelque nouvelle pensée.
Diogène avait déjà donné l'exemple de cette application au travail , et le trait que je vais rapporter fait bien voir que le désir de s'instruire était sa passion dominante. Etant allé un jour chez Antisthène , son maître , pour écouter ses ieçons , celui-ci commença par le rebuter , en disant qu'il n'avait rien à lui apprendre. Ce refus ne découragea point Diogène ; il ne servit, au contraire , qu'à lui faire redoubler ses prières et ses instances ; mais Àntislhcne , qui voulait s'en débarrasser, ou qui peut-être ne cherchait qu'à éprouver sa constance , lui parla encore avec plus de dureté, le menaça même de le frapper. Eh bien! s'écria alors Diogène , frappez-moi tant que vous voudrez , ■wurvu que vutts me pe7*mettiez de vous écouter.
Un jeune Grec, nommé Euclidc, avait tant d'ardeur pour l'étude , que malgré la défense (jii'on avait faite aux habitants de Mégarc, où il demeurait, de ficqucnlcr les Athéniens , il allait
SUR LES PASSIONS DU CŒUR. 42i
néanmoins à Athènes, tons les soirs, à la faveur de la nuit, pour avoir l'avantage d'entendre les leçons de Socrate , et en revenait tous les matins, menant pour cela un habit de femme avec un manteau de différentes couleurs, et se couvrant le visage d'un voile , afin qu'on ne pût pas le reconnaître.
A.IMLICATION BC JE*\1B DCC DE BOCRGOGNE.
Dans le temps que le jeune duc de Bourgogne était dangereusement malade, il semblait ne désirer que ses livres. Un jour qu'il se sentait un peu mieux , il pria instamment son gouverneur de vouloir bien les lui rendre; et comme celui-ci demanda la raison de l'empressement qu'il montrait potir l'étude: C'est- répondit-il , que je crains d'oublier ce que je sais , et qu'il y a mille choses que je désire d'apprendre. Après cela , il ne faut pas être surpris que, quoiqu'il n'eût encore atteint que sa neuvième année , il eût déjà l'esprit orné de tant de connaissances.
SAGE fcAVMK Vos SOLITAIRE.
Il est rapporté , dans la Kie des Pires du Désert , que le chef d'une maison solitaire , après » oir occupé le malin ses inférieurs à faire des corbeilles d'osier, les obligeai!, le soir, à les défaire ;
en sorte que c'était toujours à recommencer. Parmi la troupe des solitaires , il s en trouva un qui , se lassant de ce travail dont il ne voyait pas l'utilité, alla trouver l'abbé, et lui représenta naïvement qu'il était fort surpris qu'on lui fit faire un pareil usage du temps, et que c'était ne rien faire que de travailler pour détruire un moment après ce qu'on avait fait. Vous vous trompez , mon frère , lui répondit l'abbé ; soyez persuadé que vous ne perdez pas le temps , et souvenez-vous que c'est beaucoup faire que d'éviter t oisiveté.
Qe solitaire pensait comme tous les sages , qui ont toujours regarde la paresse et l'oisiveté comme le vice le plus pernicieux. L'on prétend même que parmi les lois que Dracon avait données aux Athéniens, il y en avait une qui condamnait à mort quiconque serait convaincu de s'être adonné à ce vice.
Cette loi paraîtra sans doute trop sévère , mais elle fera du moins sentir qu'aux yeux de ce législateur, un homme paresseux était aussi condamnable qu'un homme coupable des plus grands crimes.
(L'abbé Victor de Sainte-Marie.)
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