‹ La Guerre sainte, ou, Les passions du cœurChapitre 41 sur 43 · Chapitre · texte numérisé non relu

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Bojons de romballre les passions.

Quels moyens faut-il employer pour réussir (huis une si intéressante entreprise ? Quatre , nous dit l'auteur du Combat Spirituel. Commencez , mon cher Théophile , par vous en munir comme d'armes sans lesquelles il est impossible que vous sortiez victorieux de ce combat. Ces moyens sont : la défiance de vousmême, la confiance en Dieu, le bon usage des puissances de votre ame et de votre corps, et l'exercice de la prière.

§ I. La défiance de soi-même.

La défiance de soi-même est si nécessaire dans le combat spirituel , qu'on ne peut , sans cette vertu, non-seulement vaincre tous ses ennemis, mais surmonter les moindres passions. Cette vérité doit être gravée profondément dans notre esprit, parce qu'encore qu*

nous ne soyons qu'un pur néant, nous ne laissons pas de concevoir de l'estime pour nousmêmes, et de croire, sans nul fondement, que nous sommes quelque chose. Ce vice est l'effet de la corruption de notre nature; mais plus il est naturel, plus on a de peine à le reconnaître. Dieu, qui voit tout, le regarde avec horreur, parce qu'il veut que nous soyons très persuadés qu'il n'y a dans nous ni vertu ni grâce qui ne vienne de lui seul , comme la source de tout bien , et que sans lui nous sommes incapables de former une pensée qui puisse lui plaire.

Quoique la défiance de soi-même soit un don du ciel , que Dieu communique à ses amis, tantôt par ses saintes inspirations , tantôt par des peines très fâcheuses , tantôt par des tentations presque insurmontables et par d'autres voies qui nous sont cachées , il désire , néanmoins , mon cher ami , que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir pour l'acquérir. Nous l'obtiendrons infailliblement , si , demandant souvent à Dieu cette importante vertu , et la demandant avec ferveur et humilité , nous avons soin de nous remettre sans cesse devant les yeux notre néant et notre impuissance à rien faire de bien , dans l'ordre du

Sl'll LES PASSIONS l)U COFUn. loi)

•alut, p.ïr nos forces naturelles; si , de plus, nous savons nous accoutumer peu à peu à nous défier de nous-mêmes, à craiiidre les illusions de notre propre jugement ainsi que la violente inclination de notre nature au mal ; et si, enfin, à chaque fois que nous tombons dans quelques fautes, nous avons soin de rentrer en nous-mêmes pour considérer attentivement jusqu'où va notre faiblesse; parce que Dieu, toujours si sage dans les dispositions de sa providence , ne permet nos fautes qu'afin que, éclaires d'une nouvelle lumière , nous nous connaissions mieux que jamais, et qu'ainsi nous acquérions la défiance de nous-mêmes , qui es^ *»•»<*■> «•>- «ine connaissance expérimentale de notre misera.

§ II. La confiance m Dieu.

Quoique la défiance de soi-même soit très nécessaire dans le combat spirituel, cependant, si elle est seule , et qu'on n'ait point d'autres secours , on sera -bientôt désarmé et vaincu. Le découragement et une sorte de pusillanimité résulteraient nécessairement de cette connaissance approfondie de votre impuissance pour le bien ; il serait même à craindre qu'avec ictte défiance seule vous ne tombassiez dans

une sorte de timidité de caractère qui paralyserait bientôt la force de votre volonté et vous ferait courir risque de retourner en arrière. 11 faut donc , mon fds , à cette défiance de vousmême, ajouter une grande confiance en Dieu, qui est l'auteur de tout bien et de qui seul on doit attendre la victoire. Cette confiance doit être sans bornes ; plus vous aurez vu, en pénétrant dans votre propre fonds , que nous ne sommes rien de nous-mêmes, et que nous ne pouvons nous promettre que des chutes dangereuses et fréquentes, plus vous vous jetterez dans le sein de Dieu pour y puiser cette force et ces lumières qui manquent à notre naiure.

Pour obtenir cette confiance en Dieu , qui sera pour vous le principe de tant de biens, d'abord demandez-la humblement à Notre-Seigneur, puis considérez attentivement , par les lumières qui nous viennent delà foi, combien grande est la toute-puissance et la sagesse infinie de cet être souverain -à qui rien n'est impossible ni difficile , de qui la bonté est sans bornes, qui, par un excès d'amour pour ceux qui le servent, est prêt à toute heure et à tout moment à leur donner tout ce qui leur est nécessaire pour se rendre tout-à-fait maîtres d'eux-mêmes.

SUR LES PASSIONS DU COEUR. i 3\

Rappelez souvent à votre mémoire , mon ther fils , ces promesses s: nombreuses que vous fait Dieu dans ses écritures, de n'abandonner jamais ceux qui espèrent en lui : « Cece lui qui espère au Seigneur, y est-il dit, sera « comme la montagne de Sion, il ne sera point « ébranlé. — • Qui a espéré en lui et a étécon- « fondu? — Agissez en hommes courageux et « fortifiez votre cœur, vous tous qui espérez a au Seigneur. — Le Seigneur prend ses corn- « plaisances en ceux qui espèrent en sa misé- « ricorde. Que ceux qui vous connaissent es- « pèrenten vous, parce que vous n'avez jamais « abandonné ceux qui vous cherchent. »

Pour rendre votre confiance plus ferme en »re , pensez en outre qu'il est également facile à Dieu de vaincre toutes sortes d'ennemis, soit qu'ils soient peu ou en grand nombre , qu'ils soient for'-s et aguerris, ou faibles et sans expérience. Suivant ce principe , quand une ame aurait tous les défauts imaginables , quand elle se serait inutilement efforcée de se corriger de ses vices et de pratiquer la sagesse, quand même elle se sentirait de jour en jour plus de penebant pour le mal , au lieu d'avancer dans le bien, clic ne devrait pas pour cch manquer de confiance en Dieu , ni perdre cou

rage : clic devrait au contraire redoubler se* efforts pour repousser l'ennemi; car, dans cette espèce de combat , on est toujours victorieux quand on a assez de cœur pour ne point quitter les armes et pour tout espérer de Dieu, dom le secours ne manque jamais à ceux qui combattent pour lui , quoiqu'il puisse arriver qu'il permette que dans la mêlée ils reçoivent quelque blessure. Souvenez-vous seulement que si vous avez soin d'établir fortement en Dieu votre confiance , comme nous venons de le dire , vous trouverez toujours aux plaies mêmes que vous pouvez recevoir un remède prompt et efficace, parce que Dieu vous veillera comme la prunelle de l'œil.

Vous savez donc maintenant , mon eber ami , ce que c'est que ces deux premières armes , la défiance de vous-même et la confiance en Dieu. Voici l'usage que vous en pourrez faire dans votre combat spirituel. Lorsque vous vous proposez ou d'acquérir une vertu ou d'extirper un défaut de votre ame, avant de rien entreprendre, jetez les yeux, d'un côté, sur votre faiblesse, et de l'autre, sur la puissance, sur la sagesse , sur la bonté infinie de Dieu, et tempérant la crainte qui vient de vous par l'assurance que Dieu vous donne , livrez- vous cou-

rageusement à votre sainte entreprise , et si vous avez assez de courage pour persévérer de manière à ee que la considération de votre faiblesse aille devant celle de la toute-puissance, et que l'une et l'autre précèdent toutes vos œuvres , lorsque vous y penserez le moins vous verrez vos ennemis à vos pieds.

§ III. Bon usage des puissances de famé et du corps.

La troisième arme dont il faut vous munir, mon cher Théophile , c'est le bon usage des puissances de votre amc et de votre corps.

1° De votre amc. Il y a dans l'homme deux facultés qui demandent , en ce genre, notre attention, savoir : l'intelligence ou intellect, et la volonté. Voici ce que vous avez à faire pour ces deux puissances. D'abort, quant à l'intellect, cherchez, mon fils, à le préserver d'un défaut essentiel qui r<\ altère la bonté , savoir : l'ignorance. C'est l'ignorance qui empêche à l'esprit de connaître la vérité, qui est son objet. Il faut donc qu'à force de l'exercer, on dissipe ses ténèbres et qu'on l'éclairé , de sorte qu'il voie ce qui est à faire pour purger l'ame de ses passions déréglées et oour l'orner des vertus.

Les moyens de dégager ainsi l'esprit de cette ignorance } sont d'abord de demander à Dieu ses lumières , qu'il ne refuse jamais à ceux qui le cherchent tout de bon ; puis , de soumettre en toute rencontre le jugement propre à celui de ses supérieurs; et enfin, d'examiner soigneusement , et de bonne foi , les choses qui se présentent , pour savoir si elles sont bonnes ou mauvaises , et pour en juger, non plus avec légèreté et précipitation ou sur le simple rapport des sens ou de l'opinion , mais pour ce qu'elles sont en elles-mêmes, donnant toujours les principes sacres pour bases à nos jugements.

L'autre puissance de Yzme sur laquelle il faut agir, c'est la volonté. Cette faculté qui fait tout l'homme en quelque sorte , et à qui rien ne résiste quand une fois elle est puissamment mise en œuvre, est de sa nature aveugle et inerte ; il faut donc éclairer sa marche , et lui imprimer une impulsion vigoureuse pour le bien.

Pour éclairer sa marche , rendons-la droite , faisons-nous de bonne heure cette heureuse habitude de rectitude, ne nous proposant en toutes choses que des vues pures , des intentions droites ; réglons-la sur celle de Dieu •

SUR LES PASSIONS DU CQEUll. ICI

faisons-nous un besoin d'étudier la volonté di vinc pour y conformer de notre mieux la noire ; quand il se présente une occasion de faire quelque bonne œuvre , ne permettons pas à notre cœur de la désirer et de s'y affectionner, qu'auparavant nous n'ayons cherché à nous défaire de tous les motifs qui ne seraient pas assez bons ou assez purs.

La démarche de la volonté étant ainsi éclairée, il est temps de la mettre en œuvre, cher Théophile ; imprimons-lui une impulsion forte pour le bien , une détermination que rien n'arrête , car nous avons de grands obstacles à renverser dans ce combat.

2° Quant aux puissances de votre corps , je n'ai qu'un mot à vous en dire , mon cher ami : veillez soigneusement à la garde de vos sens , tenez-les tous dans une sainte circonspection et vigilance , soyez modéré dans les soins que tous êtes obligé de donner à votre corps , sobre dans le repos , sobre dans les repas , sobre dans vos paroles , sobre même au besoin dans le travail. Sans le laisser souffrir, accoutumez-le aux privations ; défaites-vous de cet amour des aises et des commodités aujourd'hui si recherchées. Avec une telle marche , vous serez moins coin-

ib'À INSTRUCTIONS

battu de la part de ces convoitises , et plu» libre pour travailler au bien de votre ame.

§ IV. La prière.

C'est au sein d'une ^ rière humble et fervente que vous renouvellerez vos forces pour le combat spirituel. C'est là que vous puiserez ces lumières vives et abondantes qui éclaireront votre intelligence et qui dirigeront votre volonté ; vous répandrez votre ame devant Dieu j vous lui exposerez le dessein que vous avez formé de vous vaincre pour sa gloire ; vous mettrez sous ses yeux , dans vos prières , les difficultés que vous rencontrerez dans votre combat: vos peines, vos craintes , votre faiblesse : vous le prierez de vous aider, de vous soutenir, de vous fortifier; vous lui demanderez ces grâces si nécessaires pour ce combat , par les mérites de son Fils adorable ; vous les lui demanderez par la pieuse intercession de sa sainte Mère , de votre ange gardien , de vos saints protecteurs et protectrices , de toute la cour céleste.

Vous rapportera à votre combat toutes vos prières , votre oraison du malin , les messes que vous entendrez , les communions aux-

quelles vous aurez eu le bonheur de prendre ^rt. Oui, mon fils, surtout eette divine Eucharistie par laquelle vous vous unissez si étroitement à votre Dieu , et où il s'unit si étroitement à votre ame , cette céleste nourriture deviendra votre force. Ah ! quand vous le posséderez au fond de votre cœur, cet agneau sans tache , vous lui demanderez qu'il vous aide à vous purifier, a vous vaincre , à extirper ei. vous tous ces défauts qui peuvent lui déplaire ; et si vous aviez la facilité d'aller chaque jour à l'église visiter le saint Sacrement, faites de et. „ombat l'objet de cette visite ; vous ne retournerez jamais les mains vides : au sortir d'autres de Jésus , vous vous sentirez plus fort , plus éclairé, plus animé pour celle guerre sainte que vous avez entreprise.

Quelle arme puissante est mise là entre vos mains ! Ah ! elle csl la plus forte sans contredit. Dieu ne sait rien refuser à un cœur qui l'invoque ainsi avec ferveur et humilité. Revètczvous de cette quatrième et dernière arme ; joigYicz-la au bon usage des puissances de votre ame et de voire corps; joigncz-là à celle entière confiance en Dieu , à celle sainlc défiance de vous-même; et, revèlu de ces saintes armes , avancez hardiment au combat , mon

cher ami , et vous remporterez la victoire, et vous obtiendrez la couronne de justice que le Seigneur prépare à ses serviteurs fidèles.

Exemple.

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