Chapitre premier
Pr.EMIÊRE PASSION DO COEtT-,
L'orgueil.
L'orgueil a toujours été la plaie la plus dangereuse du cœur de l'homme , et c'est aussi , mon cher Théophile , la première passion que vous devez cherchera bien connaître, alin de pouvoir toujours la comhaltrc avec succès.
§ I. Enormilê du péché d'orgueil
Le premier, !e plus grand et le plus funeste de tous les péchés, c'est l'orgueil : il est le premier, puisque ce fut le péché de Lucifer et celui de nos premiers parents; il est le plus grand, parce qu'il cherche à ravir à Dieu sa gloire, dont il est si jaloux; il est aussi le plus dangereux, parce que souvent il se glisse dans les vertus et les bonnes œuvres, que nous en portons toujours le principe en dedans de nous, qu'il est le premier qui nous attaque et le dernier dont on se corrige.
1 rXSTRUCTTONS.
On peut même dire , mon cher ami , que l'orgueil est le principe de tous les autres péchés , parce que dans tous, nous voulons nous soustraire au domaine que Dieu a sur nous , vivre dans l'indépendance et nous reposer sur nous-mêmes. Renoncez donc de tout votre cœur à ce péché , et combattez les sentiments d'orgueil qui s'élèvent dans votre cœur.
Ce péché produit naturellement l'amour de la gloire du monde , de l'estime et des louanges des hommes , la passion de se vanter , le désir de s'élever, qu'on nomme ambition. 11 produit encore l'hypocrisie, l'insolence , la désobéissance , l'attache à son propre sens , l'amour des nouveautés, en fait même de religion , et mille autres désordres semblables.
§ II. Folie de torgueU.
Rien n'est si fragile que les fondements de votre orgueil , et de plus ridicule que votre vanité. En effet , mon fils , de quoi tirez-vous vanité? de votre esprit et de votre industrie? il ne faut qu'un dérangement de cerveau pour le perdre ; d'ailleurs , ce n'est point encore là la vertu. De quoi vous glorifiez-vous ? de l'éclat de votre naissance ? mais vous l'ètcs-vous
donnée , et n'etes-vous pas ne avec la tache du péché originel?
De quoi vous prévalez-vous encore? de votre force , de votre santé , de votre beauté? il ne faut qu'une lièvre de deux jours pour effacer tout cela. De quoi vous enflez-vous? de vos richesses , de votre fortune , de votre crédit , de votre élévation ? il ne faut qu'un contretemps pour tout renverser. De quoi pourriez vous enfin vous glorifier? de la pompe de vos habits, de la magnificence de votre maison? mais tout cela ne donne aucun mérite. Vous n'avez donc aucune raison de vous enorgueillir et de vous préférer aux autres, en qui Dieu voit souvent des qualités meilleures qu'en vous.
§111. Remède à Forgueil*
Le grand remède à l'orgueil, c'est l'humilité de cœur, qui n'est autre chose que l'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris de soi-même , mépris fondé sur la connaissance de sa bassesse et sur l'amour de la vérité. Cette vertu , que Jésus-Christ nous prêche par ses exemples plus encore que par ses paroles , nous rend modestes en toutes choses; elle se plaît dan*
le silence, la retraite et l'obscurité; elle fai" que nous sommes contents de la place où Dieu nous a mis , et que nous n'en désirons pas d'autres plus honorables, k Dieu résiste aux su perbes et donne sa grâce aux humbles (d). »
Exemples.
ORGUEIL d'ui r.ODE.
Hcroue-Agrippa, roi des Juifs, étant irrité contre 'es Tyriens et les Sidonicns , ces peuples le vinrent trouver d'un commun accord , et , ayant gagné Blaste , qui était chambellan du roi , ils demandèrent la paix , parce que leurs pays tirait sa subsistance des terres du roi. Hcrode, ayant donc pi is jour pour leur parler, parut velu d'une robe royale , et étant assis sur son trôn*, il haranguait devant eux j et le peuple criait dans ses acclamations : C'est la voix d'un Dieu , et non vas d'un homme. Mais au même instant un ange du Seigneur le frappa , parce qu'il n'avait pas donne gloire à Dieu, et étant mangé de vers, il mourut. (Act., c. 12.)
Cette mort terrible fut une punition sensible d l'orgueil détestable par lequel il adopta cette flatterie impie : « C'est un Dieu qui parle, et non pas un homme, »au lieu de la rejeter, et de renvoyrr à Dieu cette gloire , qui ne convenait au'à Dieu seul.
(t) S. Jacq.,4.
SUR LES PASSIONS DU COEUR. i
position de l'obgdeil dans CM SOLITAIRE.
Une certaine nuit, lorsque saint Pacôme et saint Palémon veillaient, il survint un solitaire qui voulut demeurer avec eux ; et l'ayant reçu, ce nouveau venu se mit à dire au milieu de son discours : Si l'un de vous a de la foi , qu'il se tienne debout sur ces charbons de feu ( il y avait là un feu allumé A et qu'il prononce lentement l'Oraison dominicale. Le bienheureux Palémon , voyant que c'était l'orgueil qui le faisait ainsi parler, le reprit; mais au heu de profiter de cette remontrance , il continuà s'élever encore davantage par vanité : il se tint hardiment sur le feu, sans que personne le lui commandât, et l'ennemi des hommes conspirant avec lui par la permission de Dieu , il n'en reçut aucun dommage , ce qui ne servit qu'à augmenter encore plus son orgueil. Lorsqu'il s'en alla le lendemain , il leur di* comme par reproche : Où esl votre foi ?
Peu de temps après , le démon s'étant assujéU cet homme , prit la figure d'une femme pour le solliciter au mal par des pensées sales , auxquelles ce malheureux solitaire succomba. Aussitôt l'esprit impur, se jetant sur lui, le meurtrit de coups et le laissa étendu sur le pavé. Quelques jours après il reconnut sa folie , et vint trouver saint Palémon , auquel il raconta en pleurant ce qui lui était ar/ivé , et il lui dit : « Mon père, je confesse que je suis