CHAPITRE I
La mobilisation et la concentration des corps anglais ne s'effectuèrent pas d'un seul bloc et suivant un plan unique. Commencées en octobre 1899, elles n'étaient pas encore terminées en mars 1900, et le gros s'échelonne d'octobre à fin janvier, sur un espace de quatre mois. Aux heures sombres de décembre, on alla jusqu'à leur appliquer, dans le Parlement et dans la presse, la dénomination de mobilisation par petits paquets ; reproche injuste, que ne méritaient pas les efforts considérables du War-Office et qui aurait dû tomber devant la grandeur des résultats obtenus.
La vérité est que ces efforts ne furent pas calculés dès la première heure et que les Anglais ne se rendirent pas compte, tout d'abord, de la capacité de résistance de leurs adversaires.
Cette réserve faite, nous préférons anticiper sur les événements et présenter, dans un seul tableau, l'ensemble de ces opérations, tout en indiquant, au fur et à mesure de leur exposé, les grandes divisions que l'on retrouvera dans le récit de la campagne.
Effectifs de paix du Sud-Afrique. — La Grande-
Bretagne entretenait en permanence, au Cap et à Natal, les éléments ci-après de l'armée active :
6 bataillons et demi d'infanterie et 4 compagnies d'infanterie montée (6.073 fantassins) ;
2 régiments de cavalerie (1.186 cavaliers) ;
3 batteries montées et i batterie de montagne (709 artilleurs) ; 2 compagnies d'artillerie de garnison (362 canonniers) ;
I compagnie du génie (i i4 sapeurs).
Ce qui, avec le train et l'état-major, donnait un effectif de 9.100 officiers et soldats et 1.773 chevaux.
A ces forces régulières se joignaient les milices locales, soit ensemble, pour les deux colonies : 8.024 officiers et soldats, répartis en 9 corps de chasseurs Çrijles), 5 corps de cavalerie et d'infanterie montée, 3 corps d'artillerie de campagne et de garnison. En plus, 2 corps de police, à l'effectif total de 1.800 hommes (').
Les forces du temps de paix s'élevaient donc à 9,100 hommes de l'armée active et environ 10.000 hommes des corps coloniaux.
Renforts de couverture (8 septembre^S octobre). — Le 8 septembre 1899, pendant la période aiguë des négociations et, peut-être, comme moyen d'intimidation, le
( 1 ) Pour la colonie du Cap : Un régiment permanent de rijtemen montés {Cape Mounted Ri/les) comptant 846 olïiciers et soldats, avec 9 canons el 3 maxiins ; 46 compagnies de volontaires comptant 6.788 officiers et soldats, avec II pièces d'artillerie; un corps de police de i.aôa hommes. Au total, 7.896 hommes.
Pour la colonie de Natal: De nombreux corps de volontaires, parmi lesquels on cite Tinfanterie lérjère de Durban, les Mounted Rijle* de Natal, comptant ensemble 1.890 olllciers et soldats; un corps de police de 523 hommes. Au total, 1.918 hommes.
gouvernement britannique tira des Indes, de la Méditerranée (Malte, Crète, Egypte) et de l'Angleterre (') :
10 bataillons d'infanterie; 3 régiments de cavalerie ; 7 batteries montées ; I compagnie du génie.
Soit 16.743 officiers et soldats et 2.8o4 chevaux, qui furent expédiés au Cap et à Durban, et y arrivèrent dans les premiers jours d'octobre.
En pleine paix également et dans le courant de septembre, les Anglais commencèrent, avec ostentation, des achats de mulets (7.000) à la Nouvelle-Orléans, des rassemblements de matériel, de vivres et de fourrages dans les principaux ports de la colonie. Ils y joignaient le personnel administratif nécessaire à desservir une véritable armée. Dès la fin de septembre, 27 compagnies de VArmy Service Corps (intendance), 4 compagnies de VArmy Ordnance Corps (service du matériel), et presque tout le service de santé, étaient embarqués et devançaient le i^' corps, dont on annonçait la mobilisation à grand renfort d'orchestre.
Mobilisation du corps expéditionnaire (/y-// octobre^. Concentration (^10-20 novembre^. — Le 4 octobre, en réponse à l'ultimatum de Kruger, une proclamation de la Reine autorisa le ministre de la guerre à convoquer les hommes de la réserve de l'armée active et à mobiliser un corps expéditionnaire comprenant 3 divisions d'infan-
(i) Angleterre: 2 batailloas, 4 batteries et i compagnie du génie;
Malte, Crète, Egypte : 3 bataillons ;
Jndes : 5 bataillons, 3 batteries, 3 régiments de cavalerie.
lerie, i division de cavalerie, avec les troupes et services d'étapes nécessaires.
Le premier jour de la mobilisation fut fixé au 9 octobre et, comme entrée de jeu, 26.000 réservistes reçurent Tordre de rejoindre, avec injonction d'être rendus à leurs corps avant le 1 7 octobre (').
En môme temps, on poussait, avec une fiévreuse activité, les achats, déjà commencés, de fourrages, de subsistances, de harnachement. Des officiers envoyés en Italie, en Autriche, en Espagne, en Amérique, passaient des marchés de chevaux et de mulets (12.000 chevaux pour l'infanterie montée ; 20.000 mulets pour le corps expéditionnaire, à raison de 10 attelages par voiture à quatre roues, 6 par voiture à deux roues, avec une réserve de 10 p. 100). Woolwich entrait en pleine activité et aménageait 2.5oo voitures, pour les routes défectueuses du Sud- Afrique. Aldershot ne désemplissait pas et l'Amirauté tenait, prêts à appareiller, les 78 steamers qui composent sa superbe flotte de transports.
Le i4 octobre, le général en chef, sir Redwers Buller, s'embarquait à Southampton pour arriver au Gap le 3i, précéder ses troupes et donner le dernier coup d'œil à l'organisation des services administratifs. Le 20 octobre, la 2* brigade d'infanterie (Hildyard) et la r* brigade de cavalerie prenaient la mer, et la brigade de la garde suivait avant la fin du mois. Toutes les unités du corps expéditionnaire se trouvaient en route avant le 10 novembre.
(i) On ne convoqua, pour ce premier appel, que les réservistes de 8 rc^ giments de cavalerie, 28 régiments d'infanterie, la brigade de la garde, et quelques fractions d'artillerie, du génie ou services divers. Sur les aS.ooo convoqués, 21.000 seulement se présentèrent et 19.000 furent jugés bons pour le service.
C'étaient : a) Le corps d'armée ii° i , prévu au plan de mobilisation de 1892 (*), avec ses 3 divisions, de 9.76 1 hommes chacune, son artillerie de corps et ses autres troupes et services non endivisionnés, comptant 5.2 16 hommes ; soit 25 bataillons d'infanterie, 2 régiments de cavalerie et 1 7 batteries, dont 3 d'obusiers ;
6) Une division de cavalerie de 2 brigades, comptant chacune : 3 régiments de cavalerie, i régiment d'infanterie montée de 4 compagnies et i batterie d'artillerie ; au total, 5.534 hommes;
c) 7 bataillons d'infanterie pour la garde des lignes d'étapes ;
cf) Des troupes d'administration {Army Ordnance Corps, Stationary Hospitals, Army Corps Pay, etc.) pour les services d'étapes.
L'ensemble s'élevait à :
32 bataillons d'infanterie;
2 bataillons ou 8 compagnies d'infanterie montée;
8 régiments de cavalerie; 19 batteries^ dont 3 d'obusiers; 10 sections de mitrailleuses;
4 compagnies du génie ;
I compagnie de pontonniers;
I compagnie du chemin de fer et autres troupes techniques ou administratives ;
donnant un effectif de 52.i38 officiers et soldats, avec 1 14 pièces.
La répartition entre les troupes de campagne, de dé-
(i) Les fixations ne différent de celles indiquées, plus haut, au plan de mobilisation, que sur des points de détail : on ajoute, par exemple, une voiture à eau à chaque bataillon d'infanterie ; on dote chaque brigade d'infanterie d'un détachement d'infanterie montée et d'une ambulance ; on remplace, dans l'artillerie de corps, 3 batteries de canons par 3 batteries d'obusiers.
pots, d'étapes devait s*opérer dans les proportions ciaprès :
Troupes de campagne :
4o.oo3 hommes.
Troupes de rarricre :
i2.i35 hommes.
Division de cavalerie .
3 divisions d'infanterie.
Troupes non endivisîonnces du
coq)s d'armée
/ Petits dépôts
] Troupes d'étapes
i Services administratifs des éta-
pes
HOXMLS.
L'ordre de bataille des troupes de campagne était le suivant :
Général en chef: Sir Redwers Buller i« division (général j i" brigade (garde) . G*
lord P. Methuen).
2* division
(général sir Clery).
3* division
(général sir Gatacre).
Division de cavalerie
(général French).
2« brigade G*'
3« brigade G*
4« brigade G»
5c biigadc G^
G« brigade G*
J i" brigade (caval.) . G*
j 2« brigade — . G'»
sir Golville.
Hildyard.
Vauchope.
Lytlelton.
Fitzrov-Hart.
Bartoo.
Babiogton.
Brabazon.
La durée moyenne de la traversée étant d'une vingtaine de jours, toutes ces troupes furent rendues dans le Sud- Africain, dans la période du 10 au 3o novembre. En ajoutant ces r>2.ï38 officiers et soldats aux 25.843 de Tarmée active, qui composaient les troupes de couverture, et aux 2.000 soldats des services administratifs débarqués au début d'octobre, on voit qu'à la fin de novembre, sir R. Buller devait disposer de 79.981 rationnaires, sans parler des 10.000 hommes de milice locale. C'était, pour tenir la campagne, 62.000 combattants environ, tandis que 10.000 auraient été préposés à la qarde des étapes
MOBILISATION DES FORGES ANGLAISES. 5q
et 7.000 hommes aux services divers de première et de seconde ligne.
Avec une semblable force, derrière laquelle on préparait, comme réserve, une 5* division, mobilisée à loisir et tenue disponible en Angleterre, on se flattait d'avoir facilement raison des rebelles, et les prévisions d'une première mobilisation s'en tenaient là.
On verra plus loin comment ces prévisions furent déçues par les événements militaires du i5 au 3o octobre (investissement de Kimberley, de Mafeking et de sir G. White dans Ladysmith) et comment sir R. Buller dut, à la fois, modifier tout son plan de campagne et l'ordre de bataille de son armée. Contentons-nous d'indiquer ici, au point de vue de la mobilisation, qu'il forma, dans la première quinzaine de novembre, une nouvelle brigade dans la colonie du Cap, avec quelques bataillons d'étape et des bataillons en garnison dans la colonie. Cette brigade, placée sous les ordres du général Fetherstonhaugh, prit le n® 9, les n**» 7 et 8 (') étant réservés aux troupes enfermées avec sir G. White dans Ladysmith.
Mobilisation des premiers renforts partiels (^1 ^'-6 novembre). Concentration (^i^^^io décembre). — Les échecs subis dans le Natal et la position critique de sir G. White, après le combat de Farquhar's-Farm (3o octobre), furent connus en Angleterre dès le i*'' novembre. Ces nouvelles hâtèrent la mobilisation de la 5* division et déterminèrent l'envoi immédiat de premières troupes pour réparer les pertes éprouvées.
( I ) Les brigades 7 et 8 étaient commandées par les généraux Symons et Vule.
Ces renforts, à l'effectif total d'environ 3. 880 officiers et soldats, se composaient de :
3 bataillons d'infanterie 3. 100 hommes.
I batterie d'artillerie de montagne 200 —
I régiment mixte de cavalerie à 3 escadrons ('). . 58o —
Le premier jour de la mobilisation, pour ces unités, fut fixé au i**^ novembre, et les réservistes durent avoir rejoint avant le 6 novembre. L'infanterie et l'artillerie de montagne furent embarquées le 1 1 novembre, la cavalerie le 20 novembre; elles arrivèrent du i^ au 10 décembre.
Mobilisation de la 5« division d'infanterie (^iS-so novembre). Concentration {20 décembre- 1^^ janvier). — Un ordre du 11 novembre prescrivit de mettre sur le pied de guerre la 5* division d'infanterie. On appela en même temps sous les drapeaux les réservistes de 10 régiments de cavalerie, de 20 régiments d'infanterie et de quelques unités d'artillerie, du génie et des divers services; soit, ensemble, 9.786 réservistes.
Le premier jour de la mobilisation était fixé au i3 novembre et les réservistes devaient avoir rejoint le 20 novembre au plus tard (^).
Étant données les formations des 7*, 8* et 9* brigades dans le Sud-Africain, les brigades de la 5* division prirent les numéros 10 et 11.
(i) Ce régimeDt {Househoid Cavalry Régiment) tirait ses 3 escadrons des rérjimeats de la garde et devait les repartir entre les 3 divisions du i<^' corps.
(a) Sur g. 786 appelés, g.533 r^^pondirent à la convocation et 8.800 furent reconnus propres au service.
L'ordre de bataille et la composition de cette division furent les suivants :
/ io« brigade (général r4oke).
5* division (général Warren).
io.oi3(') officiers et soldats.