hommes
Ce chiffre de 3o.ooo hommes, réalisé dans une revue d'appel, nous semble un peu inférieur à ce que donnerait la mobilisation générale, de i4 (non plus de 16) à 60 ans, qui a, paraît-il, été ordonnée. Le Transvaal, en effet, sur une population totale de 982.000 âmes, compte 290.000 blancs, parmi lesquels 200.000 d'origine boer, 55.000 Anglais et 35. 000 de nationalités diverses. Si Ton admet, parmi les Boers, proportion égale d'hommes et de femmes et si l'on calcule d'après les tables Deparcîeux, on trouvera que, de i4 à 60 ans, la population mâle, de 100.000 Boers, offrira 65.909 hommes; soit, en défalquant les malingres et indisponibles pour différentes causes, 5o.ooo hommes environ, propres à porter les armes.
L'État d'Orange, comme le Transvaal, n'entretient qu'un très faible noyau pcrmaneiit d'artilleurs : 3 officiers,
i3 sous-olticiers et loo soldats, casernes dans le fort de Bloemfontein et disposant de 4oo hommes de réserve.
En temps de paix, il a ses corps de volontaires, à raison de 3o hommes, au moins, par localité, et un corps de police de i8o hommes.
En cas de guerre, les obligations du service militaire, semblables à celles du Transvaal, devraient fournir 20.000 hommes de i4 à 60 ans, propres au service. En réalité, le dernier recensement ne mentionne que 14.000 inscrits.
Pour la mobilisation, le commandement, etc., l'organisation militaire des deux pays est identique. Le territoire est partagé en un certain nombre de districts, recrutant chacun un commando, unité tactique formée par la réunion de 200 à 5oo hommes montés, qui sont aux ordres d'un Field-Gornet. Ces Field-Cornets, à raison d'un par district, portent un uniforme militaire, résident dans leur district en temps de paix et appellent leurs soldats sous les drapeaux en cas de m*obilisation.
Le soldat boer est vite mobilisable : il se contente d'emporter sur sa selle quelques rations de viande séchée, prend sa ceinture garnie de cartouches, s'assure que sa carabine Mauser est en bon état et se rend, au galop, au rendez-vous du commando. Là, le Field-Comet, après entente avec ses hommes, nomme les gradés, qu'il choisit généralement parmi les propriétaires jouissant d'une certaine considération.
A la guerre, les commandos sont suivis par un certain nombre de wagons ou chariots traînés par des bœufs, qui servent à la fois de convois de vivres ou de munitions et de campement. Ils paraissent avoir, en maintes occasions, alourdi des colonnes d'hommes montés qui, sans
CCS impedimenta, auraient dû se déplacer avec une extraordinaire rapidité. — Au cours des opérations que nous allons sui\Te, le Boer fera preuve d'une véritable mobilité tactique mais non stratégique ; il se déplacera rapidement sur le champ de bataille, non sur le théâtre de la guerre.
Quant aux qualités individuelles du soldat bocr, elles dépassent tout ce qu'on peut attendre des meilleurs professionnels européens. Exercés, dès l'âge de 9 ans, à monter et à tirer, vivant d'une vie rustique, endurcis à toutes les intempéries, aguerris à tous les dangers par la chasse des fauves et les luttes contre les noirs, puisant dans leurs sentiments religieux le mépris de la mort et l'esprit de sacrifice, les Boers sont d'incomparables combattants. Leur habileté de tireurs, sur un but mobile, est proverbiale et ne peut être comparée qu'à celle des Suisses contre un but fixe. Leur résistance à cheval leur permet, dit-on, de parcourir 3oo kilomètres en trois jours. Leurs montures même sont admirablement dressées pour leur tactique de combat. Quand le Boer met pied à terre pour tirailler avec l'ennemi, il n'a besoin de personne pour tenir son cheval. Celui-ci va tranquillement brouter l'herbe dans le voisinage, en attendant qu'il plaise à son maître de l'enfourcher, pour se porter, au galop, dans une autre direction. L'homme et sa bête présentent, dans leur ensemble, l'idéal de Tinfanterie montée.
Grâce aux prévoyants achats du président Krûger, le fusil du Boer est la meilleure arme portative de nos jours. C'est le Mauser gS-gf), au calibre 7™™, avec chargeur de 5 cartouches ; tirant, avec une poudre à faible fumée et à la vitesse initiale de 728 mètres une balle en plomb durci de 1 1 grammes, revêtue d'une che-
mise d'acier nickelé. La rasance de cette arme atteint 65o mètres contre Tinfanterie, 728 mètres contre la cavalerie, el sa portée 4.000 mètres. Outre ce fusil, dont tous les Boers sont pourvus et dont ils ont encore un stock de résene, avec d'abondantes munitions, le gouvernement dispose de fusils Henry-Martini, en nombre illimité.
Comme artillerie, les ressources des Boers sont moins connues. Au début de la guerre, les Allemands, qui paraissaient les mieux renseignés sur leur compte, évaluaient l'artillerie de campagne des Transvaaliens à 60 canons, celle des Orangistes à 26 pièces, au total 86 pièces de modèles divers. Dans cet ensemble figuraient des mitrailleuses Maxim, des canons Armstrong de 9 livres, trois batteries de canons français à tir ra;jide et au moins quatre batteries de canons Krupp de 76 millimètres, semblables aux derniers modèles de l'armée allemande.
Depuis lors, au cours des opérations, la situation de Tarlillerie fédérale s'est accusée bien supérieure à ces estimations. En maintes circonstances les Anglais signalent la supériorité de son tir comme portée^ rapidité et précision, et incriminent naïvement de traîtrise l'oncle Paul qui, dans ses champs de tir du Zoutpansberg, a formé et rassemblé, à leur insu, de nombreuses batteries, des meilleurs types français et allemands. D'après un rapport du War-Office, en date du 1 1 février, les achats du Transvaal auraient commencé dès 1896 et se seraient poursuivis, après l'affaire Jameson, avec une activité croissante, que facilitait le rendement des taxes minières ('). Les Boers disposeraient, par suite, d'environ
(i) Budgets en 1897 : Pour le Transvaal, 160 millions ; pour TOrang^, sC millions.
38 LA GUERRE SUD-AFRICiUNE.
23o gros canons et pièces de campagne, supérieurs à tous les éléments du matériel anglais. Parmi les batteries de campagne, au nombre de 3o environ, le rai)port mentionne : 5 batteries comptant chacune 8 mitrailleuses Maxim ; 4 batteries Vickers-Maxim, à tir rapide et d'une portée de 5.ooo mètres ; puis un certain nombre de batteries à tir accéléré (5 à 8 coups à la minute) achetées au Creusot et à Essen ; enfin et surtout, 8 batteries à tir rapide du système Schneider-Canet, tirant avec une poudre sans fumée, à raison de 20 coups par minute, un schrapnel qui contient 234 balles. Leur portée exacte dépasserait 7.000 mètres. C'est, à peu de chose près, la pièce de 75 millimètres en usage dans le nouveau matériel français, et les éloges qu'en font les Anglais ne sont pas pour nous déplaire.
En résumé, les Boers peuvent, en faisant appel seulement aux deux premiers bans, mettre, en trois jours, une trentaine de mille hommes sous les armes. Leur mobilisation complète donnerait, d'après les recensements les moins favorables, 44*ooo à 4!>.ooo hommes, et, au maximum, 70.000 hommes ou enfants de i4 à 60 ans. A ces chiffres doivent s'ajouter les corps auxiliaires étrangers, soit 2.000 Allemands, i.ooo Irlandais et Hollandais, 35o Français et Scandinaves, au total 3.5ooà 4«ooo hommes.
D'après ces calculs, le pied de guerre normal des forces confédérées serait de 5o.ooo hommes, avec 180 canons ou mitrailleuses de modèles divers. En comptant même l'appoint des Afrikanders insurgés, il n'est pas vraisemblable qu'il ail dépassé Co.ooo hommes, dans la période la plus favorable de la guerre.
Pour compléter cette analyse de l'état militaire des
deux républiques, il nous reste à mentionner que Pretoria est fortifiée suivant tous les principes de Tart. Cette petite ville de 8.000 habitants, dont le site se prête à merveille à la défense, est entourée de 7 forts, dont 3 construits par les Allemands et 4 par les Français. Ces forts, du dernier système Brialmont (massif de béton où sont noyées les coupoles), ont été armés et perfectionnés par les ingénieurs du Creusot. Le rapport du War-Office, déjà cité, signale dans leur armement 2 canons Krupp de 120 tonnes, et une trentaine de canons du Creusot de très fort calibre» Tout ce matériel, comme le matériel de campagne, est accompagné des munitions nécessaires pour un tir prolongé ; mais, non content de cette précaution, le gouvernement a fait installer, par les soins de nos ingénieurs, divers ateliers pour la fabrication des munitions et la réparation du matériel. On affirme que, malgré le blocus étroit de Delagoa et leur isolement du reste du monde, les Boers n'ont pas à craindre la disette de munitions ou de vivres, quelle que §oit la durée de la guerre.
Si le Boer est le type du soldat improvisé et son armée une véritable levée en masse, Tarmée anglaise, par contre, offre les caractères des armées de l'ancien régime. Ses institutions remontent au xvni* siècle et la différencient profondément des autres armées européennes, qui ont toutes adopté le service obligatoire. Ce n'est pas le service obligatoire, ce n'est pas même la conscription qui fournit le soldat anglais ; c'est l'enrôlement à prix d'argent, comme aux temps de Marlborough. Tommy Atkins n'est pas un citoyen qui paye sa dette au pays ; il a les qualités et les défauts du mercenaire.
4o LA GUERRE SUD-AFRICAINE,
Les cngagemcnls sont reçus de i8 à 25 ans et, généralement, pour une durée de douze ans. Mais le service long (Jong service), qui maintient les hommes douze ans sous les drapeaux, n'est appliqué que dans quelques corps d'élite et dans certaines spécialités de rartillerie et du génie. La loi la plus commune est le senice court {short service), comportant sept à huit ans d'activité cl cinq ou quatre ans dans la résene de première classe. Pour le train même, les douze années sont réparties en trois ans d'activité et neuf de réserve.
Le budget fixe, chaque année, l'effectif permanent de l'armée régulière. Pour Tannée financière 1899-1900, ce budgel, excédant 48o millions de francs, prévoyait l'entretien de 10.600 officiers et 245. 5oo soldats (non compris les troupes coloniales indigènes). Sur cet ensemble, 2.600 officiers et 70.500 hommes étaient affectés aux Indes; 8;000 officiers et 175.000 hommes à l'intérieur et aux autres colonies. L'ensemble de ces colonies réclamant 40.000 officiers et soldats, il en restait i43.ooo à l'intérieur.
Mais, dans la réalité, les déficits dans les engagements et les désertions réduisent sensiblement ces chiffres et l'on ne doit compter que sur 224.000 officiers et soldats au lieu de 256. 100. La réduction portant principalement sur les troupes de l'intérieur, leur pied réel ne dépassait point 122.000 officiers et soldats (').
Lors de la mobilisation, cet effectif de paix est renforcé par les réservistes, évalués sur le j)apier à 83. 000 hom-
(i) Voir Hevue militaire de l'élranffer de mars 1900. Notre étude étant tcnriincc avant la publication de ce numt'^ro, nous avons conservé noscliiffres, qui différent si peu de ceux de Torganc ministériel, que les uns et les autres se trouvent par là même confirmés.
lÈTAT MILITAIRE DES DEUX PARTIS. 4^
mes, comptant en réalité 78,000 hommes, et qui doivent rejoindre, dans les huit jours, le corps où ils ont servi. D'après l'expérience faite pour la présente guerre, 70.000 réser\'istes seulement ont répondu à rappel(') et, défalcation opérée de 8 p. 100 impropres au service, les compléments obtenus n'ont pas dépassé 65. 000 hommes.
A la date du i*' janvier 1899, '^^ troupes de l'armée active, sans parler du génie, des troupes de forteresse et des services divers, étaient normalement réparties de la façon suivante :
Infanterie {f), — i53 bataillons (plus 4 à créer); chacun à 8 compagnies :
7 j bataillons de rinlërieur, à l'effeclif de 24 officiers et 867 hommes; 52 bataillons en service dans l'Inde^ à reflcctif de 29 officiers et
i.oo3 hommes ; 27 bntaillons dans les colonies, à reffectif de 28 officiers et
984 hommes.
(1) Pour le premier appel, sur aS.ooo réservistes coavoqués, 31.000 seulement ont répondu à l'ordre de mobilisation et 19.320 ont été jugés propres au service.
(a) Le territoire de la Grande-Bretagne est partagé en 67 circonscriptions dites régimentaircs, dont chacun?, en principe, fournit le recrutement du rôgimenl actif, du régiment de milice et du dépôt d'infanterie.
Le régiment d'infanterie est généralement à a bataillons ; mais ces bataillons n'ont rien de commun que la région de recrutement. Ils sont absolument indépendants, au point de vue de l'administration et du commandement. Dans l'armée active, l'un d'eux tient garnison en Grande-Bretagne» l'autre à l'extérieur. Chaque bataillon a à sa tété un lieutenant-colonel ou colonel. A chacun des i4o bataillons de ligne correspond un dépôt de a compagnies comptant 5 officiers et Oa hommes.
L'n certain nombre de bataillons d'infanterie stationnés en Angleterre foumisseot des détachements qu'on exerce au ser^'ice de l'infanterie montée. Les corps d'infanterie montée se formeraient seulement h la mobilisation, par compagnies de 5 officiers et i23 hommes, groupées au besoin en bataillons de 4 compagnies.
En temps de guerre, chaque brigade de 4 bataillons est dotée d'une section de mitrailleuses Maxim, desservies par les fantassins.
Cavalerie. — 3i régiments; chacun à 3 escadrons et I escadron ou pelolon de réserve :
19 régiments de rinlërîeur, à Teffectif de 2^0 officiers et 672 hommes; 9 régiments en service dans l'Inde^ à reCfectif de 24 officiers et
601 hommes; 3 régiments dans les autres colonies.
Artillerie, — Un seul régiment, comptant 126 batteries à 6 pièces (plus 8 batteries à créer) et deux dépôts réunis à Woolwîch :
6o batteries â l'intérieur; Oi batteries en service dans l'Inde ; 5 batteries dans les autres colonies.
Outre l'armée active et sa résen^e, la Grande-Bretagne dispose encore d'un second ban des forces nationales, les milices, et d'une catégorie spéciale, les volontaires.
Le recrutement de la milice, réglé par une loi de 1882, s'opère encore par engagements volontaires. Ces engagements sont reçus de 17 à 35 ans révolus et pour une période de six années, avec faculté de rengager pour six années supplémentaires.
Les miliciens, après une première période d'instruction de 56 jours, rentrent dans leurs foyers et ne sont plus soumis qu'à des exercices annuels dont la durée varie de 21 à 28 jours. Ils sont habillés, équipés et armés par l'État; toutefois, dans la Yeoinanry (de Yeomen, petits |)ropriétaires), sorte de milice à cheval distincte des miliciens proprement dits, les hommes doivent se pounoir de leur monture, de l'habillement et du harnachement.
L'elFectif de la milice et celui de la Yeomanrj' sont déterminés, chaque aimée, par le budget, comme reffectif de l'armée permanente. En 1899, les fixations budgétaires étaient de 130.687 miliciens et 11.000 cavaliers de la
Yeomanry; mais, au i**" janvier 1899, '^^ chiffres réels ne dépassaient pas 10. 433 Yeomen et ii3.435 miliciens. Dans ce dernier chiffre entre, pour 3o.ooo hommes, la réserve de la milice, qui, en cas de mobilisation, vient compléter Tarmée régulière.
Les troupes de la milice peuvent former :
126 bataillons d'infanterie ; 35 corps d'artillerie â pied ; 2 corps du génie de forteresse et 10 divisions de mineurs sousmarins ; I corps de santé.
Jusqu'en 1898, les miliciens ne devaient pas servir en dehors du territoire des Iles-Britanniques ; pour les envover à Tcxtérieur, il fallait le consentement des intéressés. En 1898, une loi spéciale a créé, dans la milice, une catégorie comprenant des hommes d'infanterie et d'artillerie à pied qui, moyennant certains avantages pécuniaires, contractent l'engagement, soit de servir isolément à l'extérieur avec les troupes actives, soit de marcher, à l'extérieur, avec leur unité, lorsque 76 p. 100 de l'effectif de cette unité consentent à quitter la métropole. Cette catégorie de miliciens (^Spécial service section) compte dans les 3o.ooo mentionnés plus haut. C'est en vertu de la loi de 1898, et par une extension naturelle, qu'une trentaine de bataillons d'infanterie ('), quelques corps d'artillerie et de santé, appartenant à la milice, et 19 bataillons d'infanterie montée de la Yeomanry, soit 20.000 miliciens et 8.000 Yeomen (*), ont été appelés à servir dans l'Afrique du Sud.
(i) Les bataillons de miliciens expédiés eo Afrique sont à efTcclif variable, mais qui ne semble pas dépasser 600 hommes en moyenne.
(3) Sur ces 8.oo3 hommes, 2.5oo seulement proviennent de la Yeomanry ; le reste a été fourni par des engagements récents.
44 LA GUERRE SUU-AFRICAIXE.
Nous ne ferons que mentionner, pour mémoire, les 280.678 volontaires, dont 198.376 efficients, c'est-à-dire qui se sont présentés aux appels annuels. Sorte de garde nationale dont les membres s'habillent, s'équipent et s'arment à leurs frais, ils forment des corps de composition et de dénominations très diverses, s'exercent très irrégulièrement et ne doivent le service qu'à l'intérieur. Il est juste, cependant, de dire que 10.000 d'entre eux, appartenant aux corps des grandes villes, ont demandé et obtenu de renforcer le corps expéditionnaire.
Qu'il s'agisse de l'armée régulière, de la milice ou des volontaires, il n'existe pas, en Angleterre, de grandes unités constituées dès le temps de paix: les bataillons d'infanterie, les régiments de cavalerie, les batteries d'artillerie ne sont réunis entre eux par aucun lien réel, c'est-àdire qu'ils ne sont ni embrigadés, ni endivisionnés, ni groupés en corps d'armée. Le commandement, les divers services, tous les éléments des corps de bataille sont à improviser, ne se connaissent pas et ne peuvent, de prime abord, fonctionner sans frottements.
Un plan de mobilisation, datant de 1892, avait préparé, sur le papier, en cas de guerre extérieure, la mobilisation de 3 corps d'armée, de composition identique, et de 4 brigades de cavalerie indépendante.
Chaque corps d'armée comptait 3 divisions, la division 2 brigades et la brigade 4 bataillons d'infanterie, avec I section de mitrailleuses. Avec la division marchaient, comme troupes spéciales, 3 batteries montées, i compagnie du génie et i escadron de cavalerie. Avec le corps d'armée, i bataillon d'infanterie, i escadron, i section de mitrailleuses, 8 batteries dont 2 achevai, i compagnie du génie, i compagnie de pontonniers.
Les éléments combattants du corps d'armée se composaient, par suite, de : 25 bataillons d'infanterie, 7 sections de mitrailleuses, 17 batteries dont 2 à cheval, 4 escadrons de cavalerie. Les services divers: télégraphistes, aérostiers, signaleurs, convois administratifs et de munitions, hôpitaux de campagne, étaient, d'autre part, largement dotés. L'ensemble atteignait un effectif de 35. 000 rationnaires.
La brigade de cavalerie indépendante comptait 3 régiments à 4 escadrons, 2 compagnies d'infanterie montée, 2 sections de mitrailleuses et i batterie à cheval, avec un train assez considérable (munitions et service de santé).
Des trois corps d'armée mobiles, les deux premiers étaient fournis, exclusivement, en éléments de l'armée active ; le troisième n'empruntait qu'une brigade à l'armée active et les autres à la milice. Après le départ de toutes ces troupes de campagne, l'armée active ne disposait plus, pour la défense de la métropole, que de 20 bataillons actifs, 7 régiments de cavalerie, 12 batteries montées et 22 compagnies d'artillerie de garnison. On considérait la sécurité du sol national comme suffisamment garantie par les ressources de la miUce, des volontaires, et surtout par le silver-street.
Ce plan, en résumé, affectait à la guerre extérieure 1 1 5.000 hommes environ, dont 96.000 de l'armée active, et réservait, pour la défense du Royaume-Uni, près de 45o.ooo hommes, dont la majeure partie miliciens et volontaires. Il a été sensiblement modifié, dans ses détails, et largement dépassé, dans l'ensemble, au cours de la guerre sud-africaine. Nous verrons plus loin que, dans cette guerre, l'Angleterre opposa successivement : 1** en octobre, à 3o.ooo lioers, 10.000 hommes de milices lo-
cales et 26.000 hommes de troupes actives; 2®vers la fin de novembre, 90.000 hommes de troupes actives et de milices à un maximum de 60.000 confédérés, et 3® qu'enfin, ce maximum décroissant jusqu'au chiffre moyen de 4o.ooo hommes, les effectifs anglais n'ont pas cessé de croître pour atteindre, à la fin de mars, le total actuel de 204.000 hommes, dont 1 36. 000 de l'armée active.
Trois hommes en moyenne, près de cinq hommes contre un à l'heure actuelle, la disproportion est énorme et cependant la prolongation des hostilités ne doit pas faire conclure à la mauvaise qualité des troupes anglaises.
Le soldat anglais, avons-nous dit, est un mercenaire; mais un mercenaire national. Il a toutes les qualités de la race, le sang-froid, la force physique, la bravoure froide et obstinée. C'est, après le Suisse, celui des soldats européens qui s'exerce le plus au tir, et il y obtient d'excellents résultats. II offre une grande résistance à la fatigue, mais à condition d'être bien nourri et bien couvert, et, en campagne, il manque d'ingéniosité pour suppléer à ce que l'administration ne lui donne pas. Il est discipliné, mais enclin à la boisson et cruel dans la victoire, déchaîné et sauvage dans le pillage. Tel, en somme, on l'a \'u sous Wellington, tel il se présentera encore à présent, et on peut en dire autant de l'ensemble de l'armée, qui vit sur les traditions des Arapiles et de Waterloo, cultivant les lignes de bataille et les feux de salve, peu soucieuse des modifications de la tactique.
Ses règlements sont bien analogues à ceux des autres pays; mais il ressort des critiques mêmes de sir R. Buller, aux manœuvres d'Aldcrshot en 1899 ('), qu'on en ap-
(1) Voir Revue du Cercle militaire y n° 4a de 1899 : Compte rendu de la
plique la lettre sans en comprendre Tesprit. On sait le comment, sans s'inquiéter du pourquoi. On procède à des déploiements réguliers sans assez tenir compte du terrain et des circonstances. On ne s'éclaire pas avec assez de soin. La préparation par l'artillerie est insuffisante. On ne sait pas se défiler et on attaque prématurément. Tous défauts plus imputables encore au corps d'officiers qu'à la troupe. Les officiers, en effet, recrutés dans l'élite sociale, se reposent trop exclusivement sur leur vaillance indéniable et ne travaillent pas assez. Ils ne s'occupent pas du soldat, dont l'instruction est laissée au sous-officier, véritable pierre angulaire de l'armée. Exception doit être faite pour le corps des ingénieurs, qui se piquent sans doute d'émulation au contact de leurs collègues civils et sont au niveau des meilleurs en Europe.
Toute la partie matérielle de cette armée est, d'ailleurs, très soignée. Tout ce qui relève de l'industrie et de la mécanique, tous les engins, attirails d'équipages, etc., procèdent des modèles les plus perfectionnés. Les Anglais ont prouvé, dans les expéditions précédentes, qu'ils sont passés maîtres pour tout ce qui concerne le confort et la subsistance de leurs hommes. Ni l'argent, ni les provisions ne font défaut.
Pour l'armement, cependant, ce pays, si fier de ses constructeurs, des Armstrong, des Maxim, etc., va se trouver en infériorité à côté du petit peuple qui aura eu le bon esprit de s'adresser à Krupp et au Creusot.
Le fusil à répétition Lec-Enfield, adopté en iSgS par Tarmée anglaise, ne vaut pas, à beaucoup près, le Mau-
revue d'Aldershot, — Toutes les critiques reproduites ici font honneur au tact militaire du général qui devait, un an après, en vérifier à son détriment le bien-fondé.
ser. Son magasin pour lo cartouches, placé dans la boite de culasse, ne se prête pas au rechargement rapide cl aux intermittences de tir déchaîné comme le chargeur du Mauser. La poudre cordiie ne donne, il est vrai, aucune fumée, mais la vitesse initiale qu'elle imprime à une balle de 12 grammes, n'est que de 610 mètres contre 728 du Mauser; les portées sont moindres, et surtout, la trajectoire moins tendue. Enfin, défaut grave, la justesse de l'arme laisse à désirer et on s'aperçut, après les débuis de la campagne, que la graduation de la hausse était défectueuse. On sait, d'ailleurs, quelles contestations se sont élevées au sujet du projectile en plomb durci, avec enveloppe de maillechort, qu'une dénudation de la partie antérieure transforme en balle dum-dum.
Les canons de campagne, adoptés en 1887, ^^^^ des pièces en acier, se chargeant par la culasse, au calibre de 76"", tirant des shrapnels et des obus de 6 kilogr. environ, avec la poudre cordite sans fumée. Comparables à notre ancien matériel de 90, ils pouvaient faire bonne figure, il y a quelques années, surtout par leur mobilité, mais ils appartiennent déjà à un autre âge, à l'époque du tir lent (3 coups au maximum en 2 minutes) et ne sauraient tenir tête aux canons français, à tir dix fois plus rapide, dont les Boers sont pourvus. Inférieurs de ce chef, ils le sont encore comme justesse et comme portée (5.600 mètres contre 7.000).
Trois batteries, il est vrai, par corps d'armée, ont été armées, en 1899, avec une pièce nouvelle, Tobusier de 5Po (127"™). Cette pièce qui, réunie à son affût, pèse fiog kilogr. et offre, par suite, des qualités évolulionnaires suffisantes, tire, à la vitesse initiale de 2^0 mètres, un projectile de 22^*^,700, en acier mince, et chargé de
lyddile. C'est un modèle analogue à Tobusier récemment mis en service en Allemagne et qui doit répondre au même objet, auquel nos canons de petit calibre, à grande vitesse initiale, en raison même de la tension de leur trajectoire et de la constitution de leur projectile, ne sauraient satisfaire désormais : envoyer, sous de très grands angles, des obus susceptibles de détruire les blindages et autres obstacles matériels, pouvant aussi frapper des troupes défilées, soit par un pli de terrain, soit dans des tranchées. L'efficacité de ce nouvel engin ne sera pas un des moindres sujets d'étude et d'expérience de la campagne.
Quel que soit, au demeurant, le désavantage du canon anglais, il est largement compensé par le nombre, et c'est une considération qui s'applique aussi bien au fusil. De légers défauts balistiques ne sauraient prévaloir contre la brutalité de ces chiffres : d'une part, 200.000 Anglais et 45o pièces; de l'autre, 5o.ooo Boers et 180 pièces.
OUERm SUD-AFRICAUfC.