ET PLAN DE CAMPAGNE DES FÉDÉRAUX
Cet effort, dont nous n'avons apprécié jusqu'ici que l'intensité progressive, quel devait être son point d'application ?
Ces opérations de mobilisation et de rassemblement, dont nous avons évalué le rendement numérique, quel était leur objectif?
Sous leur apparente multiplicité, il a été facile de distinguer trois grands actes :
I® Au début d'octobre, la constitution d'une couverture;
2° En novembre, la formation de l'armée de sir Redwers Buller ;
3® En janvier, celle de l'armée du maréchal Roberts, reliée à la précédente par l'entrée en ligne de la 5* division, comme elle le sera par la 8* division avec les faits postérieurs à mars.
Voyons quelle idée présidait à la création de ces trois échelons de forces ; nous reconnaîtrons ainsi qu'un plan de campagne unique, proposé d'abord à sir R. Buller, abandonné par suite de l'initiative stratégique des Boers, puis repris par le maréchal avec les modifications qu'imposaient les faits antérieurs, a présidé à toute cette pé-
FORCES DE COUVERTURE DES ANGLAIS. 8l
riode de la guerre (d'octobre à mars) et contribué à lui imprimer un certain caractère d'unité. C'est une phase bien déterminée de la guerre sud-africaine, comme les opérations de Wœrth à Sedan forment une phase de la guerre de 1870.
Et, tout d'abord, revenons à la couverture : La garnison permanente du Sud-Afrique (9.100 officiers et soldats et 1.773 chevaux), grossie des renforts expédiés par ordre du 8 septembre (16.743 officiers et soldats et 2.804 chevaux), donnait, dès les premiers jours d'octobre 1899 un ensemble de 25.843 hommes et 4*577 chevaux, répartis entre 16 bataillons d'infanterie, 5 régiments de cavalerie, 10 batteries de campagne, i batterie de montagne et 2 compagnies du génie.
A ces 26.000 soldats de l'armée active s'ajoutaient, pour la défense de la colonie, les 10.000 hommes de milices locales et, avec cet effectif total de 36. 000 hommes, les Anglais s'estimaient largement en état de résister au premier effort desBoers, qu'ils évaluaient à 25. 000 hommes environ. On lit, en effet, dans le Broad Arrow du 10 octobre (date d'expiration de l'ultimatum) :
Nous pensons que le chifire des principales forces du Transvaal, aux ordres directs du général Joubert^ s'élève à environ iS.ooo coinbaUantS; concentrés dans le district de Wackerstroom et que TKtat libre d'Orange n'a pas plus de 2.000 hommes au défilé de Van Reenen. Les difTércnts groupes dispersés sur les frontières de l'ouest et du sud de l'Ltat libre d'Orange ne doivent pos s'élever, non plus, au delà de a.oou hommes ; sur les frontières du nord et de l'ouest du Transvaal, il doit y avoir tout au plus 8.000 hommes répartis en dîferents groupes. Parmi les plus importants de ces derniers, l'un, de 3.000 hommes, menace Mafcking et un autre, de 3.5oo hommes, menace Kimberley. Toutefois, ces deux places ont été fortifiées et sont occupées par de fortes garnisons.
GUBARC SUO-AFRICAIIfE. 6
Le War-OfBce était donc exactement renseigné, sinon sur les effectifs de Tadversaire, du moins sur la proportion relative et les emplacements de ses rassemblements. Il savait que, dès la fin de septembre, une concentration importante avait commencé en face de Laings-Neck et qu'un oragç menaçait le Natal.
Il est plus que probable^ dit le Broad Arrow du 3o septembre, que les hostilités commenceront par une rencontre dans le Natal et il importe, au plus haut point, que les Boers n'aient pas l'avantage dans ce premier choc, car un pareil succès augmenterait l'inquiétude des indigènes et les défections déjà signalées chez les Afrikanders. Mais nous sommes, d'ores et déjà, en situation de tenir en échec les Boers réunis près de Laings-Neck, jusqu'à l'arrivée prochaine des renforts des Indes.
Et la feuille semi-officielle énumère, à la date du 3o septembre, les troupes régulières déjà portées entre Glencoê et Dundee (2 bataillons, 3 batteries, i régiment de cavalerie), puis à Ladysmith (i bataillon et i régiment de cavalerie), puis celles en marche pour rejoindre.
Enfin elle conclut, et nous insistons sur ce dernier passage qui contient, en substance, tout le plan initial du War-Office, formé avant même la mobilisation du I*' corps :
Bref, nous dressons une barrière complète, face à la frontière du Natal. C'est là une mesure défensive prudente, mais il n'est nuUement certain que le coup principal soit frappé par les troupes de sir Georges White. Il est probable que le i^ corps d'armée, aussitôt arrivé, manœuvrera par l'ouest, c'est-à-dire par le pays des Betchouanas, et avec raison. Il n'existe pas, de ce côté, de bonnes positions défensives et les lignes ferrées existant, d'une part, entre Kimberley et Vrybourg et, d'autre part, entre Bloemfontein et Pretoria, permettraient d'avancer facilement.
En attendant, nous faisons de grands préparatifs pour une campagne sérieuse, d'importants achats de mulets et de chevaux, et tout l'Army Service Corps se prépare à prendre immédiatement la mer avec de grandes quantités d'approvisionnements.