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LA COLONNE FRENCH. 87 I

Il avait en tôte, à Colesberg, un adversaire digne de lui, le général de Wet, qui comprenait l'importance du moment présent et multipliait les tentatives contre la transversale De Aar-Naauwport-Steynsbourg-Molteno. French, établi à Naauwport, voulait tout à la fois protéger cette transversale et déposter de Wet de Colesberg.

Durant tout le mois de janvier, les deux champions essaient de se déborder, réciproquement, sur les deux flancs; mais leurs succès se balancent, ils n'emportent, ni l'un ni l'autre, de résultats décisifs, et maintiennent leurs centres d'action respectifs de Naauw^port et Colesberg.

Le 3o décembre, le général French, partant d'Arundel(') au nord de Naauw^port, transfère son quartier ((énéral à Rendsbourg, à deux lieues et demie au sud de Colesberg et, de ce point, dirige contre Colesberg une série d'opérations, qui se terminent, le 6 janvier, à Grassey-Hill, par un échec pour les armes anglaises.

Grassey-Hill est une hauteur voisine et à l'ouest de Colesberg. French, estimant que l'occupation de ce point ferait tomber les positions boers, avait donné l'ordre au colonel Watson de s'y rendre, dans la nuit du 5 au 6, avec quatre compagnies du Suflblk Régiment.

Comme les rapports de la cavalerie ne signalaient aucun boer à Grassey-Hill, le colonel Watson, partant vers minuit du Coles-Kop, également à l'ouest de Colesberg, conduisait sa colonne sans prendre aucune des précausions du service de sécurité. Arrivé au pied de Grassey- Hill, il faisait former les faisceaux et, plaçant seulement

(i) Anindel est à 22 kilomètres au nord de Naauwport siu* la ligne de Colesberg ; Rendsbour.j à 9 kilomëlres au nord d'Arundel ; Colesberg-Station à 9 kilomètres au nord de Rendsbourg.

Z'j2 LA GUERRE SUD-AFRICAIXE.

quelques sentinelles deTant les armes, réunissait le groupe des ofGciers à quelque distance en avant de la troupe pour leur dicter ses instructions.

Cette conférence commençait à peine, quand une décharge meurtrière, exécutée à 4o mètres de distance, coucha sur le sol bon nombre d'ofliciers et fut suivie d*un feu rapide et bien ajusté, dirigé contre les soldats.

C'était un commando boer, qui avait éventé Tapproche de W'atson et s'était glissé, en rampant, à travers d*épaisses broussailles jusqu'à petite portée des Anglais. Ceux-ci, pris de panique et privés de la plupart de leurs chefs, s'enfuirent dans toutes les directions. Us laissaient 5o des leurs, dont 5 ofGciers, sur le carreau et 1 13 prisonniers, dont 6 officiers, aux mains des vainqueurs.

La surprise de Grassey-Hill mettait fin à l'expédition de French contre Colesberg(') elle ramenait, en posture défensive, aux environs d'Arundel.

Enhardis par leur succès, les Boers devinrent agressifs à leur tour. Le 1 5 janvier, un commando de 3oo hommes attaque deux compagnies du Yorkshire Régiment, établies sur un kopje à un kilomètre au nord-ouest de Slinger's-Fontein-Farm, et constituant poste avancé de l'exlréme droite anglaise. A la faveur de l'obscurité, les Boers avaient pu s'approcher, encore une fois, à très petite dislance et débuter, inopinément, par un feu violent et meurtrier. Mais l'énergie du capitaine Maddocks conjure les premiers effets de cette surprise ; ralliant ses hommes à propos, il les lance à la baïonnette sur l'ennemi, qui perd pied et fait retraite, après avoir inutilement sacrifié 70 soldats.

(i) Dans les six jours d'opérations, French avait perdu a3o officiers et soldats.

KIMBERLEY. MAFEKING. 3'j3

Le lendemain, i6 janvier, les Boers prennent leur revanche. Une patrouille de 25 cavaliers anglais, envoyée en reconnaissance vers le nord-ouest, dans la direction de NorvaFs-Pont, est cernée, au retour, par une centaine de fédérés. Pas un cavalier n'en réchappe.

Deux jours après, le 1 8 janvier, French recevait le renfort de deux bataillons de la 12* brigade (6* division Kelly-Kenny), commandés par le général Cléments. Cette force d'infanterie, la première qu'il eût à sa disposition, venait à propos donner quelque solidité au front commis à sa garde, qui avait plus de 60 kilomètres de développement. Réparties sur tout ce front en petits détachements, que reliaient le télégraphe et le téléphone, les troupes de French se tenaient, désormais, sur une stricte défensive, et n'avaient plus d'autre objet que d'assurer la sécurité des voies ferrées.

Sur sa droite, d'ailleurs, et dès le 6 janvier, le gros de la 6* division avait occupé Thebus, localité située sur la transversale, Naauwport-Stormberg, entre Naauwport et Steynsbourg. Cette division bouchait le vide entre French et Gatacre.

Telle était la situation, lorsque, dans les premiers jours de février, French, laissant au général Cléments le commandement des troupes anglaises au sud de Colesberg, reçut l'ordre de se rendre à Graspan, au sud de Modder- River, avec sa cavalerie.

Préparatifs de lord Roberts {i o janvier-g février iffooi) ('). — Nous venons de voir les premiers renforts

(i) Nous avons emprunté l'analyse et les détails statistiques de ces préparatifs à l'excellent livre de MM. le lieutenant Frocard et le capitaine Paiavin : La Guerre au Transuaal (Paris, Cerf).

(l'Angleterre portés sur la ligne de couverture el maintenus en attitude défensive, malgré la supériorité numérique qu'ils possédaient sur l'adversaire.

Cette inaction voulue masquait une réelle et féconde activité. Elle rentrait dans le plan général de lord Roberts : faire diversion offensive dans le Natal et se tenir coi sur tous les autres points jusqu'au moment où, toutes forces réunies dans la colonie du Cap, on pourrait brusquement déclancher l'attaque décisive, d'Orange-River sur Kimberley. Pendant que tous les yeux étaient fixés sur la Tugela, les arrivages de la métropole se succédaient au Cap ; les renforts énumérés au Parlement par M. Wyndham prenaient, tous, cette direction, et les préparatifs s'effectuaient dans la coulisse, en attendant qu'on levât le rideau sur ce nouveau théâtre de guerre.

Débarqué de sa personne, le lo janvier, à Cape-Town, et secondé par lord Kitchener, son chef d'état-raajor, le feld-marshall se mit immédiatement à l'œuvre.

Il se préoccupa, d'abord, de former les convois et d'assurer les ravitaillements, problème de la plus haute importance et difficile à résoudre, pour une armée qui allait avoir à parcourir cinquante lieues en dehors des voies ferrées.

Des stations-magasins furent établies à Naauwport, De Aar et Orange-River. En sus des voitures déjà rassemblées à De Aar et Queenstown par les généraux Methuen et Gatacre, lord Kitchener obtint par réquisition dans la colonie et réunit à Cradock 4oo voitures et 7.000 animaux de trait ou de charge. 11 put ainsi disposer, pour la marche sur Blœmfonlein, d'un convoi comptant 700 voilures et 9.000 animaux. Ce convoi fut divisé en deux échelons ; le premier, comprenant les voitures régimen-

taires et le train de combat, était attelé avec des chevaux et des mulets ; le second, avec des bœufs.

Toutes ces questions de matériel relevaient particulièment de lord Kitchener, dont les qualités d'organisateur s'étaient déjà affirmées en Egypte ; lord Roberts se réservait les formations de troupes. Il poussait activement celles des corps à cheval qu'il considérait, avec raison, comme le meilleur élément à opposer aux Boers. Dans la colonie du Cap, il levait une division de cavalerie de 1.800 volontaires (') ; en même temps, avec des compa* gnies montées, empruntées aux diiTéren'.s bataillons de l'armée régulière, il mettait sur pied une division d'infanterie montée, de près de 3. 000 chevaux. Un arrivage de 20.000 chevaux et mulets, achetés en Angleterre et en Amérique, fournissait, en sus des ressources locales, toutes les montures nécessaires à cette cavalerie, et les attelages des convois.

Cependant, les troupes expédiées par la métropole arrivaient, successivement, à Cape-Town. La 6* division (Kelly-Kenny) y débarquait du 6 au 2 1 janvier ; elle détachait, comme nous l'avons dit, deux bataillons de la 12* brigade, avec le général Cléments à Arundel, sous les ordres du général French, et établissait son gros à Thebus. La 7* division (Tucker) atterrissait à son tour, entre le 23 janvier et le 10 février. Enfin, du 29 janvier au 10 février, sept bataillons de milice et les i.45i hommes du régiment de Londres abordaient à Cape-Town. Si l'on ajoute à ces différents corps les envois partiels destinés à

(1) Cette division comprenait, entre autres troupes, a régiments du Hrabant's Horse, chacun de Ooo chevaux ; les Cape Mounted Hiflcs ; les Frontier Mounted Rifles ; et les Kafrarian Rifles ; ces 3 dernières unités comptant ensemble 600 chevaux.

combler les vides des unités déjà sur le front, les contingents fournis par le Canada et l'Australie et les batteries venant soit d'Angleterre, soit des Indes, on peut évaluer à 35.000 hommes, reffectif des troupes débarquées à Cape-Town, du commencement de janvier à la mi-février.

Les transports de concentration, vivres, matériel et hommes, des ports à la zone de rassemblement entre Orange-River et Modder-River étaient assurés par trois lignes ferrées aboutissant à un goulot unique : celle de Cape-Town-De Aar-Orange-Rivcr ; celle de Port-Elisabeth-Cradock, et celle d'East-London-Stormberg. Jusqu'au commencement de février, la ligne de l'ouest (Gape- Town-De Aar) eut à fournir le plus grand effort ; mais, par la suite, elle ne fut plus employée que pour le transport des troupes, tandis que la ligne Port-Elisabeth-Cradock-Naauwport était réservée au matériel. Un régiment de chemins de fer, recruté dans les mines de Johannesbourg et encadré par des ingénieurs de ces mines et des officiers du génie, desservait ce réseau de concentration et allait procéder, le cas échéant, aux travaux de réparation. II comptait i.ooo hommes à l'effectif.

Tous les éléments destinés à prendre part à la marche sur Blœmfonlein se concentrèrent ainsi, par voie ferrée, entre Orange-River et Modder-River, dans les premiers jours de février. Leur mouvement s'effectua dans le plus grand secret ; chaque unité dirigée sur De Aar n'apprenait sa destination définitive qu'en arrivant à cette station. Jusqu'au dernier moment, les Boers crurent n'avoir devant eux que les troupes de Mcthuen et ignorèrent le débarquement, au sud de Modder-River, des troupes affectées à l'expédition, savoir : la 6* division (Kelly- Kenny) moins la 12* brigade (Cléments), la 7* division

(Tucker) et cnOn la division de cavalerie French, venant de Rendsbourg (*).

Le 6 février, lord Roberts et son chef d'état-major partirent de Cape-Town, pour se rendre à Modder-River, où ils arrivèrent le 9, après avoir constaté que chacun était à son poste.

Amalgamant les trois fortes brigades et la cavalerie de Methuen avec les brigades de renforts, ils établirent immédiatement un nouvel ordre de bataille, de manière à constituer 4 divisions d'infanterie, une division d'infanterie montée et une forte division de cavalerie aux ordres <le French.

Voici quelle était cette répartition :

,« division (lord Methuen). | ««brigade Garde (Pôle Carew);

' ( 9* bngade (Douglas).

€« divUion (KeUy-Kenny) . 'f l"^^^ ^Ç""?' , ^ ^ I i8« brigade (Slephenson).

-;. division fTucker^ } i4« brigade (Thermside);

j division (.lucKer;. . . . | ,5. brigade (Waveli).

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