RETRAITE SUR LA RIVE SUD DE LA TUGELA
méthodiquemeot organisée^ si des retranchemeots avaient été construits, des emplacements de canons préparés, les morts enlevés, les blessés relevés; si^ enfm, la défense de toute la position avait été confiée régulièrement à un officier^ si on avait pris des dispositions judicieuses pour assurer le ravitaillement en eau et en vivres^ les hauteurs auraient été conservées, j'en suis persuadé. Mais rien de tout cela n'eut lieu. Le général Coke semble avoir reçu l'ordre de partir, juste au moment où sa présence sur le plateau eût été utile, et personne ne le remplaça. Ceux qui étaient sur le Spion-Kop ignoraient que des canons allaient être montés et, d'une façon générale, il y eut un manque d'organisation et de méthode dont l'influence sur la défense fut des plus défavorables.
Tout le monde reconnaît que le colonel Thorneycroft s'est conduit très bravement pendant toute la journée et a réellement sauvé la situation. On aurait dû, pendant la journée du 24» prendre des mesures pour pouvoir se maintenir sur le plateau le lendemain, et commencer à les mettre â exécution à la tombée de la nuit. Comme il n'en a pas été ainsi, le colonel Thorneycroft a fait preuve, à mon avis, de sagesse, en évacuant Spion-Kop.
Nos pertes, j'ai le regret de le constater, ont été très lourdes.
Ces pertes s'élevaient, en effet, pour la seule journée du 24» à i.i5o officiers et soldats hors de combat ou prisonniers, soit 20 p. 100 de l'effectif engagé sur le plateau. Si l'on y ajoute celles des journées antérieures, on constate que, du 17 au 24 inclus, 1.800 hommes environ furent inutilement sacrifiés.
En regard, les pertes des Boers étaient insignifiantes : 200 hommes à peine pour la dernière journée.
Retraite des Anglais sur la rive sud de la Tugela {25^2 y janvier). — Spion-Kop abandonné, le plan de sir G.Warren, consistant à forcer le chemin duTabamyama, n'était plus exécutable. Il n'y avait plus rien à faire au nord de Tritchardt's-Drift.
Sir R. Buller, reprenant personnellement la direction des troupes, décida, dès le 26 au matin, que celles du
général Warren repasseraient sur la rive sud et iraient goûter, au camp de Spearman's-Farm et à SpringGeld, un repos bien nécessaire après sept jours de lutte.
La traversée de la rivière, en utilisant le gué et le pont de bateaux, exigea deux grands jours. Il fallait faire écouler, non seulement les cinq brigades d'infanterie, mais encore un matériel d'artillerie considérable, 6 batteries montées, 4 obusiers, les canons automatiques, puis tout un convoi de vivres et de bagages, insensiblement ramené au camp de la ferme de Wright. Enfin, les ambulances allaient et venaient, évacuant les malades et les blessés. On affecta le gué aux voitures à bœufs, en doublant leurs attelages et en les faisant passer à raison de 8 par heure, le pont de bateaux aux voitures à mulets, traînées à bras d'hommes, tandis que les attelages suivaient. Le mouvement durait nuit et jour sur le pont ; mais, au gué, force était de l'interrompre pendant sept heures de la nuit.
Le a6 janvier, dans l'après-dlnée , tout était terminé pour les 489 (*) voitures du convoi, qui laissaient le gué disponible dès 2 heures et le pont à 1 1 heures du soir. L'artillerie vint ensuite, par le gué, et mit immédiatement en batterie sur les hauteurs de la rive sud pour couvrir la retraite de l'infanterie. Celle-ci, qui était restée en position dans la plaine, sur la rive nord, passa la dernière au pont. Elle était de l'autre côté le 27 à 4 heures du matin, et, à 8 heures, on ramenait les pontons. Le même jour (27), de bonne heure, les troupes se trouvaient installées au camp de Spearman.
Ce passage en retraite, effectué militairement et sous
(i) 23a voitures à boeufs; 98 avec attelages de 10 paires de mulets; 107 avec attelages de 6 paires de mulets ; 5a avec attelages de 4 paires de mulets.
REPOS A spearman's^farm. 347
la protection des armes combattantes, s'opéra sans incidents. Étant donnée la masse des impedimenta qui embarrassaient les Anglais, quelques critiques militaires ont reproché aux Boers de n'avoir rien tenté durant ces deux longues journées. Il semble effectivement, à première vue, qu'une vigoureuse offensive contre Tritchardt's-Drift était tout indiquée ; elle eût mis à profit la démoralisation et l'encombrement de l'adversaire. Mais il faut observer que les Boers ne disposaient guère que de 5.ooo hommes et que les troupes de Warren comptaient encore 20.000 combattants. Cette inégalité numérique explique et légitime l'inaction des vainqueurs, sans qu'il soit nécessaire de rappeler leur naturelle aversion pour le corps-à-corps. Nous estimons cependant qu'ils auraient dû, tout au moins, jouer de leur artillerie, la concentrer aux pointes méridionales de Tabamyama et de Spion-Kop, à 3. 600 mètres ou 4 kilomètres du gué et du pont, et canonner les longues files des voitures ; le 26 même, dans l'après-dînée, dès que l'artillerie anglaise commença à se replier, les Boers pouvaient avancer leurs pièces légères jusqu'à Three-Tree-Hill et, de là, mitrailler les troupes dans leur déGlé. Ils se bornèrent à amener une pièce de i5 livres, que les grosses pièces anglaises réduisirent bientôt au silence.
Repos au camp de Spearman^s-Farm et nouveau projet d'attaque de sir R. Buller {27 janvier^/i février). — Tout en ramenant les troupes de Warren à Spearman's- Farm et à Springfield, le général BuUer avait maintenu la brigade Lyttelton en position sur la ligne de trois kopjes, dénommée Krantz-Kloof ou One-Tree-Hill, qui barre, à 2.5oo mètres de la rivière, la courbe concave de
Polgieter-Drift. C'était une précieuse tête de pont qu'il conservait sur la rive nord et l'indice qu'il n'avait pas renoncé à Toflensive.
Il méditait, en effet, de revenir à la charge. Qu'il obéit en ceci à sa seule inspiration ou à des ordres supérieurs, il se conformait aux nécessités de la situation générale et concourait, fort à propos, au plan d'ensemble de lord Roberts. Ce dernier n'était plus qu'à quinze jours de son entrée en campagne ; tous les éléments destinés à frapper un coup brusque et décisif sur la Modder s'acheminaient secrètement vers Orange-River. Le moment eût été mal choisi pour desserrer l'étreinte dans le Natal et permettre aux Boers de reporter vers l'ouest leur attention, puis quelques commandos victorieux à Spion-Kop. Plus que jamais, une diversion sur la Tugela apparaisait urgente.
Proclamons donc l'opportunité de cette nouvelle attaque, tout en faisant nos réserves sur le point et le mode d'attaque adoptés.
Sir R. Buller avait échoué précédemment en amont de Potgieter dans un mouvement à vaste envergure, destiné à tourner la droite des Boers ; il va se proposer, cette fois, d'opérer en aval sur un front restreint, en longeant au plus près leur extrême gauche et même en pesant directement sur elle.
Cette gauche, il est vrai, il la place à Vaal-Krantz, considérant à tort comme en dehors des positions boers le massif de Doorn-Kloof, qui semblait très faiblement occupé.
Nous avons déjà décrit cette région — et la boucle que la Tugela projette à deux lieues vers le nord, dans l'angle formé par la courtine Brakfonlein avec le bastion Vaal-Krantz — et la vallée rocailleuse coupée de don-
35o LA GUERRE SUD-AFRICAINE.
gas, resserrée entre Vaal-Kranlz, les pentes sud-est de Brakfontein et les pentes nord du Doorn-Kloof, qui débouche sur la branche orientale de cette boucle en descendant du plateau de Ladysmith. C'est cette vallée, ou plutôt le chemin de Skiet's-Drift à Devdrop et Ladysmith, circulant dans ses fonds, que le général veut suivre pour atteindre le plateau. C'est de la boucle, prise comme place d'armes, qu'il compte partir en attaquant d'abord et faisant tomber les défenses de Vaal-Krantz, qui dominent immédiatement son itinéraire. Quant à Doom-Kloof, tenu pour négligeable, il se contentera de le masquer en passant.
Vaal-Krantz est donc la clef de la position, l'objectif de l'attaque principale ; mais, pour aider à cette attaque, on la fera précéder d'une démonstration dirigée des kopjes de Krantz-Kloof contre la courtine de Brakfontein.
Entre l'extrémité occidentale des kopjes et la pointe méridionale de Vaal-Krantz, ou, si l'on veut encore, entre la branche intérieure de la boucle amont de Potgieter et la branche extérieure de la boucle aval, on compte 7 kilomètres à vol d'oiseau. Voilà le front des at t jj^s, secondaire et décisive, comprises toutes deux dans le demi-front bastionné Brakfontein, Vaal-Krantz. Dessiner une menace contre la courtine de ce front, puis attaquer à fond et enlever le bastion, voilà la marche projetée pour l'action, après laquelle Buller estime que le chemin de Skiet à Devdrop, commandé par ce seul bastion, sera définitivement en son pouvoir.
Tout ce plan, par malheur, repose sur une appréciation erronée du front de la défense. Nous verrons ce front, Spion-Kop, Brakfontein, Vaal-Krantz, s'étendre progressivement vers la gauche et gagner Doorn-Kloof en s'y
NOUVEAU PROJET d'aTTAQUE. 35 1
>tallant solidement. Il se présente alors comme un vaste mi-cercle, de i6 kilomètres de développement, qui enrre complètement le front de l'agresseur. Celui-ci, qui ait projeté une attaque d'aile, se trouve ramené, malgré , à une attaque centrale. La vallée où il cherche à pétrer et où passe la route de Ladysmith, marque bien,
sud de Vaal-Krantz, une sorte de solution de contiité dans les positions adverses, mais elle ne longe plus xtrémité de ces positions, elle les a au contraire sur { deux flancs et possède, d'ailleurs, ses moyens de déise propres dans les nombreux fossés qui la sillonnent, ifin, le Vaal-Krantz qui en barre l'entrée, et que les iglais persistent à attaquer comme un autre Spion-Kop, i pas les propriétés tactiques que sir R. Buller lui attrie ; sa chute amène sur un terrain qui est toujours sous au double flanquement de l'extrémité sud-est de akfontein et des pentes nord de Doom-Kloof. Telle est l'erreur de principe qui pèse sur l'opération DJetée et qui, en dehors des fautes d'exécution, suffîrait în stériliser l'excellente préparation.
Avant de demander à ses soldats un nouvel et généreux brt, sir R. Buller voulut, avec raison, leur permetl.
se refaire. Il leur accorda, à cet effet, une semaine de )os dans leurs camps et, pendant ce temps, il leur fit ;tribuer double ration. Il employait aussi cet intermède ^'aligner en vivres et en munitions, à rehausser ses ectifs et à effectuer certains travaux préliminaires. Comme renforts, il reçut une batterie à cheval, 2 cans de siège, 2 escadrons de cavalerie et 2.400 fantasis. C'était plus qu'il n'avait perdu et le chiffre de son rps d'armée, en combattants, se trouva reporté à une ntaine de mille hommes.
Dans les derniersjours de janvier, les soldats du génie, aidés de quelques centaines de travailleurs, construisirent une route sur le flanc sud du Swart-Kop. Cette hauteur isolée, en forme de tronc de pyramide quadrangulaire, s'allonge de Fouest à Test sur une étendue d'environ 4 kilomètres, bordant au plus près une partie du bief aval de Potgieter et barrant transversalement toute la gorge de la boucle choisie par sir R. BuUer. Elle devait, ainsi que cette boucle, jouer un rôle considérable dans les projets de ce général. C'était une sorte de citadelle, où il comptait installer la majeure partie de sa grosse artillerie.
A Touest du Swart-Kop et à une demi-lieue en arrière, se dresse le mont Alice, dont l'étage inférieur surplombe directement le Potgieter-Drift et où 2 canons de marine de 4'*,7 étaient déjà en batterie depuis les premières affaires. Les deux montagnes enferment une vallée fertile et boisée, complètement défilée des vues de l'autre rive. Là, serpentait, d'abord, le chemin établi par le génie et destiné à l'armement du Swartr-Kop ; il gravissait ensuite, à flanc de coteau, la base de cette montagne et atteignait le pied d'un escarpement de 90 mètres de hauteur, qui supporte la table du sommet. Arrivé en ce point, le chemin se coudait suivant la ligne de plus grande pente et, sur ce plan incliné, un système de poulies et de câbles faisait effectuer aux pièces le reste de leur parcours. Quatorze bouches à feu(') parvinrent ainsi, sans encombre, sur le plateau découvert qui couronne le Swart-Kop. Elles furent mises en batterie le long de l'arête nord, derrière une rangée d'arbres qu'on devait abattre à la dernière
(i) Dont 6 pièces de marine de la lirres el a canons de i5 lirres^
NOUVEAU PROJET d' ATTAQUE. 353
heure, mais qui furent conservés jusque-là comme un masque commode.
Si secrètement qu'eussent été conduits ces préparatifs, ils n'échappèrent pas complètement aux Boers. Ceux-ci, qui avaient cru, un instant, en avoir fini après leur victoire du 2^y resserrèrent leurs positions en face des Anglais. Ils firent appuyer, vers Test, les défenseurs du Tahamyama, et concentrèrent toutes leurs forces sur le front bastionné Spion-Kop, Brakfontein, Vaal-Ki'antz.
Au Doorn-Kloof, bien qu'ils eussent creusé des tranchées sur les pentes sud-ouest de ce massif, les Boers ne plaçaient, à l'origine, que de simples vedettes. Plus tard seulement, au cours de la bataille du 5 février, ils occuperont solidement le Doorn-Kloof et les dongas, orientés de l'ouest à l'est, qui barrent la trouée entre Vaal-Krantz et Doorn-Kloof. Leur front, appuyé à gauche à cette dernière montagne, à droite au Spion, se développera, alors, sur un arc de cercle de quatre lieues de longueur; ce qui suppose environ 8.000 défenseurs.
Leurs ressources en hommes et en canons ne peuvent, d'ailleurs, être évaluées que de façon conjecturale.
Le seul renseignement positif qu'on possède concerne l'armement initial du Spion, qui comprenait quatre bouches à feu : une pièce du Creusot, deux krupps et un maxim-nordenfeldt. Ces pièces, disposées le long de la face Est de ce bastion, flanquaient très efficacement la plaine en avant de Brakfontein; les moins lourdes devaient, dans la journée du 5, quitter leur position primitive et aller renforcer l'aile gauche au Doorn-Kloof. Ce sont ces déplacements incessants, tant d'artillerie que d'infanterie, qui font illusion sur les effectifs des. Fédérés et en rendent l'appréciation si difficile.
OUBRIIE SUD-AFRICARVE. a.'i
L'armement du Swart-Kop était terminé le 2 février. Après un dernier jour de repos, pris le 3, sir R. Buller leva le camp, dans la matinée du 4» et rapprocha ses troupes de la Tugela, en les plaçant en face de leurs objectifs. La division Clery (brigades Hildyard et Hart) se rassembla, à couvert, dans la vallée au sud du Swart-Kop ; la division Warren (brigades Lytlelton et Wynne [']) se dirigea sur le Potgieter's-Drift. Dans la soirée, le général Wynne, qui avait remplacé Woodgate à la tête de la 1 1* brigade, passa la Tugela, avec cette brigade et 6 batteries montées, et alla relever la brigade Lyttelton, rappelée sur la rive sud pour exécuter, le lendemain, l'attaque de droite. Wynne s'établit, comme son prédécesseur, sur la ligne de kopjes de Krantz-Kloof, ayant à sa droite, sur le plus méridional de ces coteaux, la 6i* batterie d'obusiers. Dans la même nuit, Lyttelton vint camper en télé de la division Clery ; et tous les officiers supérieurs reçurent communication du plan arrêté pour la journée du lendemain, 5 février.
Ce plan, en substance, était le suivant :
Le 5, de bonne heure, la brigade Wynne, soutenue directement par les batteries de campagne et à distance par les canons de marine du mont Alice, devait s'avancer au nord de Krantz-Kloof et dessiner une fausse attaque contre Brakfontein.
A la faveur de celte démonstration, le génie jetterait deux ponts sur la Tugela, l'un à 4 kilomètres en aval de Potgieler's, dans le coude concave que forme la rivière en projetant sa boucle vers le nord; Tautre, sur la bran-
(i) Lvttelton en partant de Krantz-Kloof, cl Wynne en partant Je Spearman.
NOUVEAU PROJET d'aTTAQUE. 355
che orientale de cette boucle, à i.ioo mètres au sud de la pointe de Vaal-Krantz.
Après avoir amusé les Boers pendant environ une heure et demie, les batteries cesseraient leur canonnade et se replieraient, par batterie, à lo minutes d'intervalle ; elles gagneraient le premier pont et iraient s'établir dans la boucle au nord du Swart^Kop, pour appuyer la colonne chargée de la principale attaque.
Cette colonne (Lyttelton) s'ébranlerait alors et, passant au second pont, enlèverait Vaal-Krantz par son saillant. Elle aurait, d'ailleurs, outre l'appui des batteries de campagne, celui des quatorze bouches à feu installées sur le Swart-Kop.
Pendant l'attaque de Lyttelton, le génie jetterait un troisième pont, immédiatement à hauteur de l'extrémité de Vaal-Krantz et, une fois Vaal-Krs^ntz enlevé, les six batteries franchiraient ce pont pour prendre position sur la montagne et prêter leur concours à la division Clery.
Cette division continuerait et compléterait l'attaque principale ; elle devait, après avoir doublé Vaal-Krantz à l'est, donner Tassant au flanc gauche de la position de Brakfontein.
La brigade Wynne, ramenée avec ses batteries après la démonstration initiale, pourrait, le cas échéant, prendre part à l'attaque de Lyttelton. La brigade Coke demeurerait en réserve, à la disposition du général en chef.
Dans la cavalerie, la i" brigade (deux régiments de hussards et une batterie à cheval) serait attachée à la division Clery ; elle se tiendrait à la droite de cette division et la suivrait dans son attaque contre la croupe sud-est de Brakfontein, sans se laisser distraire par les groupes de partisans postés sur le Doom-Kloof. La 2* brigade,
au contraire (escadrons volontaires avec une batterie Coll), aurait pour consigne d'observer et de masquer le Doorn-Kloof ; elle protégerait la droite et les derrières des combattants contre toute attaque pouvant partir de ce massif.
Est-ce bien là un ordre d'attaque ou le scénario de quelque pièce militaire à grand orchestre, donné à Drur}- Lane ou au cirque Olympique? Cette démonstration qui, à peine esquissée, se replie en bon ordre, disparaît, côté cour, pour reparaître, côté jardin, et grossir l'attaque principale; ces entrées et sorties de l'artillerie, débouchant d'un portant pour filer derrière un autre ; ces troupes à deux fins, qui s'abîment dans une trappe et surgissent de nouveau, cette scène dont les coulisses s'emboîtent et se replient à point nommé ; tous ces mouvements, réglés par heure, semblent machinés comme au théâtre et ne sont pas dans la réalité de la guerre.
Mais ce qui, dans ces dispositions compliquées, est plus grave encore que leur invraisemblance, c'est qu'elles empirent l'erreur de principe, dénoncée précédemment.
Le rideau se lève bien sur une scène de 7 kilomètres d'étendue; mais, après un prologue insignifiant, après le hors-d'œuvre de la fausse attaque, les deux parties du décor, savamment agencées, se rabattent l'une sur l'autre ; la scène se réduit de moitié et le théâtre de l'action se resserre autour de Vaal-Krantz. Tout cela, pour enfourner les masses anglaises dans la combe étroite et coupée de défenses naturelles, qu'etiferment les croupes orientales de Brakfontein, celles de Vaal-Krantz et le massif de Doorn-Kloof. Et, dès loi*s, la démonstration enfantine du début n'ayant pu suffire à fixer les Boers sur la scène primitive, ils auront tout le loisir de garnir ce cirque de
hauteurs. L'attaque de Buller ne sera môme pas une attaque centrale; elle se produira, en colonne, dans une sorte de couloir dont l'ennemi tient toutes les issues. Elle ne peut aboutir à rien.
Sans nous attarder plus longtemps à cette critique, passons à l'exposé des faits, qui portent, en eux-mêmes, leur enseignement.
Combat de Vaal-Krantz (5-/ féurîer). — Le programme de sir R. Buller fut, d'abord, strictement suivi.
Le 5 février, vers 7 heures du matin, les six batteries de campagne, établies au Krantz-Kloof, se portèrent, au trot, jusqu'au milieu du terrain découvert entre ces kopjes et la courtine de Brakfontein. Elles ouvrirent immédiatement, contre cette courtine, un feu très nourri, que renforcèrent bientôt les obusiers en position sur le kopje méridional et les pièces de marine du mont Alice.
A la faveur de cette canonnade, la brigade Wynne, formée sur deux lignes, s'avança dans la plaine. Ses deux })ataillons de tête, en ordre dispersé, passèrent entre les intervalles des batteries, qui continuaient à tirer par-dessus eux, et poussèrent jusqu'à une légère ondulation, orientée de l'ouest à l'est, à i .3oo mètres des tranchées boers. Pendant tout ce mouvement, rartillerie ennemie demeurait muette; mais des tirailleurs, embusqués dans une ferme et dans un dongaQ), en face de la droite anglaise, entretenaient un feu de mousqueterie intermittent, auquel les Yorks répondirent, à 800 mètres de distance, dès qu'ils furent en position. Le combat de tirailleurs une
(1) Ce donga court de l'ouest à l'est et vient déboucher perpendiculair&ment à la branche intérieure de la boucle aval de la Tugela, an sommet de cette boucle. La ferme est située à aoo mètres au sud et à hauteur du milieu de ce donga.
fois entamé, les batteries ralentirent leur feu et les pièces ne tirèrent plus qu'à raison d'un coup toutes les cinq minutes. L'action prenait donc un caractère de mollesse qui ne devait guère tromper l'adversaire.
Entre 1 1 heures et midi, cette singulière démonstration commença à se replier. L'artillerie, prenant la tête du mouvement, fit demi-tour par échelons et par la droite. La batterie de droite, amenant la première ses avanttrains, longea la Tugela jusqu'au pont de bateaux indiqué dans l'ordre et, passant ce pont, alla prendre position dans la boucle au nord du Swart-Kop. Les autres batteries la suivaient à dix minutes d'intervalle, celle d'obusiers quittant le Kranlz-Kloof pour fermer la marche. A I heure, la dernière batterie avait passé le pont, et, à I heure et demie, cette masse d'arlillerie pouvait entrer en action sur son nouvel emplacement.
Après que l'artillerie eut évacué le terrain, vers i heure, la brigade Wynne, qui était restée en position pour protéger les batteries, fit retraite à son tour.
Ce mouvement rétrograde et processionnel ne s'effectua pas sans intervention des Boers. Dès que la première batterie s'ébranla, les canons du Spion-Kop, silencieux jusque-là, ouvrirent, à 4*5oo mètres de distance, un feu d'enfilade très efficace. Ils réussirent à démonter deux pièces, tuèrent quelques hommes et bon nombre de chevaux. Même conduite fut faiteà l'infanterie qui, par surcroît, eut à supporter une fusillade infernale, inopinément dirigée des hauteurs de Brakfontein. Heureusement pour les fantassins anglais, cette fusillade se produisait à trop grande distance ; mais ils n'en eurent pas moins à supporter l'action du canon, jusqu'au moment où ils purent s'abriter derrière Krantz-Kloof.
COMBAT DE V.VAL-KRANTZ. SSy
Vers midi, le silence se faisait donc en face de Brakfontein ; la gauche anglaise disparaissait de la scène. C'était le moment où la droite allait y entrer, au nord de Swart- Kop.
Dans la matinée, cette droite n'avait pas bougé. Le génie, seulement, s'était mis à l'œuvre pour jeter un pont tout près et au nord-est de Swart-Kop, à i.ooo ou 1.200 mètres de l'extrémité sud de Vaal-Krantz. Pendant* la construction de ce pont, des tirailleurs boers, embusqués dans le terrain coupé au pied du Doom-Kloof, essayèrent bien de gêner les sapeurs ; mais ces derniers, grâce à la hauteur des berges de la Tugela, ne subirent que des pertes insignifiantes et purent achever leur travail en moins d'une heure.
A midi, le pont était terminé. Â la même heure on démasquait les quatorze pièces du Swart-Kop, en abattant leur rideau d'arbres, et ces pièces, en batterie sur un petit kopje à l'ouest du Swart, commençaient à bombarder Vaal-Krantz. Un peu avant 2 heures, les six batteries de campagne et les obusiers, établis dans la boucle de la Tugela, joignaient leur feu.à celui des pièces de position; toute l'artillerie disponible était en action et 70 bouches à feu couvraient Vaal-Krantz de projectiles.
A 2 heures de l'après-midi, on juge la préparation d'artillerie suffisante et, tout en continuant le bombardement, on met en mouvement la brigade Lyttelton. Le bataillon de la Durham Light Infantry traverse le pont le premier, suivi par celui de la Rifle Brigade. Ces deux bataillons remontent, pendant un certain temps, la rive gauche de la Tugela, en s'abritant derrière ses berges élevées ; mais, arrivés à mi-chemin de Vaal-Krantz, ils doivent renoncer à ce défilement et s'aventurer en terrain découvert, dans
la vallée comprise entre rexlrémité sud de cette hauteur et les pentes occidentales de Doorn-Kloof.
Nous avons déjà décrit cette vallée caillouteuse , sorte de trouée dans les massifs de la rive nord, par laquelle passe le chemin de Skiet's à Devdrop et Ladysmith, véritable objectif de sir R. Buller; son thalweg, que suit sensiblement ce chemin, est marqué par un profond donga, orienté du nord-est au sud-ouest, qui débouche sur le côté extérieur de la boucle de la Tugela, après avoir contourné le pied du Vaal-Krantz. Ce donga constitue une tranchée naturelle, barrant l'accès de la colline. D'autres dongas, également perpendiculaires à la Tugela ou se ramifiant sur le premier, doublent sa ligne de défense ou lui fournissent un flanquement efficace. Une ferme importante, dénommée Monger's-Farm, étend ses enclos le long du chemin de Ladysmith, au point où ce chemin longe, à la fois, le revers méridional du grand donga et la base de Vaal-Krantz. Elle donne ainsi, en avant du donga et sur une étendue de. i .000 mètres, des feux de flanc qui balaient le terrain jusqu'à la rivière. Des tirailleurs boers, en assez grand nombre, étaient répartis dans l'enceinte de Monger's-Farm et dans les dongas voisins. Quelques-uns occupaient des tranchées à la pointe de Vaal-Krantz et avaient à supporter le feu eflroyable de l'artillerie anglaise. De rares soutiens s'échelonnaient sur les deux revers de ce long promontoire; des réserves importantes étaient massées au col entre Brakfontein et Vaal-Krantz. D'une façon générale, on peut dire que, soit à priori, soit sous l'action du bombardement, le saillant sud de Vaal-Krantz était dégarni, tandis que la défense se concentrait dans la partie nord.
Au moment (2 heures et quart) oii la tête de colonne
de la brigade Lyttelton émerge du lit de la Tugela, elle est accueillie, de front et de flanc, par des coups de fusil venant de l'extrémité de Vaal-Krantz, des dongas et de Monger's-Farm.
Pour faire face à cette situation critique, le général déploie ses troupes en éventail, le gros poursuivant en droite ligne sur Vaal-Krantz, tandis qu'un bataillon effectue un changement de direction à droite et marche sur Monger's-Farm.
Des deux côtés, les Anglais prennent l'ordre dispersé en même temps qu'ib déboîtent et, malgré quelques pertes, accomplissent ces mouvements compliqués comme à la parade.
On n'est plus, d'ailleurs, qu'à 600 mètres des objectifs. Monger's-Farm est enlevé après un court combat, tandis que la Durham Light Infantry aborde à la baïonnette le saillant de Vaal-Krantz. Elle ne rencontre pas, à proprement parler, de résistance. Les obus ont nettoyé la place et les fantassins anglais voient fuir devant eux une cinquantaine d'hommes qui étaient demeurés, seuls, dans la tranchée.
A 3 heures de l'après-midi, Lyttelton ti^nt donc l'extrémité sud de Vaal-Krantz. Mais c'est alors, précisément, que les difficultés surgissent et que les erreurs d'appréciation commencent à s'accuser.
Le promontoire de Vaal-Krantz, en forme d'arête de toit, s'allonge du nord au sud sur une étendue de plus de 3 kilomètres. C'est un coteau aride, pelé, au sol rocheux et accidenté. Il n'offre pas le moindre couvert. Pour s'en rendre complètement maître, il fallait cheminer péniblement sur ses deux pentes jusqu'au col de Brakfontein, en s'éloignant de l'appui du Swart-Kop et se plaçant, de
plus en plus, sous le feu de Brakfontein et de Spion-Kop, sans parler de Doorn-Kloof que nous verrons entrer en scène tout à l'heure. Lyttelton commença ce mouvement et mit trois heures à enlever, pied à pied, les deux tiers, seulement, de la montagne. Il arriva ainsi, vers 6 heures, à hauteur du sommet de la boucle de la Tugela, à 800 mètres environ de l'extrémité nord de Vaal-Krantz.
Là, tous les obstacles semblaient accumulés. En tête, on avait un épais rideau de tirailleurs boers, retranchés à la pointe nord de Vaal-Krantz et appuyés en arrière par le tir direct de Brakfontein. Sur le flanc gauche, un donga, dirigé du nord au sud et débouchant au sommet de la boucle de la Tugela, conjuguait ses feux d'infanterie avec les feux d'artillerie du Spion et d'un contrefort de Brakfontein ('). Sur le flanc droit, enfin, on était enfilé par la croupe sud-est de Brakfontein et, à la dernière heure, par l'artillerie de Doorn-Kloof.
Les Boers, en effet, n'avaient pas tardé à pénétrer le jeu naïf de sir R. Buller. Sa démonstration contre Brakfontein avait été de nul effet sur eux et , discernant, dès midi, le véritable point d'attaque, ils avaient employé toute l'après-dînée à se renforcer sur leur gauche. Dans ce bpt, ils n'hésitaient pas à dégarnir partiellement le Spion ; ils lui empruntaient ses deux canons Krupp et sa pièce Maxim (f) qu'ils faisaient passer derrière Brakfontein et qu'ils amenaient à Doorn-Kloof, en cinq heures de trajet. Cette artillerie, mise en batterie sur les pentes occidentales de Doorn-Kloof, flanquait à la fois la route de Ladysmith et le versant Est de Vaal-Krantz.
(i) Le saillant nord-est du Spion est à 6.5oo mètres et le contrefort central de Brakfontein à S.ooo mètres de la face occidentale de Vaal-Krantz.
(a) Ils n'y laissaient donc que la pièce du Crcusot.
Ce versant devenait intenable. Vers la fin de la journée, les troupes de Lyttelton durent l'évacuer. Au lieu de demeurer à cheval sur la hauteur, elles se concentrèrent sur le versant occidental, dans un rentrant peu accusé, à un kilomètre envi/-on de l'extrémité nord. Cet emplacement, de 800 mètres de front, en partie défilé des feux de Finfanterie, était moins incommodé aussi par rarlillcrie éloignée du Spion, que l'autre revers ne Tétait par le Doorn- Kloof. Les hommes y trouvaient quelques abris derrière des blocs de roche et, dès que la nuit fut venue, ils travaillèrent activement à se retrancher en construisant des parapets et des traverses en pierrailles.
Ainsi, dans la journée du 5, la première partie du programme de sir R. BuUer était seule remplie, et encore de façon incomplète. Les Anglais ne possédaient qu'une moitié de Vaal-Krantz.
Le 6 février, dès 6 heures du matin, le canon commença à gronder de part et d'autre et un duel d'artillerie s'engagea, qui devait durer jusqu'à une heure avancée de l'après-dînée et tenir seul l'affiche. Les Anglais y avaient l'avantage du nombre, mais l'infériorité de position. Le résultat fut plutôt en faveur des Boers.
Ceux-ci, dans la nuit, par un prodige d'énergie et d'activité, avaient réussi à amener, de Ladysmith au Doorn- Kloof, une de leurs pièces du Creusot montée sur affût à éclipse, le fameux Long-Tom, C'était un appui sérieux pour leur aile gauche et un adversaire invincible pour les canons anglais. « Quand il tirait, dit le correspondant du TimesQ^y on pouvait voir très distinctement sa bouche pendant la secondes, mais, comme il en fallait i8 à nos
(i) Bévue du Cercle militaire, d9 a3 de 1900.
obus pour atteindre son emplacement, il est évident que ce canon était un mauvais objectif pour nos artilleurs. »
Le canon du Greusot conservé à Spion-Kop donnait aussi beaucoup de tablature aux pièces de marine. On ne pouvait arriver à déterminer sa position exacte, tant il était bien défilé.
Aux deux ailes, par suite, Tartillerie des fédérés avait le dernier mot.
Vers 4 heures de l'après-midi, leurs tirailleurs prirent Toflensive et tentèrent de débusquer la brigade Lyttelton. Ils s'étaient avancés en rampant jucqu'à petite distance et, soutenus par quelques mitrailleuses, ils ouvrirent inopinément un feu rapide qui fit pUer la première ligne des Anglais. Ceux-ci, ramenés par leurs officiers, fournirent une vigoureuse contre-attaque à la baïonnette et rétablirent leur situation un instant compromise.
BuUer, estimant peut-être trop haut ce retour de fortune, jugea le moment venu de jeter, à hauteur de l'extrémité de Vaal-Krantz, le troisième pont de bateaux qui figurait à son programme. On replia le pont sur lequel l'artillerie de campagne avait passé la veille et on vint le lancer juste au-dessous de Vaal-Krantz. A la tombée de la nuit, la brigade Hildyard franchit ce pont. C'était l'entrée en scène de la division Clery, mais non plus pour compléter le succès de Lyttelton, en abordant Brakfontein ; les troupes d'Hildyard devaient simplement relever celles de Lyttelton, que ces deux journées de lutte avaient épuisées.
Le général Hildyard employa la nuit à faire améliorer les retranchements élevés par son prédécesseur. Interrompu vers minuit par une nouvelle attaque des Boers, il les repoussa victorieusement et mena son travail à bonne fin.
Le 7 au matin, les Boers rouvrirent un feu d'artillerie très violent. Leurs obus allaient fouiller jusqu'aux ravins au pied du Swart-Kop et en chassaient la cavalerie anglaise et les convois, qui durent se reporter en arrière. Des deux côtés, d'ailleurs, la parole demeura toute la journée au canon et l'infanterie fut inactive^ La lassitude était visible.
Chez les Anglais, cette lassitude était du découragement. Ils se rendaient compte des défectuosités de leur plan. Le saillant de VaaI-Krantz, choisi par eux comme point d'attaque, n'avait pas l'importance tactique qu'ils lui avaient accordée. Au lieu d'être une clef de position, un second Spion-Kop, cette hauteur subissait le commandement cencentrique d'autres cimes. Il avait été relativement facile d'enlever sa pointe sud ; mais, pour l'occuper tout entière et surtout s'y maintenir, il fallait préalablement déloger les Boers de leurs positions principales et presque imprenables, Spion-Kop et Doom-Kloof, c*est-àdire prendre le taureau par les cornes.
Et en supposant même Vaal-Krantz dans leurs mains, la route de Ladysmith ne leur était pas ouverte. Vaal- Krantz n'avait qu'une action secondaire sur cette route. Pour s'y avancer librement, on devait faire tomber les croupes sud-est de Brakfontein, massif fortement retranché et impossible à tourner ; on devait aussi s'emparer de Doorn-Kloof, entassement de rochers où les Boers étaient invincibles.
Enfin, en dernière analyse, après trois jours de lutte, les Anglais qui s'étaient proposé de déborder les Boers, se voyaient embrassés dans un vaste arc de cercle et inquiétés sur leurs flancs ; ils étaient eux-mêmes débordés par leurs adversaires.
Sir Redwers BuUer se résigna à sortir de cette fausse situation par une nouvelle retraite et, dans la soirée, après un conseil de guerre où Ton reconnut, d'un a\îs unanime, qu'il était impossible de continuer la marche en avant, des ordres furent expédiés pour ramener l'armée à Spearman's-Hill et Springfîeld.
Le 7, à 1 1 heures du soir, la brigade Hildyard repassa la Tugela en repliant derrière elle les ponts de bateaux. Pendant la nuit, les ^convois s'écoulèrent dans la direction de Spearman; les pièces du Swart-Kop furent descendues et dirigées sur Springfîeld sous la protection de la division Warren.
Le 8 au matin, les troupes montées et la division Clerv exécutèrent à leur tour leur retraite, poursuivies par les obus du Long-Tom.
Ces trois journées avaient coûté aux Anglais 4oo hommes environ hors de combat. Elles venaient clore, après un mois d'épreuves et trois défaites, leurs opérations malencontreuses dans la région de Potgieter's. Trois jours plus tard, le 1 1 février, nous retrouvons ces troupes dans leurs anciens campements de Chieveley. Sir R. Buller renonçait définitivement à se porter au secours de Ladysmith par la Tugela supérieure et revenait à la région de Colenso. Ce ne sera pas pour s'y reposer, mais pour chercher, avec une ténacité qui lui tient lieu de génie, quelque ouverture favorable, quelque défaut dans la cuirasse de l'adversaire. Dès le i6 février, il reprendra l'offensive à l'est du coude de Colenso ; mais cette nouvelle série d'opérations, qui accompagne l'entrée en scène de lord Roberts, appartient à une autre phase de la campagne.
KIMBËBLEY. MAFËKING. 867
STATU aUO AU SUD DE L'ORANGE ET SUR LA MODDER
(15 décembre-1 5 février)
La lutte acharnée que sir R. BuUer vient de soutenir, six semaines durant, dans le Natal, n'a abouti jusqu'ici qu'à des insuccès tactiques; mais elle a atteint son objectif stratégique en attirant sur la Tugela toute l'attention et toutes les forces vives des Boers, en paralysant leur activité sur tous les autres points. Au sud de la Modder et de l'Orange, ils ne font rien pour exploiter leurs succès de Maggersfontein et de Stormberg ; ils laissent passer l'occasion favorable, le moment psychologique, perdent deux mois précieux dans une stérile expectative et permettent aux Anglais de préparer en silence, entre Orange et Modder-River, les éléments d'une foudroyante revanche.
Nous avons indiqué précédemment ce qu'ils auraient pu et dû tenter, soit contre Kimberley, soit contre l'armée de lord Methuen ; nous n'y reviendrons plus et nous nous bornerons à enregistrer sommairement les rares et insignifiants incidents de ce long entr'acte, du i5 décembre au i5 février, sur le théâtre d'opérations de l'ouest, en attendant que le rideau se lève pour la scène décisive de Paardeberg.
La colonne Methuen. — Kimberley. — Mateking (•'5 décembre^g février). — Après sa retraite du 12 décembre, sur la Riet, lord Methuen, que nulle poursuite n'avait inquiété, mit à profit l'inaction de Cronje pour s'asseoir solidement dans son camp de Modder-River,
réparer le pont permanent du chemin de fer et améliorer ses communications par voie ferrée.
Sa situation, en (lèche, menacée sur son flanc droit et en arrière par les rassemblements orangistes de Jacobsdal, ne laissait pas, cependant, d'être précaire. Il eut parfois des alertes sur ce cordon ombilical, si facile à couper, qui, de Modder-River à De Aar, par Orange-River, longeait, sur plus de 200 kilomètres, la frontière hostile de l'État libre. Les postes qu'il y tenait échelonnés de ao eu 20 kilomètres ou aux principales gares, et qui affaiblissaient d'autant son corps principal, durent livrer quelques petits combats.
Le i*' janvier, comme un fort détachement boer était signalé à Sunnjside, localité située à 3o kilomètres au sud-ouest de Modder-River et à 20 kilomètres de la voie ferrée, lord Methuen donna l'ordre au colonel Pilcher de quitter Belmont, avec 5oo Canadiens et 8 bouches à feu, pour marcher directement sur Sunnyside. En même temps, il envoyait la brigade de cavalerie Babington, par la rive droite de la Riet, de Modder-River à Koodoes-Drift (20 kilomètres à l'ouest de Modder-River), pour tenir le gué et empêcher Cronje de venir au secours du commando de Sunnyside. Ce commando fut dispersé par Pilcher qui poussa jusqu'à Douglas, au confluent de la Riet et du Vaal, et occupa un instant cette ville. Il fut ensuite contraint de l'évacuer, à l'approche d'un gros de fédérés, et se retira sur Graspan.
Le 9 janvier, Babington, partant de Graspan avec a. 000 cavaliers, exécuta un raid dans l'État d'Orangç, par Ramdan, jusqu'aux environs de Jacobsdal. Il ne rencon^fa aucune force ennemie et ravagea, sans obstacles, le pays sur son passage.
KIMBERLEY. MAFEKING. 36cf
Le 3 février, le général Macdonald fut détaché du camp, avec sa brigade, pour aller s'établir au gué de Koodoes- Drift et barrer la route à un corps orangiste qui menaçait, par Fouest, les communications anglaises. Après un assez vif engagement, soutenu le 4 février, Macdonald demeura maître des hauteurs situées au nord et au sud de ce gué, mais ne put déposter les Boers des collines qu'ils occupaient en face de lui. Il demeura à Koodoes-Drift jusqu'au 6 février, jour où il fut rappelé à Modder-River par lord Roberts.
Methuen se maintenait donc à portée de Kimberley, dans son camp de Modder-River, et, tout en gardant une attitude défensive, ripostait à propos aux rares tentatives. de son adversaire. Quant aux garnisons de Kimberley et de Mafeking, elles étaient toujours cernées et elles attendaient, avec anxiété, l'heure de la délivrance. Devant Kimberley, du Toit refusait aux instances de Villebois- Mareuil la petite colonne d'assaut qui aurait suffi à percer une ligne de défenôe de 20 kilomètres, gardée par 1.200 ou i.5oo hommes. Les Boers s'en tenaient au blocus et au bombardement et ne voulaient rien entendre à l'offensive. C'était le moyen d'éterniser leur inutile et dangereuse faction devant des bicoques. Le 2 janvier, cependant, ils avaient un petit succès à Kuruman (200 kilomètres au nord-ouest de Mafeking), dont la garnison de 120 hommes mettait bas les armes.
Plus au nord, le colonel Plumer quittait la Rhodesia avec 800 hommes et 10 canons, et s'avançait de Boulon wayo vers Mafeking, pour essayer de débloquer cette place. Le 5 janvier, un détachement boer lui barra la route à Gaberones et le contraignit à faire retraite à grande distance.
SjO LA GUERRE SUD-.VFRICAI.N'E.
Ainsi, sur celle grande ligne De Aar-Kimberley-Mafeking-Boiilouwayo, la situation militaire ne subissait pas de modiCcations appréciables ; tout se bornait à de maigres escarmouches.
La colonne Gatacre (^i5 décembre-iS février), — Sur la ligne East-London-Queenslown-Aliwal-North, même passivité des deux côtés. Après l'échauffourée de Slormberg, sir Gatacre n'avait pas eu à reculer plus loin que Sterkstrom('). Il y établissait son gros avec un poste avancé à Molteno, un petit détachement à Dordrecht et un autre à Indwe(*).
Le 3o décembre, une reconnaissance anglaise, expédiée de Dordrecht vers le nord, fut coupée et cernée par les Boers ; elle serait restée entre leurs mains sans Tintervention opportune du détachement de Dordrecht qui entra en ligne le 3 1. Ce détachement fut néanmoins battu et poursuivi jusqu'à Dordrecht, qu'il évacua le 3 janvier.
Dans toute la période du i5 décembre au i5 fé\Tier, ce petit engagement est le seul qui mérite d'être mentionné. Les adversaires restent en présence, au port d'armes.
La colonne Frencb (/J décembre-^ février). — Au centre, sur la ligne Port-Elisabeth-Cradock-Naauwporl- Colesberg, le général French dut soutenir une campagne plus active que celle des généraux Methuen et Gatacre.
(i) St^rkstrom est à ^^ kilomètres au nord de Qaeenstown; Molteoo à i8 kilom-Ures au nord de Sterkstrom ; Stormberg à t^ kilooiëtres au nord <ie Molteno. Toutes ces localités s'eclirloanent du sud au nord sur la ligne Enst-LonJon-Aliwal-North.
(a) DorJrecIil est à 67» k!Ijnii:res aj norJ-?sl d? Qaîeaslowa ; Indwc à a5 kilomètres à l'est de Sterkstrom.