CHAPITRE X
tiers dans la vallée de la Tundja. Neuf pièces de canon, que les Ottomans n'avaient pas mises hors de service, tombèrent aux mains des Russes, quand le général Skobeleff, chargé de mener par le nord l'attaque combinée à laquelle le général Gourko se préparait au sud, eut occupé la passe, sans coup férir, à la tête de quelques compagnies du régiment d'Orel. Les Turcs, en fuite, réussirent à gagner Philippopoli. Nous touchons à l'un des points culminants de la guerre sur le Danube. Les passes des Balkans sont conquises dans toute la région qui s'étend entre Tvardica à Test et Sofular à l'ouest, sur une étendue de soixante kilomètres. Téute la vallée de Tundja, avec Kasanlik, est occupée par les Russes. Les routes qui, à travers la chaîne de l'arrière-Balkan, conduisent L Yeni-Zagraet à Eski-Zagra, ont été explorées. Les rassend)lements de troupes viennent d'être dispersés après une série de combats victorieux. L'administration turque de la contrée est désorganisée, ses moyens de réquisition détruits, ses télégraphes coupés. Le raid du général Gourko a réussi au delà de- toute espérance : on le compare aux faits d'armes de Stonewall Jackson dans la guerre de la sécession. Il a été entrepris au moment opportun, à l'heure où il devait réussir. Tentée huit jours plus tard, l'opération échouait certainement. Cette campagne est l'un des à-propos militaires les mieux réussis des temps modernes. Un paj-allèle entre Stonewall Jackson et Gourko semit cependant
tout à l'avantage du premier. Nous n'avons pas à rappeler ici la brillante carrière du brave général américain. Il y a beaucoup de résolution, de vigueur, de connaissance du métier, de réussite chez Gourko; mais combien Stonewall Jackson était plus audacieux, plus aventurier.
Si nous n'attendons pas, pour porter un jugement sur l'œuvre du général Gourko, que le chef de l'armée d'avant-garde ait teraiiné la campagne dont nous venons d'esquisser les phases, c'est que le but final, la conquête des passes, est déjà atteint. Le raid réussi va se changer en une expédition manquée. L'étatmajor russe ne saura pas choisir entre deux plans et manquera de résolution. 11 fera trop de sacrifices pour une expédition de cavalerie et pas assez pour une campagne à large objectif.
Les résultats obtenus jusqu'ici sont immenses et valent la peine qu'on s'y arrête. Le plan du général en chef ottoman se trouve en partie détruit. Les attaques combinées des deux armées placées sur les flancs des Russes ne devaient se produire qu'après l'entrée en scène d'une troisième armée, s' adossant aux Balkans après les avoir franchis, pour attendre le choc des Russes. Le 19 juillet, jour de la prise de Schipka, le noyau de cette troisième armée, quarante-neuf bataillons, que Suleyman ramène du Monténégro, débarque dans la baie de Dedeagatsch. Il ne sera réuni aux 18,000 hommes, déjà groupés sous