‹ La guerre sur le DanubeChapitre 101 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

se replier le soir après avoir occupé, les unes un rebord de terrain non fortifié à portée des ouvrages ennemis, les autres la lisière des bois taillis voisins du camp turc. Les détachements des ailes reçurent l'ordre de suivre le mouvement général de retraite, qui s'opéra de nuit jusqu'à Gabrova. Les pertes subies par les Russes à la suite de ces attaques décousues s'élevaient à trois cent cinquante hommes tués ou blessés, dont un grand nombre d'officiers.

Le défaut de corrélation entre les attaques du nord et du sud de la passe menaçait d'avoir de plus sérieuses conséquences. En effet, pendant que le général Derojinsky , concentré le 18 à Gabrova, demandait de nouveau des renforts qu'on s'apprêtait cette fois à lui envoyer de Tirnova, le général Gourko, en retard d'une journée, attaquait la passe et subissait à son tour un échec. Il n'employa pour marcher à l'assaut du col par le sud que dix compagnies, dont huit de chasseurs et deux de Cosaques à pied, soit un peu plus de deux mille hommes, bien qu'il eût sous la main quelques bataillons bulgares. La passe n'était réellement défendue que du côté du nord. Au sud, s'élevaient quelques travaux de campagne organisés à la hâte. Cependant les Turcs, ayant par une fausse demande de capitulation ga^né le temps nécessaire pour ramener vers le sud une partie de leur artillerie en position sur les ouvrages du nord, résistèrent victorieusement à l'attaque très énergiquement conduite des Russes. Ceux-

ci furent contraints de battre en retraite jusqu'au village de Schipka, après avoir perdu cent cinquante hommes.

Le pacha maître de la passe n'avait perdu qu'environ cent hommes dans les rencontres du 17 et du 18; mais, attaqué par le nord et le sud, ayant la conviction que l'entreprise serait renouvelée sur les deux faces, en grande force, le 19, il prit le parti d'évacuer sans bruit le défilé par les sentiers de la montagne, pour sauver son détachement d'une capitulation certaine. En tenant ferme pendant une douzaine de jours, il aurait peut-être maintenu la passe de Schipka aux mains des Turcs ; mais un tel exploit étaij; presque impossible. Si l'investissement tactique de la position ne pouvait être opéré par l'ennemi, celleci n'était pas suffisamment défendue du côté du sud, et les Turcs n'étaient ni assez approvisionnés pour attendre leur débloquement, ni assez nombreux pour occuper, en même temps que le défilé central, les passes latérales dont les Russes s'étaient un instant emparés le 17 juillet.

Dans la matinée du 19, un parlementaire se présenta au camp du général Gourko pour traiter de la capitulation, pendant que le détachement turc achevait de se retirer par les chemins de la montagne. Cette ruse permit au commandant ottoman de battre en retraite, en ne perdant qne quelques hommes isolés, ramassés par la cavalerie au débouché des sen-

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