CHAPITRE XL
entre elles par des lignes brisées de tranchées-abris.
Le général de Krudener avait arrêté, le 14 juillet, ses dispositions de combat. Le 15, Tattaque générale commença contre toutes les positions turques, aussi bien celles de la rive gauche de TOsma, au sud-ouest de la place, que celles du sud et de l'est. Les détachements destinés à combiner leurs efforts pour s'emparer des ponts de l'Osma, des hauteurs garnies de tranchées de tirailleurs, et des ouvrages extérieurs étaient commandés par les généraux Schidner-Schuldner, Loschkaref et Veliaminof. La brigade de Cosaques surveillait la route de Plevna.
Les fautes que nous avons déjà eu l'occasion de signaler se reproduisent ici avec plus de force. L'infanterie est engagée par fractions trop faibles et trop indépendantes les unes des autres avant que l'artillerie ait suffisamment préparé l'attaque. Ces troupes impatientées de subir sur place, à de grandes distances, le feu d'un ennemi habile à se terrer, n'essaient pas d'avancer, par bonds successifs, d'abris en abris et d'augmenter l'intensité de leur tir, en couvrant à leur tour d'une trombe de plomb la position qu'elles aborderont face à face dans un dernier élan. Elles renoncent à demander au fusil à tir rapide tout ce qu'il peut donner et se précipitent bravement, follement, tète baissée sur les fortifications de campagne de l'adversaire. Celui-ci est à peine entamé quand l'attaque directe se produit* Est- on brusquement ramené
comme on mérite de l'être? On lance un, deux, trois contingents de troupes fraîches, et ainsi de suite, jusqu'à ce que l'ennemi, fatigué de ces chocs répétés, redoutant le combat à l'arme blanche, ou se voyant subitement en l'air par la réussite d'attaques semblables contre l'une ou l'autre des unités voisines, se .décide \ battre en retraite. Quand il se maintient, quand de bons soldats de sang -froid, d'excellents tireurs bien munis de projectiles , des hommes résolus . à vendre chèrement leur vie occupent la position, on . ne réussit à l'enlever qu'après avoir subi des pertes qui ne sont plus en proportion avec les résultats obtenus. Les généraux dépensent leurs ressources sur le champ de bataille , comme les joueurs riches sèment l'or sur les tapis verts. Il y a chez le commandant en chef une sorte d'orgueil du nombre qui lui fait dire : « Si ce régiment ne réussit pas, j'en ai d'autres en réserve. » En même temps, les officiers supérieurs demandent comme un honneur de marcher à l'ennemi, chacun avec le faible contingent qu'il dirige. Quelle gloire si tel bataillon s'emparait à lui seul de telle position ! L'individualisme est poussé à ses dernières limites. Le soldat n'a pas été rompu aux nouvelles théories. Il n'est pas habile à couvrir une position de feux continus, et, s'en tenant à l'ancien principe de Souvarow, « la balle est sotte, la baïonnette est une luronne », se hâte d'abréger son purgatoire pour se jeter en enfer.