CHAPITRE XII
à fond, du moins pour s'installer définitivement au sud des montagnes.
Le général Gourko a été renforcé par une brigade d'infanterie du vm® corps. A quoi lui servait ce détachement, s'il continuait son rôle d'éclaîreur? Quel concours lui appointait-il s'il se décidait à attaquer une armée? La comparaison des dates peiinet d'affirmer que l'état-major russe, d'abord résolu à terminer la gueiTe par un coup d'audace en portant au delà des Balkans un corps assez solide pour briser la résistance de Suleiman, a renoncé à cette entreprise à la suite de la défaite essuyée à Plevna par le ix'' coips le 20 juillet. L'envoi des troupes au delà des Balkans a cessé dès que l'état-major russe s'est senti menacé sur son flanc droit. Le commandant en chef, contraint de modifier son plan, ne l'a pas fait avec l'esprit de décision si nécessaire dans les choses de guen*e et n'a pas donné, le 21 ou le 22 juillet, au général Gourko les ordres qui lui eussent évité les échecs de Djuranli et d'Eski- Zagra, dont l'effet moral fut si considérable, au sud des Balkans. La promptitude avec laquelle le chef de l'armée d'avant-garde a repassé les montagnes, en abandonnant à leur malheureux sort les populations bulgares poussées par lui à la révolte (conduite très blâmable), tend à prouver que, si l'état-major s'était réservé, courant deux fortunes à la fois, de reprendre son idée première au cas où l'attaque de Gourko, le 30 juillet, contre les forces de Suleiman et
distances ont été poussées, avec un zèle dont on aurait mauvaise grâce à ne pas lui tenir compte, par la cavalerie de LeucHtenberg au delà de la petite chaîne de Tamère-Balkan, et jusque sur les grandes voies de communication de Tennemi, le but principal de l'étatmajor russe n'a pas été rempli. L'entrée en ligne de Tannée de Suleiman s'est victorieusement opérée, et les Russes n'ont pu se maintenir au sud des Balkans.
Plus actif et plus rapide dans ses mouvements, le général ottoman aurait même reconquis les passages delà grande chaîne, tant F état-major moscovite s'était laissé surprendre par sa brusque attaque.
La responsabilité de cet échec ne saurait incomber au général Gourko. 11 semble avoir obéi à des ordres supérieurs en prenant une offensive qu'il a dû renoncer à garder. Le grand état-major seul est fautif. Il a donné au commandant en chef de l'armée d'avant-garde des moyens d'action très suffisants pour un raid^ trop limités pour une opération de guerre contre une armée en formation. Voulant beaucoup entreprendre, il n'a pas su risquer. Dès l'instant que la première expédition avait réussi, il fallait, bornant ses désirs, se contenter d'avoir occupé les passes et balayé la vallée nde la Tundja presque sans coup férir. Si l'on se décidait, au contraire, à profiter immédiatement d'un pareil avantage, il était nécessaire de lancer au delà xles Balkans des forces suffisantes, sinon pour pousser