CHAPITRE XII
aussi promptement que possible la route de la vallée de la Tuûdja.
Le mouvement de recul s'opéra en deux masses. L'une, composée des troupes précédemment placées sous le commandement du grand-duc de Leuchtenberg, moins les escadrons qui avaient pu rejoindre le gros pendant le combat de Djuranli, se porta, après avoir traversé l'arrière-Balkan, sur Rasanlik d'abord, puis sur Schipka. L'autre franchit la passe de Dalboka et rentra dans la vallée de la Tundja, en direction de la passe d'Haïnkieui. La cavalerie venait de constater que les Turcs avaient réoccupé Kasanlik derrière le premier détachement. Gourko ramena donc le reste de ses troupes par la passe d'Haïnkieui, protégé dans cette retraite par des détachements installés au pied des montagnes, sur les flancs du défilé, à Maglis et à Tvardica. Le 8 août, toutes les troupes russes avaient repassé les Balkans, moins celles désignées pour la garde des passes. Celles-ci s'occupèrent immédiatement de fortifier les cols par des travaux en terre.
Dans son expédition au delà des chaînes du Balkan, le général Gourko n'avait perdu qu'un peu plus d'un millier d'hommes, dont trente-cinq officiers. Nous avons dit, dans un chapitre précédent, que le raid de Varmée éC avant-garde pouvait être considéré comme terminé après la prise des passes, opération brillamment conduite, dont le succès équivalait à une bataille gagnée. En effet, si des reconnaissances à grandes
distances ont été poussées, avec un zèle dont on aurait mauvaise grâce à ne pas lui tenir compte, par la cavalerie de LeucHtenberg au delà de la petite chaîne de Tarrière-Balkan, et jusque sur les grandes voies de communication de l'ennemi, le but principal de Tétatmajor russe n'a pas été rempli. L'entrée en ligne de l'armée de Suleiman s'est victorieusement opérée, et les Russes n'ont pu se maintenir au sud des Balkans.
Plus actif et plus rapide dans ses mouvements, le général ottoman aurait même reconquis les passages delà grande chaîne, tant T état-major moscovite s'était laissé surprendre par sa brusque attaque.
La responsabilité de cet échec ne saurait incomber au général Gourko. 11 semble avoir obéi à des ordres supérieurs en prenant une offensive qu'il a dû renoncer à garder. Le grand état-major seul est fautif. Il a donné au commandant en chef de l'armée d'avant-garde des moyens d'action très suffisants pour un raid^ trop limités pour une opération de guerre contre une armée en formation. Voulant beaucoup entreprendre, il n'a pas su risquer. Dès l'instant que la première expédition avait réussi, il fallait, bornant ses désirs, se contenter d'avoir occupé les passes et balayé la vallée nde la Tundja presque sans coup férir. Si l'on se décidait, au contraire, à profiter immédiatement d'un pareil avantage, il était nécessaire de lancer au delà jdes Balkans des forces suffisantes, sinon pour pousser