CHAPITRE XIIÎ
néral résolut débattre en retraite. Abandonnant, faute de secours, devant les attaques déplus en plus impétueuses des Turcs, les ouvrages et les canons qu'il avait conquis dans la journée, il se replia sur ses positions du matin ; puis, le lendemain, à la nouvelle de Técheç grave subi par Taile droite, sur Poradim. Le général SkobelefF, placé entre la colonne de gauche et le Vid, avait secondé l'attaque de Schakowskoi avec une parfaite entente de la situation, en empêchant les Turcs, par des combats poussés avec une bravoure extraordinaire, de tourner le flanc gauche des corps agissant entre les routes de Love et de Radischevo. L'affaire engagée par l'aile dix)ite contre la redoute principale de Grivitza fut lamentable. Trois bataillons du régiment Penza et deux du régiment Kozlow (n^ 121 et 128), chargèrent l'ennemi, couvert par des tran*chées étagées, sous des feux croisés de mousqueterie, en subissant de grandes pertes, et, après un premier retour offensif des Turcs, s'emparèrent de trois Jignes de tranchées-abris, placées en avant de la redoute, mais ne purent ni prendre l'ouvrc^e, ni même s'installer sur le glacis. Cette vaine attaque coûtait au régiment de Penza 29 officiers et 1,006 hommes. Ecrasés de front et de flanc, les débris de ces trois beaux bataillons se dispersèrent. C'était un régiment anéanti. Pomt de nïodifications dans le pian primitif, pas de taaique, aucune étude du terrain, aucune préparation nouvelle, l'heure de la fièvre de sang avait sonné. On allait encore
une fois jouer ce jeu cruel de lancer les uns après les autres des régiments contre une muraille. Le régiment de Penza était mort, on jetait dans la fournaise deux bataillons de Kozlow. Ce que trois bataillons n'avaient pu faire, on le tentait avec deux. Kozlow aiTiva jusqu'aux fossés de la redoute, au fond desquels les pauvres MoscolSy impuissants à faire plus, restèrent accroupis, décimés par une mousqueterie de flanc. Les deux bataillons hors de combat, le régiment Tambow arriva à son tour, mais au pas ordinaire, un bataillon en colonne de compagnie, les deux autres en colonne double serrée, un défi à la mort.
Les soldats allaient là comme des condanmés, ouvi'ant leur poitrine aux feux de peloton. La marche du régiment de Tambow était appuyée par le dernier bataillon de Kozlow, essayant de tourner la redoute Cette fois le colonel Emin bey fit tirer à mitraille sur ces. troupes debout, marchant au pas et soigneusement alignées dans cet enfer. Le général de Krudener ne se gênepas pour dire, dans son rapport : « L'ennemi les reçut par un feu violent d'artillerie, mais les compagnies s'avancèrent en très bon ordre et même alignées ; » et pour expliquer les conséquences de cette belle manœuvre : « Le feu, ajoute-t-il, devint à la fin si meurtrier, que les blessés et les mourants empêchèrent le régiment d'avancer, t) Passif, sous un orage de plomb, réduit de minute en minute, le régiment de Tambow.se coucha derrière la crête.