‹ La guerre sur le DanubeChapitre 132 sur 232 · CHAPITRE XIII. 2i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. 2i

On n'enlèverait donc pas cette redoute. 11 fallait tenter l'entreprise d'un autre côté, par l'aile gauche, et, sans pitié pour les misérables attendant la mort dans les fossés ou couchés le long des crêtes, pour les blessés agonisant sous cet orage, on porta l'artillerie en avant, par batterie, et on lui fit diriger sur la redoute des feux de cartouches à balles, pour faciliter les attaques des nouvelles colonnes d'infanterie. Celles-ci se portèrent, l'une sur les traces des autres, l'autre plus forte, sur le flanc de la hauteur, pour enlever les tranchées-abris d'où les Turcs dirigeaient leurs feux croisés, et aborder ensuite l'ouvrage. Les régiments Arkhangel et \ologda, conduits par le général Schildner, s'emparèrent, en poussant des hurrahs frénétiques, de ces abris, et, pris de rage, se lancèrent en enfants perdus sur la redoute. Fauchés sans relâche, ils reculèrent pendant que l'attaque de front, ordonnée par Veliaminof, avec le régiment de Galitz, échouait encore. Les soldats ne s'étaient même pas approchés de la redoute. Faute de troupes à dépenser, on s'arrêta un instant. 11 ne restait plus comme réserve d'une armée de quatre divisions que le régiment Serpoukow (120*), trois escadrons et douze pièces, dont quatre d'ahillerie à cheval.

Eh bien, non I de Krudener, connaissant les colères blanches de son maître l'empereur Alexandre, ne renoncera pas encore à son attaque insensée. L'aile droite éreintée bat en retraite, il envoie un bataillon.

un escadron et deux pièces, et le combat recommence ; mais la nuit tombe , qu'importe une réserve ! Il détache encore deux compagnies et deux pièces, puis, après un nouvel assaut infructueux, trois autres compagnies. La réseVve ne se compose plus que d'un bataîllon et d'nn escadron. La nuit était venue. Les troupes n'avaient pas été ralliées, elles ne savaient pas se diriger vers la ligne de retraite; il n'y avait plus ni chefs, ni untlés constituées. C'était un désordre plein d'horreur^ Autour des redoutes on tiraillait toujours; detetnçs à auffere, un obus parti des ouvrages turcs sifflait; dans les ravins, 1^ blessés poussaient des cris terribles ou demandaient du secours. Le régiment de Galitx, moins maltraité que les autres^ et le régiment de Voronéje, arrivant sur les lieux de nuit, protégèrent cette fietratte désordonnée avec le dernier bataillon Serpoxtkow, pendant que des détachements perdus se battaient encore jusqu'à l'aube aux environs de Grivitza contre les IWcs reprenant possession de leurs tranchées. Les longs convois d'ambulance s'étaient engagés sur la route qui conduit à la vallée de l'Osma. On manquait de liédecins, et le chiffre des morts atteignit des proportions extraordinaires ^ Le tiers de l'effectif des troupes engagées, même si l'on s'en tient aux évaluations de l'étatmajor russe, resta sur le carreau. En effet, les pertes s'élevèrent, suivant le rapport officiel, àl69 officiers et

1. Des blessés se sont traînés sur les mains et les genoux vers Bulgareni avant de trouver du secours.

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