CHAPITRE XIV
et de flanc des colonnes Fuad et Sabit pachas. A cette heure même, on signalait au général de Driesen l'amvée de renforts s* élevant à trois bataillons, trois compagnies et deux batteries. L'effectif total des Russes atteignait ainsi, en comprenant le détachement déjà en retraite, seize bataillons, douze escadrons et soixante-quinze pièces de canon. Toutefois, le morcellement de la ligne de bataille et le fractionnement des unités tactiques avaient encore une fois exposé les Russes à un sérieux désastre. Après une lutte que les Moscovites soutinrent avec leur bravoure accoutumée, les Turcs s'emparèrent de la position d'Ablava.
Les corps russes, très désorganisés, se retirèrent derrière le Banicka-Lom. Ils n'étaient plus qu'à treize kilomètres de Biela. Les bataillons engagés avalent perdu, diaprés les rapports officiels, 1,350 hommes. Les pertes des Turcs s'élevaient à 300 morts et 700 blessés. Méhémet-Ali venait de gagner trois batailles en moins de quinze jours : laslar, Karahasan- Kieui, Kaceljevo,. et de reprendre aux Russes, qu'il avait rejetés sur leurs lignes de communications, quarante kilomètres de terrain.
C'est une belle campagne, bien conduite et faite pour élever singulièrement le moral d'une armée. Les Turcs, dont on dit volontiers qu'ils aiment à combattre à couvert et sont impropres aux manœuvres, ont prouvé qu'ils savent non seulement combattre
les Russes en rase campagne, mais les vaincre. L'Europe entière a les yeux fixés sur Méhémet-Ali. La Turquie a trouvé dans Osman pacha un grand ingénieur, un technicien de première force, aura^ t-elle encore la bonne fortune de posséder un manœuvrier? Hélas ! non, les plus brillants succès des Turcs, les opérations les mieux conduites, ne seront jamais que des à-coup. L'art de profiter, au moment utile, des avantages conquis, leur fera complètement défaut. Méhémet-Ali n'échappera pas plus que les autres généraux turcs à cette destinée. Que prouvaient les succès remportés par le serdar eckrem ? Ils laissaient voir clairement que l'ai'mée du czarewitch était incapable de garder un front de soixante-dix kilomètres, des abords de Routschouk à la route Timava- Osman-Bazar. Libre de manœuvrer à son aise avec deux grandes forteresses pour refuges, et des positions de premier ordi'e pour ligne de retraite, Méhémet-Ali pouvait se présenter- en forces supérieures sur tous les points du front russe.
Le général turc s'aiTêtera après l'affaire du 5 septembre, tâtonnera, laissera passer l'instant propice, au moment même où les Russes lanceront toutes leurs forces disponibles contre Osman pacha. Il avait le devoir de livrer bataille à l'armée du czarewitch, inférieure en nombre, désorganisée, affaiblie par les pertes du champ de bataille et les maladies. Ce coup de dés, un général confiant en lui-même l'eût livré avec 70 ou