CHAPITRE XJV
un canon, quatre caissons et des approvisionnements.
Le général ottoman, auquel la bataille de Karahasan-Kieui venait de permettre -de s'installer sur les deux rives du Kara-Lom , méditait de porter aux Russes un coup plus décisif et de les obliger à renoncer à toute offensive. Dans ce but, il fit opérer deux importantes sorties de Routschouk contre la gauche de l'armée du czarewitch, afin d'empêcher celui-ci de la dégarnir au profit de son centre et de sa droite. Ces reconnaissances offensives eurent lieu les 31 août et A septembre. Cinq ou six cents hommes de part et d'autre restèrent sur le champ de bataille, aux environs du village de Kadi-Kieui, témoin de tous les combats livrés par la garnison de Routschouk.
Après la bataille de Karahasan-Kieui, les Russes s'étaient repliés à vingt kilomètres à l'ouest de leurs anciennes positions, sur les deux rives du Kara-Lom, vers les points dominants de Kaceljevo et d'Ablava. Ils gardaient ainsi l'une des routes de traverse de Routschouk à Tirnova. Leur centre ne se trouvait plus qu'à vingt-cinq kilomètres de Biela. Le xii* corps, commandé par. le grand-duc Vladimir, se croyait inexpugnable sur les positions de Kaceljevo et d'Ablava. Elles étaient cependant séparées par la rivière, ce qui forçait de pourvoir à deux défenses presque indépendantes, en cas de double attaque.
Méhémet-Ali, qui, comme nous l'avons dit, avait fait opérer, le A septembre, une forte reconnaissance
contre Taile gauche russe, se présenta en grandes forces, le même jour, contre la position de Kaceljevo, sur la rive droite du Lom. Il occupait les deux routes de Solenik et de Kostanca. Les Russes s'empressèrent de renforcer les deux bataillons du régiment de Bender (numéro 132), et les trois escadrons du 12* [dragons, placés à Kaceljevo, avec une batterie, sous les ordres du général Anioldi.
Le 6, dès six heures du matin, de fortes colonnes turques, attaquant de front ou tournant le flanc gauche de la position, se lancèrent contre le^ détachement russe, successivement porté par l'arrivée de nouvelles troupes à sept bataillons (deux de Bender et trois de Kherson), trois escadrons du 12« dragons, trois sotnias de Cosaques et seize pièces de canon. Le général de Driesen, commandant en chef, resté de sa personne à Ablava, sur la rive gauche du cours d'eau, n'avait pas plutôt été prévenu de l'attaque tournante des Turcs sur Kaceljevo, qu'une autre colonne ottomane, sous les ordres de Fuad pacha, se déployait devant Ablava. Ce général avait attendu, pour prononcer son mouvement, que la colonne de droite, commandée par Sabit pacha, eût complètement tourné la position de Kaceljevo. Trois heures ne s'étaient pas écoulées, que le général Arnoldi, après un combat acharné, était contraint de se replier, soutenant sa retraite par des charges de Cosaques, sur Ostrica, derrière l'aile droite russe qu'il laissait en butte aux attaques de front