‹ La guerre sur le DanubeChapitre 19 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

bienveillance de l'Allemagne au règlement de la paix ? M. de Bismark laisserait-il la Russie humilier un Hohenzollern?

C'est à la suite des premiers actes d'hostilité des Turcs que M. Cogolniceano rédigea une note destinée à exposer aux divers cabinets la situation faite à la Principauté par une guerre sur le Danube entre deux puissances dont l'une possédait toutes ses sympathies, tandis que l'autre s'était mise au ban de l'Europe par des procédés de guerre injustifiables. Le gouvernement princier énumérait les faits de violence commis par les Turcs sur la rive roumaine, et se disait résolu à prendre les armes pour défendre le pays menacé et revendiquer son indépendance.

Les quelques paroles suivantes, adressées par le général Ignatieff à Ploiesti, le 15 janvier 1877, à l'auteur de cet ouvrage, montreront quelles étaient, dès le début de la guerre, les intentions du gouvernement russe à l'égard de la Roumanie. Ayant été tâté sur la question delà coopération roumaine, le représentant le plus autorisé du parti de la guerre en Russie répondit : « Vous ne commettez pas d'indiscrétion en m'interrogeant sur ce chapitre. Nous avons fait tout ce que voulait la Roumanie. Nous l'aidons autant qu'il dépend de nous. Les Roumains désirent faire la gueiTe, qu'ils la fassent, mais à leurs risques et périls. Nous ne voulons pas qu'ils puissent dire un jour que nous les avons poussés ou même engagés à faire la guerre. »

li LA GUERRE SUR LE DANUBE.

L(»s Bulgares pour lesquels se faisait cette prise (rartn(».s étaient eux-mêmes très partagés sur son opportunité. On peut toutefois remarquer que les habitants (les régions où se sont produits les sanglants événements de 1 876 étaient plus ardents à l'action, plus disposés k la lutte. Ceux de la partie orientale de la province ont toujours vécu en meilleure intelligence avec les musulmans et ne désiraient pas la guerre. L'opinion n*est du rt»sti» représentée, en Bulgarie, que par la classe éclairée (|ui ne constitue qu'une très faible minorité, l/nronpation russe devait se traduire pour les Bulgares pnr In rnint» et l'occupation turque par la mort. Le bas |M»ti|>le» iui(|uel des siècles d'esclavage ont enlevé tout reMMt>vt, M*elVraynit, perdait courage et, dans cette heure d^rtu^oi^ves, nuHUilissait ses libérateurs. La terreur lui \)\W\\{\ tourner le ilos à la liberté et se rejeter dans resrl«v«ge. Les exceptions se rencontraient parmi les hoininivs éclairés et les jeunes gens des écoles. Le paysan bulgare est inerte, insensible aux idées d'indépendance, habitué à vivre dans une condition inférieure, mîiis en aussi bons tennes que possible avec le Turc, (le dominateur lui inspirait une telle crainte que l'idée de secouer son joug ne lui venait pas. Le général Gourko, dans sa course du début de la campagne, à travers les vallées de Kasanlik et d'Eski-Zagra, essaya de constituer des municipalités. 11 faisait demander les principaux habitants des villages : « Vous voilà les maîtres, leur disait-il ; réunissez-vous, administrez-vous, taxez-

Page 1