‹ La guerre sur le DanubeChapitre 18 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

quelques régiments roumains avaient disputé aux Russes le passage de la frontière, l'empereur Alexandre aurait hésité. Le fait ne pouvait pas se produire, car l'accord russo-roumain était tacitement conclu depuis janvier 1877, trois mois avant la guerre. Des allées et venues mystérieuses avaient eu lieu pendant tout • Thiver, de Kicheneff à Bucharest. Le colonel russe prince Cantacuzène avait même traité des conditions matérielles de l'occupation. A cette époque, si le czar avait rencontré moins de complaisance auprès du ministère roumain, si le cabinet Bratiano était resté dans la lettre des traités, le parti russe de la paix aurait eu de sérieux ai^uments à faire valoir en faveur de sa thèse ; et qui sait si l'empereur n'eût pas saisi avec empressement cette occasion de refréner l'ardeur des politiques de l'école Ignatieff?

Quoi qu'il en soit, la convention de passage ne fut approuvée par les Chambres de la principauté que le 29 aviîl, après un débat ardent au cours duquel plusieurs orateurs plaidèrent la cause du droit et essayèrent de réagir contre le courant russophile. Le ministère Bratiano dut provoquer et même simuler des actes d'agression de la parf des Turcs, pour amener plus tard les représentants à • voter une guerre dont le prince Charles, épris des plus singulières chimères, caressait depuis longtemps le rêve, mais qui n'excitait, en somme, dans les rangs du peuple que des appréhensions et des craintes.

Le véritable meneur du cabinet Bratiano, dans cette circonstance, était M. Rossetti, le plus actif des anciens membres du parti révolutionnaire en Roumanie, et le rédacteur en chef du seul journal important de la rivo gauche du Danube, le Romanul. C'est un homme d'une intelligence peu commune, républicain avant d'être aux affaires, et resté démocrate depuis qu'il est devenu la cheville ouvrière du gouvernement princier. Il a été l'ami de Mazzini, de Garibaldi, de Michelet, d'Edgard Quinet. Agitateur cosmopolite, il a voulu faire de la politique extérieure avec les armes qui servent à fomenter des conspirations. Homme d'imagination, il a réussi, en flattant la manie de gloire militaire et les goûts ambitieux du prince Charles de HohenzoUem, à entraîner le parti de la cour et les classes moyennes dans une campagne diplomatique qui était son œuvre et dont il croyait tenir tous les fils. Suivant lui, l'indépendance nationale ne pouvait se fonder qu'après une série de luttes auxquelles la Roumanie devait prendre part. 11 fallait propager l'incendie, entraîner l'Europe dans la lutte en généralisant la guerre et créer un centre d'attraction pour les populations roumaines de la Bukovine, de la Transylvanie et du bannat de Temeswar. Si la Russie, abusant de la victoire, essayait d'exercer après la guerre un protectorat trop étroit sur la Roumanie, il serait encore temps de se rejeter du côté de l'Autriche et d'user les uns par les autres tous ces protecteurs. Ne pouvait-on d'ailleurs compter sur la

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