CHAPITRE IV
les outils nécessaires aux terrassements, les vivres de campagne, les médicaments des quatre premiers corps réunis, étaient seuls au complet.
La veille de la déclaration de guerre, le 23 avril J 877, les avant-gardes russes franchirent la frontière roumaine sur trois points : le long du chemin de fer Ungheni-Iassy, par les routes conduisant à Leova et à Galatz et par celles qui, de Tatar Bunar, se dirigent vers Kilia et Ismaïl sur le bas Danube. Les six corps d'armée prêts à entrer en campagne, et que l'empereur Alexandre venait de passer en revue sur leurs emplacements et de haranguer, avaient été formés à Odessa, à Karkow et à Kiew, dès le milieu du mois de novembre 1876, et placés sous le commandement suprême du grand-duc Nicolas, fi'ère de l'empereur.
Le vieux général Nepokoitschitzki, chef d'état-major de l'armée du sud, auquel on avait adjoint, sous le titre à' ad latus^ le major général Levitzky, avait longuement étudié le terrain sur lequel il était appelé à opérer. 11 passait dans l'armée, comme dans le public, pour un stratégiste de premier ordre. «C'est notre de Moltke,» disaient de lui, sous les baraques de Kicheneff ou dans les hôtels de Bucharest, les brillants officiers d'état-major que la déclaration de guerre venait d'arracher brusquement aux fêtes de la plage de Nice ou des salons de Paris. Il serait facile, en effet, de démontrer que le chef d'état-major de l'armée du Danube fut, pendant la guerre de 1877, un feiTent disciple de l'école aile-
16 LA GUEKRfc; SUR LE DANUBE.
mande. Il s'efforça (îii maintes circonstances de procéder suivant les préceptes du feld-maréchal de Moltke. Trois choses essentielles lui manquèrent pour reproduire à sept années de distance, sur un terrain beaucoup plus diflicile, les prodiges militaires accomplis avec des armées à gros effectifs par Tétat-major prussien : une exacte appréciation des forces de l'adversaire, un service d'intendance honnête et bien organisé, un personnel d'officiers généraux sachant manier les grandes masses et de chefs de corps habitués à calculer les effets de la nouvelle mousqueterie. Les rapports optimistes du général Ignatieff, les habitudes de malversations et les lenteur de la bureaucratie militaire, le faux point d'honneur qui consiste à lancer les hommes sur un obstacle, en négligeant toutes les mesures, de prudence, devaient détruire l'effet des plus heureuses conceptions, imposer de rudes sacrifices à la Russie et retarder au delà de toute prévision une victoire assurée d'avance aux gros bataillons.
Le général Nepokoitschizki avait pris part comme officier supérieur à la campagne de Hongrie.' Promu • général, en 1850, il avait accompagné à Bucharest les généraux de Lûders et Dannenberg. Résolu à ne rien livrer au hasard, sûr de la force qu'il avait en main, il estimait que les opérations de passage du Danube en 1827 et en 1843 avaient été trop hâtivement conduites et s'était promis de ne pas commettre la même faute. Le grand-duc Nicolas, brave militaire dont