CHAPITRE IV
encombrant et d'impedimenta^ de chancelleries, de bureaux et d'employés civils. Le système administratif est si compliqué, les ordres mettent si longtemps à parcourir la filière hiérarchique, les décisions sont elles-mêmes si longues à prendre que les mouvements les plus simples deviennent, par la force des choses, très difficiles à exécuter.
Le mouvement général de conversion de la gauche à la droite, dans la direction du moyen Danube, s'effectua cependant vers le milieu de mai. Les colonnes dirigées sur Oltenitza, Giurgewo, Turnu-Magurelli , avec fortes résen-es aux principales stations des chemins de fer roumains, depuis Ploiesti jusqu'à Slatina, s'installèrent sur les collines parallèles au Danube, dérobant leurs mouvements à l'ennemi, et n'aventurant que des reconnaisgances de Cosaques dans les fnarais du rivage. Le ix* corps, commandé par le général de Krûdener, form^ l'extrême droite. Campé à Slatina, sur les bords de l'Olto, rivière torrentueuse qui sépare la Grande de la Petite- Valachie, dans une contrée riche en blés et en fourrages, il eut à se garder vers l'est par une solide occupation des ponts de l'Olto et à lancer ses avant^gardes au sud jusqu'à Turnu- Magurelli, petit port du Danube, en face de la citadelle turljue de Nicopoli. Ce point formait l'extrême droite' de la ligne de bataille. Il avait été convenu avec le gouvernement roumain que l'armée moscovite ne franchirait pas l'Olto. Cette rivière était d'ailleurs une
excellente ligne de défense pour le cas où les Turcs massés à Widdin, sous le commandement d'Osman pacha, essayeraient de tourner l'ennemi par la Petite- Valachie.
Les Roumains, dont les corps élus venaient de voter \itat de guerre^ s'engagèrent à défendre la rive du Danube depuis Kalafat jusqu'au confluent de l'Olto. Leurs troupes évacuèrent à cet eflet la Moldavie et la Grande-Valachie et se concentrèrent dans la Petite- Valachie à Craïova, à Caracal, à Islas et à Kalafat. Elles construisirent, dans cette dernière ville, située dans une position très forte, en face de Widdin, de puissantes batteries. La Russie fit don, en cette circonstance, à la Roumanie d'un certain nombre de pièces de gros calibre et de chevaux d'artillerie.
L'armée roumaine, mise sur pied de guerre, était divisée en deux corps, commandés l'un par le général Lupu, l'autre par le général Radovitz. Chaque corps, composé de deux divisions d'infanterie et d'une division de cavalerie, comprenait environ 24,000 combattants. Un troisième corps, en formation, allait porter l'effectif utile de l'armée à 70,000 hommes.
Les Russes n'avaient pas plutôt occupé les points stratégiques de la Grande-Valachie, que le conflit dit de la coopération avait éclaté entre l' état-major russe et le gouvernement roumain. Le prince Charles, qui s'était réservé, comme on vient de le voir, une partie de la ligne de bataille, voulait opérer à sa guise et