CHAPITRE V
vis-à-vis de la cour suzeraine et suffisait à établir un casus belli. Dans une autre entrevue, la question des subsides à allouer à la Serbie, en cas de gueiTe, fut discutée. On ne réussit pas à s'entendre complètement, mais il semble que le prince Milan ait pris l'engagement, sous certaines conditions, de reconstituer une force suffisante pour retenir sur la frontière serbe un corps turc important et entrer en campagne si la chose devenait nécessaire. L'armée serbe n'existait plus, en effet, que sur le papier. Aussitôt après la signature de la paix turco-serbe, les milices avaient été dissoutes et leur rappel ne pouvait se faire qu'avec mesure et progressivement. La petite armée permanente était massée sur quelques points de la frontière, notanoment dans la vallée de la Morava, où le colonel Letchanine, un rude soldat et un homme de cœur, conamandait environ 4,000 hommes. L'ancien adversaire de Osman pacha dans la campagne de Tannée précédente, sur le Timok, n'avait pas réussi dans ses attaques contre la fameuse position de Veliki-Isvor, il s'était fait battre à Zaitchar, mais il était sorti de cette lutte grandi dans l'opinion. Il n'avait en effet cédé devant le flot des ennemis que par suite des fautes impardonnables commises par le général TchemaiefiF, commandant en chef de l'armée serbe.
Vers le 20 juin, les mouvements généraux de l'armée russe étaient terminés. Les derniers ordres avaient été lancés de Ploiesti à partir du 15. Us coïncidaient
avec Tarrivée sur les positions des derniers convois d'ainillerie. Les troupes quittaient en même temps leurs positions provisoires et se portaient en ligne vers les points de passage désignés. Le secret des opérations était si bien gardé par le haut état-major que le prince Charles de HohenzoUem et le ministre Bratiano ne savaient rien. L'administration roumaine avait été longtemps renseignée par ses agents postaux et télégraphiques ; mais, depuis une dizaine de jours, Tétatnmajor de Tannée d'occupation avait pris possession des principaux services. Les oflSciers généraux qui devaient jouer un rôle dans le drame quittaient, les uns après les autres, le quartier général, et les attachés militaires eux-mêmes étaient dirigés vers le Danube. Des escortes de cosaques conooDûandées par des officiers, et échelonnées sur les routes, étaient chargées de les conduire à leur destination. Les administrations faisaient leurs préparatifs de départ.
On n'avait pu cependant dérober à tous la vue des événements. On était en plein calme ; mais la population roumaine comprenait que c'était le calme qui précède les jours d'orage quand le vent du Midi soulève déjà la poussière des chemins. Le but final des mouvements et des contre-marches de toutes ces phalanges aux cheveux roux échappait aux profanes, quoique chacun sentît battre son cœur. Une émotion poignante s'emparait peu à peu des esprits et s'accroissait d'heure en heure. Aucune lutte armée, il faut le dire,