‹ La guerre sur le DanubeChapitre 40 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

voulu se donner le spectacle de cet enthousiame et peut-être aussi, rappeler par sa présence que la Roumanie ne se faisait pas toute seule. Dès le matin, une salve de 101 coups de canon annonça aux populations que le prince Charles de HohenzoUern avait droit désormais aux honneurs souverains. Les ministres, les hauts fonctionnaires, une foule de généraux et d'officiers russes assistèrent, au milieu d'une affluence extraordinaire des populations, au Te Deum célébré en l'honneur du prince. Les popes chantèrent la prière pour le czar. Le grand-duc Nicolas, également en tenue d'uppai'at, casque en tête, parcourut la ville, dans la soirée, en compagnie du prince Charles et de la princesse Elisabeth, escorté par une foule en déUre.

L'empereur Alexandre étant arrivé à Ploiesti au commencement de juin avec une suite de plus de trois cents pei*sonnes et un immense matériel de campagne, cette ville devint un instant le centre de la politique russe. Elle était occupée par la cour, la chancellerie, le quartier général, le grand état-major, le service central d'intendance et les fournisseurs que traîne à sa suite une grande armée. On avait remarqué, quand l'empereur était descendu du train impérial, les regards effarés qu'il jetait à droite et à gauche, et la raideur automatique de son allure.

Le prince Gortschakoff et le général IgnatiefF occupaient deux maisons assez voisines de celle du czar. Le doyen de la diplomatie européenne portait la tenue

de campagne, tunique et casquette de coutil blanc, bottes molles, épée au jcôté. Le général Ignatieff revêtait le plus souvent Téclatant costume d*adjudant de l'empereur. Il se montrait gai, jovial, communicatif, plein d'humour et d'entrain. Son regard brillant d'un éclat particulier semblait dire à tous : « J'ai partie gagnée! » La physionomie du célèbre diplomate est ouverte; la figure est pleine, grosse, arrondie, l'œil bleu, la moustache épaisse et rousse, le front dénudé. La finesse s'échappe du coin de l'œil et du pli sarcastique des lèvres. Le général Ignatieff appartient à l'école des diplomates francs d'allures qui disent tout, en opposition avec les hommes d'État, boutonnés de haut en bas, qui ne laissent rien échapper. Affable, accueillant, plein de confiance dans l'issue des événements qu'il avait suscités, il apparaissait comme le Beus ex machina de l'entreprise orientale.

Pendant que les états-majors présidaient, dans le plus grand secret, aux opérations préliminaires du passage du Danube, la diplomatie n'était pas inactive. Le prince Milan de Serbie, accompagné des colonels Horvatovitch et Letchanine et du ministre Ristich, fut reçu solennellement à Ploiesti, le 16 juin, par le czar entouré des grands-ducs et de tous les officiers généraux présents. L'opinion publique vit dans cette entrevue la preuve d'un accord dans les affaires d'Orient entre les cabinets de Vienne et de Saint-Pétersbourg. Le voyage du prince Milan était un acte d'hostilité

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