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CHAPITRE IX

L*OCCUFATION BT LES PREMIERS COUBATS.

La première nuit passée sur le sol ottoman, après le passage du 27 juin, fut bien employée par F état-major général. Les troupes campèrent sur un plateau voisin de Sistova, pendant que des détachements de cosaques descendaient le long du fleuve jusque vers Tembouchure de la Jantra, éclairaient la route de Tirnova jusqu'au Tekjar et chassaient devant eux quelques bandes de bachi-bouzouks sur le chemin de Nicopoli. Dès que Sistova, complètement abandonnée par les musulmans, eut été occupée par les Russes, les notables de la ville, au nombre desquels était M. Zankoff, l'un des commissaires envoyés en 1876 par les Bulgares auprès des cabinets européens, furent mandés au conak où le quartier général venait de s'installer. On organisa aussitôt une municipalité, une police et une garde urbaine. Il était nécessaire, en effet, de réagir contre les tendances de la population chrétienne à se livrer aux plus coupables excès. Le départ des troupes turques et de la population musulmane avait

été le signal d'un pillage, auquel les premiers détachemenls russes entrés en ville avaient pris part. Des ordres sévères furent édictés, afin d'éviter le retour de ces scènes de sauvagerie.

Sistova présentait, le 28 juin, l'aspect le plus curieux, le plus étrange et le plus triste qui se puisse dépeindre. La ville est bâtie en amphithéâtre depuis le quai du fleuve jusqu'au sommet des hauteurs dont les Russes avaient dû s'emparer. Des ruelles grimpantes, dont le pavé pointu est coupé par de larges marches, relient le port au centre de la ville, en contournant un ravin profond, aux flancs duquel sont attachées des maisons et des terrasses avec leurs jardins suspendus. Des généraux arrivant de Roumanie, des officiers de tous grades gravissaient ces voies tortueuses, pêlemêle, avec des mulets chargés de leur bât, des porte- ' faix bulgares, des convoyeurs russes, des cavaliers, le sabre au poing. Ces ruelles sont bordées de boutiques orientales, à larges auvents, que leurs propriétaires avaient abandonnées. Les maisons des Bulgares étaient marquées d'une croix à la craie et d'une inscription russe signifiant que les habitants étaient orthodoxes. Les habitations des Turcs étaient ouvertes et à demi détruites. Par leurs fenêtres brisées, on apercevait des monceaux de décombres, des débris de toute nature, des immondices. Les meubles avaient été hachés, les vêtements déchirés, les cloisons éventrées, les livres lacérés, les arbres des jardins abattus, les animaux

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