CHAPITRE IX
domestiques égorgés. Toutes les maisons du quartier musulman se ressemblent et communiquent entre elles par des portes extrêmement basses ménagées dans les mui*s des jardins; les cours, les chambres, les teri*asses, les allées étaient jonchées de débris de verre, d'étoffes déchiquetées, d'ustensiles de ménage détruits, de livres et de manuscrits mis en pièces.
Les Bulgares s'étaient montrés plus féroces encore. Ils avaient brisé ou renversé les pierres tombales dans les cimetières musulmans. Pour éviter le retour d'actes semblables, les Russes avaient dû placer des sentinelles à la porte de ces lieux de repos. Les cimetières sont à la fois plus simples et plus poétiques en Turquie qu'en aucune contrée du monde. Les arbres et les fleurs y jouent leur rôle de paix, plantés et semés au hasard, au milieu des tombes, dans un désordre plein de charmes. Les cyprès ombragent les sépulcres des musulmans, fûts de colonnes sur lesquels sont inscrits quelques versets du Coran et surmontés d'une sorte de tête de marbre ornée du fez rouge à gland bleu. Les simples tombes des femmes sont cachées sous des monceaux de fleurs. Les vierges ont pour elles les roses. Point d'allées; l'herbe pousse drue et serrée entre les sépultures, toutes orientées vers la Mecque.
Les mosquées étaient occupées par des soldats qui y faisaient leur cuisine. Les bois sculptés de la chaire sacrée se consumaient entre deux marmites. Les fusils étaient accrochés au mur. Les plaques de marbre ornées
ib'i LA GUERRE SUR LE DANUBE.
de versets du Coran imprimés en lettres d*or, avaient été réduites en poussière. Les balcons de pieiTe, du haut desquels les muezzins appelaient les croyants à la prière, gisaient renversés. Dans des cafés turcs, convertis en ambulances, des blessés étaient étendus le long des murs sur des nattes épaisses. C'étaient bien les lieux de réunions des musulmans en fuite. La place, jadis occupée par les notables, était séparée de celle des hommes du peuple par des balustrades de bois découpé. On distinguait encore les founieaux sur lesquels on préparait le café, mais les pipes des habitués, les cendriers, les petites tasses sur pied de filigrane avaient disparu. Les officiers désireux de voir des Turcs, se faisaient conduire à la maison qu'occupaient, au milieu des jardins, sous la garde des soldats russes, les musulmans qui n'avaient pas eu le temps de s'enfuir avec leurs coreligionnaires, après le combat de Sistova. Le caïd et quelques vieillards avaient attendu l'ennemi. Cinq ou six femmes, dont le transport eût été difficile, vu leur état de maladie, étaient également entre les mains de l'autorité. Ces prisonniers inoffensifs habitaient une vaste pièce, basse de plafond, dont les fenêti'es avaient été brisées dans le sac de. Sistova. Les hommes étaient vêtus de la veste et de la culotte à larges plis des musulmans appartenant aux classes aisées. Les femmes, accroupies sur d'épais coussins, portaient le pantalon de soie brochée et la veste agrémentée de broderies. Xuconak^ vaste bâtiment pré-