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LE TORCHON » DE M. CAILLAUX

A M' de Moiizie, avocat et député, pour Védijîer sur ses clients.

Les gens du Torchon ayant eu le toupet de nous assigner devant la cinquième chambre correctionnelle, pour (( diffamation », je m'en vais aujourd'hui vous présenter sans commentaires les principaux de ceux qui prennent depuis trois ans de guerre en France — et cela impunément — la défense des espions boches de l'empire allemand et du Clan des Ya. Le public français jugera. Je rappelle pour mémoire que Vigo, dit Almereyda, trois jours avant la mobilisation, conspuait l'armée française sur les boulevards, et dans la journée servait de garde du corps à M. Joseph Caillaux, au procès de la dame au revolver.

Directeur : condamné de droit commun (vol, fabrication d'explosif, provocation au meurtre,

injures à l'armée) Vigo dit Almereyda, indicateur de police, sachant à peine lire et écrire, né à Béziers le 8 janvier i883 et réformé : a avoué s'être rendu à Saint-Sébastien, foyer d'espionnage allemand, en juin 1916, passeport 11 704, pour fonder un journal bilingue. Il faut noter ici que ce voyage coïncidait avec l'arrivée du sousmarin U-35, le fameux ravageur allemand, à Carthagène. Vigo, dit a Almereyda », prétend qu'il n'a pas pu aller en trois jours de Saint- Sébastien à Carthagène. D'ailleurs, un émissaire allemand a pu lui porter un paquet de Carthagène à Saint-Sébastien, ou des instructions, et cela aussi est à vérifier. A noter que l'agent allemand, Gaston Routier, ayant tenté de fonder un journal proallemand de langue française, le Journal de la Palxy à Madrid, Vigo a commencé par prendre sa défense et a annoncé, le premier dans la presse, que Routier, démasqué, renonçait à son criminel projet. Le journal projeté par Vigo à Saint- Sébastien n'était-il pas le premier essai du journal projeté par son compère Routier à Madrid? Seul, le prince Ratibor, ambassadeur allemand à Madrid, pourrait nous renseigner là-dessus.

Premier administrateur : Émile-Joseph Duval, dit w Darbourg », dit « Mondor », ancien rédacteur à l'Assistance publique, d'où il dut démissionner en 1887. \ avoué à l'audience s'être rendu depuis la guerre plusieurs fois en Suisse comme liquidateur de la Société des Bains de Mer de San-Stéfano. Cette société composée, en majorité, d'agents d'espionnage allemands et de Turcs,

était en relation avec la boîte allemande d'espionnage des automobiles Benz de Mannheim. Ell( était présidée par le prince Karl d'Isenburg, de' Mannheim, et comprenait, parmi ses membres, Flinsch de Francfort-sur-Mein, le banquier Marx, de Mannheim, et le député turco-boche ZiaBaldji. Il y a lieu de supposer que, tandis que Vigo palpait l'argent allemand à Saint-Sébastien, Duval dit Darbourg s'entendait avec Marx à Zurich. Touchante utiHsalion des pays neutres!

Deuxième administrateur : Emile Marion, trois condamnations pour désertion et escroquerie.

Passons maintenant aux collaborateurs et simples acolytes :

Thomas Henri, dit Harry Goddard, arrêté pour commerce de stupéfiants, puis expulsé, puis arrêté de nouveau pour infraction à l'arrêté d'expulsion. A un moment donné, Vigo, son complice, le fit chanter dans le Torchon.

Jean Goldschild, condamné pour provocation] au meurtre.

Gabriel Rabbat, banquier, i8, rue Laffîtlc, ex-* associé de l'escroc Zucco. Ce juif syrien qui fut un des bailleurs de fonds de Vigo se consacrait au refdagc des titres volés par les Allemands dans nos départements occupés. Il associait le vol à la trahison. Rabbat a été, voici quelques semaines, arrêté et incarcéré en Suisse. Le Gouvernement suisse examine actuellement la demande d'extradition de la police française avec une sage lenteur,]

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Cette affaire Rabbat gêne considérablement le gou vernement allemand; je dirai pourquoi.

Le D' Lombard, conseiller d'arrondissement, dix ans de travaux forcés pour réformes frauduleuses. C'est Lombard qui lança dans le Torchon l'idée d'une fête à Rouget de Liste. Lombard est bien connu d'autre part comme médecin avorteur.

Henri Guilbeaux, dit «James Burkley», correspondant de journaux parisiens avant la guerre. Rédacteur de la revue bocbe de langue française. Demain, publiée en Suisse et interdite en France. J'ai suffisamment insisté sur le rôle de Guilbeaux pour n'avoir pas à y revenir aujourd'hui.

Cette liste, d'une exactitude indiscutable, est incomplète. Telle quelle, elle donne une idée de l'organe innommable qui, sauf un grand nombre de suspensions de huit à quatre jours motivées par des campagnes proallemandes trop éhontées, continue néanmoins à jouir de l'immunité la plus complète. Quand Vigo, dit « Almereyda », quand Duval, dit « Darbourg », dit <( Mondor », sollicitent un passeport pour l'Espagne, ils l'obtiennent immédiatement. Il fut bien question, à un moment donné, au dire de Vigo lui-même, dans les conseils du gouvernement, de son arrestation et de l'arrestation de ses acolytes. Finalement, ces messieurs ont été laissés tranquilles et libres de vaquer à leurs petites occupations. Quand j'ai fait chasser Ullmann du Comptoir d'Escompte, le Torchon a fait campagne pour Ullmann, naturellement

Il ne se passe pas de jour que nous n'ayons,

Maurras et moi, le très grand honneur d'être injuriés par cette racaille, dans les mêmes termes et sur les mêmes thèmes qui servent contre nous à la Gazette des Ardennes, à la Frankfurter et au Berliner Tageblatt. C'est à croire que ces feuilles fécaloïdes se repassent des poncifs tout préparés.

Chose remarquable, la plupart des rédacteurs et collaborateurs au Torchon, sont, Vigo en tête, de jeunes et sohdes gaillards en âge de porter les armes, — Vigo m'a menacé publiquement de son browning, ce qui m'a joliment amusé, — mais par une prodigieuse série de réussites, tous ont échappé au service armé et même au service auxiliaire. Au début de la guerre, alors que les antipatriotes n'en menaient pas large, Vigo dit (( Almereyda » parla de s'engager. Il en fut détourné, comme il nous l'a raconté lui-même, par M. Malvy qui a estimé son action plus utile à Paris. A mon humble avis, il y eut là une légère erreur. Le seul bienfait qui ait résulté du maintien de Vigo dans sa mobilisation civile à la tête du Torchon, a été de lui permettre de faire fortune en trois ans; car cet ancien claque-savates de la Petite Roquette a aujourd'hui luxueuse installation à Paris, villa à Saint-Cloud, villa au bord de la mer, fourrures épastouflantes et plusieurs automobiles, avec le tutoiement de nombreux parlementaires... Le libéral a toujours eu un certain respect pour l'apache, depuis la grande Révolution.

Encore une fois, le public et la justice sont maintenant lîxés.

Léon Daudet.

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Le gouvernement de l'époque ne peut donc alléguer qu'il n'était pas averti. J'avais eu soin d'indiquer, d'une touche légère, les principaux colporteurs de renseignements à l'ennemi : Almereyda, Marion, Duval et Guilbeaux.

Le 1 5 mars, en pleine préparation de l'offensive, le général Lyautey , ministre de la Guerre, dont on connaît l'œuvre admirable au Maroc, avait été contraint de donner sa démission. Son crime était d'avoir manifesté, en termes modérés, la crainte que le compte rendu des séances du cl lité secret à la Chambre ne fût divulgué. On sait maintenant que c'était Duval qui était particulièrement chargé de communiquer ces comptes rendus à l'ennemi. Il suffit d'examiner les dates des passeports à lui attribués, ou renouvelés, pour s'en rendre compte. Quant aux renseignements généraux sur l'oifensive, quant à ce qu'il en pouvait connaître, Almereyda en personne fonctionnait, soit en Suisse, où il s'était abouché avec Rosenberg, soit en Espagne. La mise au point des manœuvres défaitistes et le contrôle des dires du Bonnet Rouge étaient confiés à Henri Guilbeaux — dit « André Le Faivre », dit (( James Burkley » — persona grala auprès

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du gouvernement allemand. Guilbeaux, intime de Lénine, en correspondance avec la maîtresse de Braunstein, dit Trotsky, à Paris, assurait en outre le synchronisme entre le germanisme français et le bolchevikisme russe. L'instrument de trahison était ainsi parfaitement d'accord.

Le cas du général Lyautey, visionnaire de ces crimes cachés au grand pubhc, est donc analogue à celui du général Glergerie, sacrifié aux bureaux du ministère de l'Intérieur et du Bonnet Rouge, qui voyaient en lui le responsable de l'envoi de l'espionne Kovacs au camp de conoentration, de l'arrestation de Desclaux, des docteurs Lombard et Garfunkel. Le général Glergerie en 1914-1915 et au début de 1 9 1 6 , le général Lyautey en 1 9 1 7 avaient vu clair dans la guerre totale et dans la nécessité de faire face au système de l'espionnage allemand. G'est ce qui fut cause de leur disgrâce, dont la France porte encore le poids.

Le 29 mars 191 7, par contre, l'académicien Ribot, devenu le successeur de Briand à la présidence du Gonseil, appelait Malvy au comité de guerre. Le Bonnet Rouge félicita vivement de son initiative l'académicien Ribot. L'événement parut moins heureux à plusieurs

personnalités politiques. Le i5 mai 191 7, M. le sénateur Jenouvrier faisait au Sénat le portrait schématique d'un membre du comité de guerre idéal :

Ne vivant que de la guerre, pour la guerre, ayant l'esprit toujours tendu vers elle, s'interdisant tout plaisir y toute distraction de nature à éloigner son esprit de la tâche formidable qu'il a acceptée, menant une vie simple, presque austère, ayant peu de relations, évitant les familiarités qui permettent les questions indiscrètes et auxquelles le silence qui les accueille, ou les jeux de physionomie qu'elles provoquent constituent, parfois, une réponse dangereuse.

Je relève cette curieuse citation dans le remarquable précis consacré par Marie de Roux au Défaitisme et aux Manœuvres proallemandes paru récemment sous ce titre à la Nouvelle Librairie Nationale K II faut consulter également, sur la manœuvre allemande à l'intérieur, le livre magistral de Maurras, La blessure intérieure, et le chef-d'œuvre de Georges Valois, Le Cheval de Troie, même librairie. C'est là, avec l'ouvrage déjà classique de Barres, En regardant au fond des crevasses, tout ce que je connais d'imprimé sur la ques-

I. Nouvelle Librairie Nationale, ii, rue de ^lédicis, Paris. 1 vol à I fr. 5o.

tion, qui fait le tuf même de la guerre euro^ péenne et que presque tous les dirigeants de cette guerre, sauf Clemenceau, ont méconnu. Aussi quand on me demande ce qu'on mettra sur la tombe de ces dirigeants — je veux dire sur celle des meilleurs d'entre eux — je réponds avec certitude : aveuglement. Les uns ont cru qu'il s'agissait d'une guerre de positions, d'autres d'une guerre de matériel, d'autres d'une guerre pour la possession de l'Orient avec localisations en Europe. Presque personne n'a voulu voir que le principal levier de cette guerre était, du côté allemand, la manœuvre à V intérieur des pays alliés. Il a fallu la catastrophe russe pour que quelques-uns aient commencé à s'en rendre compte.

Cette manœuvre, à la veille de notre offensive d'avril, s'appuyait chez nous sur la bande du Bonnet Rouge, sur les protecteurs et les commanditaires de cette bande, dont Bolo Pacha, ne l'oublions pas.

Par les navettes d'Almereyda et de ses gens, les Allemands connaissaient en temps utile :

i^ Ce que préparait le Grand Quartier Géj néral ;

2° Ce qui se disait à la Chambre en comité secret ;

3" Ce qui se faisait dans les commissions;

4° Ce qui se passait au sein du comité de guerre.

La moindre indiscrétion deyenait ainsi criminelle, à rinsu même de ses auteurs. L'ennemi nous voyait et nous ne le voyions pas. Car ce n'est pas le lieu d'insister sur la iaçon extravagante dont était conduit notre service (!) de contre-espionnage, sous la direction du capitaine Ladoux, ancien administrateur du Radical. Il y aurait un volume entier à écrire sur les choix insensés ou odieux des personnes opposées par Ladoux à un Bûlow, à un Hohenlohe, à un Bernstorff*, à un Jagov, à un Rosenberg, à un Marx, à un Isenburg, à un Heinemann, à un Ballin, à un Rathenau, à un von Plugk, à un Gebsattel, à l'immense ministère de dissociation intérieure allemand. Ce n'est pas qu'aucun de ces Germains, pris en lui-même, soit un homme de génie. Mais leur association est étroite, ils sont contrôlés directement par l'Empereur — qui les reçoit sur le même pied que ses généraux commandant en chef — et ils disposent de capitaux illimités.

En dehors de la bande du Bonnet Rouge, du clanDesouches-Lenoir, principalement alFecté

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à Hohenlohe, et des tentatives de corruption de presse, dont Bolo Pacha était l'argentier, il existait en mars 191 7, à Paris, toute une trame souterraine de défaitisme, ce que l'on pourrait appeler une seconde zone : cette zone passait par plusieurs salons, cinq ou six établissements financiers, quelques minoritaires socialistes du Parlement et une tourbe de métèques, admirateurs bénévoles ou stipendiés de l'Allemagne, Russes, Espagnols, Suisses, Américains du Sud, mêlés pour la plupart aux affaires allemandes, commerciales, industrielles, intellectuelles et politiques. C'était un véritable réseau, allant de l'intention criminelle la plus nette à l'inconscience diffuse, et offrant tous les degrés, toutes les nuances, de la légèreté, de la peur et de la vénalité.

Entre ces salons, j'en choisirai deux, — que je désignerai par les deux premières lettres de l'alphabet, A et B, pour ne pas faire de jaloux, — où le mal fut fait par sottise homicide beaucoup plus que par méchanceté.

Chez A, — qui joua un rôle plutôt louche au moment de l'affaire Dreyfus — fréquentaient des frelons parlementaires, des officiers d'antichambre ministérielle et des savants. Joignez -y une douzaine de gens du monde, oisifs, ba-

vards, facilement effrayés, tenant du perdreau et du dindon, de ceux que j'appelle les salonnards. Ce qui fleurissait là, c'était la critique, à tort et à travers, des opérations militaires ; exercice terriblement dangereux, quand chacune de ces critiques a son prolongement et son retentissement politique, et risque de déranger et de décoordonner le rouage, délicat entre tous, du haut commandement. Quand toutes les dispositions ont été prises, et consciencieusement prises, quand des hommes éprouvés par la victoire ont apporté au plan, considéré par eux comme le meilleur, toute leur expérience et tous leurs soins, il est abominable de les déranger de leur labeur, de chercher à les faire douter d'eux-mêmes par un murmure. Ceux et celles qui ne comprennent pas cela sont malheureusement trop nombreux. Que Dieu nous garde du mêle-tout et de la mêle-tout, en temps de guerre I

On affirme que, dans les milieux populaires, les fausses légendes circulent vite ; c'est exact. La tension belliqueuse de certaines âmes, en contact avec la tension angoissée de certaines autres, amène, provoque ces frottements vibratoires, sur lesquels court une invention absurde et détaillée, avec la rapidité d'un train

express. Plus la nouvelle est effarante et contraire au bon sens, plus elle a de force de propagation et de pénétration. Mais le milieu des salonnards, quand il s'y met, fabrique avec émotivité des nouvelles bien plus abracadabrantes et qui prennent de l'autorité avec l'illusoire notoriété de leurs lanceurs. Car ici on peut invoquer le témoignage de prétendus techniciens, de gens compétents, au courant, auxquels on n'en fait pas accroire, et qui affirment, sous la foi du serment, avoir recueilli tel propos, telle anecdote, tel renseignement dans les hautes sphères. Joignez à ceci que la politesse interdit cette contradiction trop brusque, faisant appel au ridicule, qu'un esprit ferme peut et doit opposer aux propos et paniques de la rue et du marché. En temps de guerre, les mauvais hommes utilisent les contes de bonnes femmes.

Chez B, — d'éducation sommaire et nourrie des principes de 48 — le sport, depuis le premier jour, c'était de favoriser la révolution russe. Il n'était pas un israélite germanoslave, de l'entourage de Lénine ou de Trotsky, qui n'eût là son couvert et son crachoir et ne fît, entre la poire et le fromage, le procès du tsarisme dégradant et du démocratisme indis-

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pensable à la victoire. B encourageait et même, dit-on, subventionnait de temps en temps ces insanités. Quand apparurent les premiers soviets encore timides, quand la nouvelle en parvint, ce fut de la frénésie. Une aube nouvelle apparaissait sur le monde. La lutte gigantesque ne pouvait manquer de finir dans un embrassement général des ouvriers, lâchant le travail des munitions, et des soldats déposant leurs armes, aussi bien en Allemagne et en Autriche que dans les pays de l'Entente. Le Soviet... le nouveau Messie, le Sauveur laïque, célébré, sur le ton inspiré, par les prophètes barbus et chevelus de la rue Mouffetard et du Marais! Quiconque se permettait quelque timide objection, au nom de la nécessité supérieure qui impose une discipline en temps de guerre, était aussitôt rembarré avec force. A la deuxième incartade, on indiquait à l'impertinent ou l'impertinente le chemin de la porte. Kerensky passait là pour un malheureux bourgeois, perdu de préjugés réactionnaires, comme disaient les bolcheviks, pour un « exterministe ». Sa chute fut saluée d'acclamations. Quelques jours après, il fallut déchanter. Mais l'amour-propre est tellement ancré au cœur des illusionnistes que maintenant encore, Bne

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reconnaît pas son erreur et déplore que la Cause magnifique ait été amoindrie et gâchée par l'incompréhension des Français, des Anglais, des Italiens et des Américains.

Ce que j'ai déjà dit des banques demeurées en relations avec l'Allemagne, par la Suisse ou de toute autre façon, me dispense d'insister sur le rôle éminemment nocif qu'elles ont joué presque tout de suite après la victoire de la Marne, et de plus en plus, jusqu'à la période du mauvais trimestre du printemps de 19 17. Il y a eu là un travail souterrain, sur lequel le procès Bolo a projeté un rayon de lumière, mais dans un compartiment seulement. Depuis 1907 environ, la grande préoccupation de Guillaume II et de son entourage était de nationaliser autant que possible la banque allemande, en dénationalisant la finance et la banque françaises. Les directeurs de la Deutsche Bank, de la Dresdner Bank et de la Disconto étaient périodiquement convoqués par lui, en vue de mesures à prendre en cas d'alerte et immédiatement. On sait ce que signifie ce langage; c'est l'état de danger de guerre financier, la (( Kriegsgefahrzustand » du métal. J'ai signalé ailleurs le rôle important d'un Heinemann, d'un Salomonsohn. Ces deux chefs

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d'orchestre donnaient en même temps la consigne et le mouvement aux banques de Dresde et de Hambourg, réunies entre elles, malgré la concurrence, par une quantité de cartels et de trusts. On sait que la finance allemande était la plus aventureuse du monde entier, en matière industrielle et chimique, notamment. Ce goût du risque était compensé par des alliances offensives et défensives, entre les principaux comptoirs de l'Empire, contre la finance anglaise et américaine, qui n'adhérait pas encore au Deutschtum.

En France, une lutte épique avait commencé pour l'introduction des valeurs d'Etat allemandes à la cote de la Bourse de Paris. Le récit des manœuvres poursuivies à cette intention par la finance et la politique allemandes tiendrait à lui seul un volume. Il devrait être tenté par un professionnel qui serait en même temps au courant des choses du journalisme. Car c'est par le journal à fort tirage, dit « de grande information », par conséquent d'apparence neutre, qu'une telle campagne peut être appuyée. On procède non directement, mais indirectement et de biais, par le moyen de communiqués insidieux, de consultations de personnes prétendues compé-

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tentes, sur le nez desquelles se de^dnent des lunettes d'or. Que de fois, avant la guerre, parcourant d'un œd distrait — néanmoins attiré par les intentions — une feuille quasi indifférente en politique et en relations extérieures, ai-je bondi à la lecture d'une phrase d'apparence anodine, d'un filet faussement innocent, où apparaissait le casque à pointe retourné et prêt à recueillir l'argent du contribuable françaisi Car je savais trop à quelles entreprises métallurgiques, à quels préparatifs belliqueux servirait en fin de compte l'or de cet appel.

Il était impossible que la guerre, même exhaustive et totale, déchirât d'un coup ces liens de Liîliput, soigneusement tissés par l'industrieuse Germania. 11 est demçuré, dans le monde de la Bourse, un filon sinon allemand, sinon germanophile, tout au moins prêt, à chaque tournant, à composer avec l'ennemi. Le nom de Gaillaux personnifiait cette tendance, parce que pendant son passage aux Finances, il avait fait risette à la finance allemande. Mais il n'était pas le seul. On en citait d'autres, moins voyants. On en citait aussi, il faut le reconnaître, qui avaient opposé une résistance acharnée

à cette forme spéciale d'envahissement et y avaient d'ailleurs compromis leur crédit politique.

Si des hauteurs de la finance internationale nous descendons vers le terre à terre de la tourbe des métèques suspects, soigneusement conservés à Paris par une scandaleuse bienveillance du ministre de l'Intérieur, entre août 1916 et juin 1917, nous comprendrons encore mieux l'accès de fièvre malsaine, heureusement fort éphémère, auquel je fais allusion. Afin de n'être pas accusé d'exagération systématique, je céderai la parole à mon confrère de ton très modéré mais très consciencieux et très patriote, le Petit Journal, rendant compte d'un débat tout récent au Conseil municipal, sur cette grave question des étrangers. C'était M. Le Gorbeiller, conseiller municipal, qui avait attiré l'attention de ses collègues sur un danger signalé de longue date par V Action Française et toute la presse nationaliste, eflrontémcnt nié par les responsables; l'extrait que je donne est du 28 mars 19 18, paru le matin même du jour 011 les Allemands ont commencé à bombarder Paris à l'aide d'une pièce à très longue portée. On ne saurait croire la valeur dramatique que prennent les

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lignes que l'on va connaître, quand on les relit au son du canon :

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