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MEMOIRE

du 22 mars 1915

Sur la bataille des Hurlus ^^!

Remis aux membres du cabinet Viviani

Le but Stratégique.- Le 22 février 1915, le 2« group commence à entrer en action. Stratégiquement le poin d'attaque semble bien choisi ; si nous perçons, nou vidons à l'ouest la poche occupée par les Allemand de Reims à Soissons. De nombreux corps, deux div sions de cavalerie, épars tout le long de la ligne d chemin de fer, sont prêts à se précipiter dans le tro que nous ferions.

Le secteur principal d'attaque de la IV« Armée ei entre Souain et laroute deLaval-Minaucourt; ce secteu se divise lui-même en deux : à l'ouest le XVIP et ] IV^ Corps d'Armée dont les efforts resteront vains ; l'est, entre Mesnil-les-Hurlus et la ferme de Reai séjour, sur un front de 6 kilomètres, le l^^ et ] IP Corps vont être engagés; ils perceront.

Les photographies d'aéroplanes, les interrogatoire des prisonniers font présumer qu'au delà de la ligr allemande jusqu'à l'Aisne, il n'existe aucune fortificatioi mais une carte trouvée sur un officier de la Gard<

(1) Abel Ferry était alors attaché comme lieutenant à l'Éta Major du II' Corps d'Armée (général Gérard).

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nontre la force de la ligne ennemie. Trois et quatre igs de tranchées, des canons-revolvers, des miirail- [ses en flanquement, des fils de fer, et, taillées dans 3raie de Champagne, des caves blindées à l'épreuve l'artillerie.

V droite et à gauche, nos tranchées de départ sont jez proches des tranchées allemandes. Au centre, elles sont éloignées par 600 mètres de glacis montant. ::'est pourtant ce centre allemand qui fléchira, à surprise de tous, et c'est cette position, à première e la plus formidable, qui cédera parce qu'elle est la 18 aisément battue par notre artillerie. A.rtillerie. — JNotre artillerie, en effet, fait pendant 5 journées une débauche de munitions; elle tire deux trois fois plus que l'artillerie allemande; les batteries it, en arrière de la ligne française, nombreuses à se ucher, et nos artilleurs sur ce terrain, où ils tirent s milliers d'obus et qu'ils finissent par connaître r cœur, sont des virtuoses. Les lignes allemandes, )Ourées d'obus, apparaissent de loin, pâles, crayeui et bouleversées comme des moraines. Chaque attae est précédée d'un tir sur la tranchée allemande 8 à 10 minutes. Les colonels affirment que chaque s que les hommes chargent avant la fin du tir, au que de se faire abîmer par les obus français, ils rivent sur la ligne allemande alors que les AUeinds y sont encore terrés.

Troupes. — Quant aux fantassins des 1" et IP Corps \rmée, ils sont de qualité supérieure. Le IP Corps înt de l'Ai'gonne ; il y a subi d'épouvantables batailles, nombreuses pertes. La guerre dans les bois y était rticulièreraent pénible; le matériel allemand en minwerfer était supérieur. En Argonne, les Allemands fus rongeaient; nos hommes y ont appris l'emploi des imbes et des pétards. Chaque soldat de l'Argonne a n acte de bravoure à raconter. Les effectifs sont •mplétés; les nouveaux venus dans ce Corps y res-

pirent une atmosphère d'héroïsme. Ils vont être su humains et perdre en chantant la moitié de leu effectifs.

Chefs. — Leurs colonels, Brion, Girard, Buffet, etc sont des hommes de guerre ; le divisionnaire, q mènera l'opération, le général Chrétien, fera Tadmir tion des agents de liaison par sa précision, sa méthoc et son sang-froid.

Le général Gérard fut d'une énergie farouche, ir pitoyable ; il sacrifia un jour le général Toulorge pan que sa brigade n'était pas en place à l'heure fixée poi l'attaque; le divisionnaire Bro parce qu'il doutait c succès. Un officier d'artillerie n'ayant pu porter i batterie sa pièce de 65 par-dessus boyaux et tranchée il le fît venir et lui tint ce langage : « Demain, la piè( sera en batterie ou vous serez fusillé. » Le lenderaa la pièce tirait. — C'est un chef adéquat à ses homme aussi volontaire qu'ils sont courageux.

Premières opérations. — Des opérations partiell entre ^50uain et Beauséjour ont eu lieu à la fin < décembre, puis ont été interrompues. C'est une pr mière faute, car elles n'ont été qu'un avertisseme pour l'ennemi d'avoir à se mieux fortifier.

Elles ont recommencé le i5 février par l'entrée < ligne du IP Corps qui de suite a attaqué. Le 22 f vrier, une division du II® Corps était mise en mouv ment à la disposition du général commandant P*" Corps ; elle attaqua. Mais, ce général ne faisa pas preuve de suffisamment d'énergie, fut relevé < ses fonctions de Chef de Corps, et le général Gérar qui croyait rester en arrière, était le 25 février bru quement appelé à conduire sur tout ce secteur 1 opérations du P*" et du IP Corps. L'ordre qui lui étî donné par la IV« Armée était de faire porter sa prin< pale attaque à sa gauche dans la direction dite d Deux-Mamelles et à sa droite dans la direction ( Fortin.

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TcCtique du général Gérard.— Le compte rendu et

cartes montrent que rapidement le général Gérard t que c'est au centre de sa ligne de bataille que la te peut céder. Dès le i"mars, il y nourrit principalent le combat. Si l'on regarde la carte, on voit que

tout le front du secteur, deux lignes allemandes ent enlevées et qu'au centre, au lieu dit cote 196, tes les tranchées allemandes furent prises. A diyer-

reprises les colonels, les généraux et le général i-ard lui-même, eurent la brusque impression que percée était faite, mais jamais on ne put en profiter te de troupes fraîches, de sorte que les Allemands •ent le temps de rameuter du monde et par des nchées hâtivement faites, ayant un caractère de tifications de campagne, de rapiécer leur ligne quelante.

La percée faite. — Seize mille Français, la moitié des îctits du l*^"- et du 11^ Corps, tombèrent dans ces opéions ; certains bataillons perdirent tous leurs offirs ; mais aussi bien les rapports des colonels que ce B j'ai vu moi-même dans les jours que j'ai passés a Cote 196, me permet d'affirmer que jamais le irai des troupes ne fut plus élevé que dans cet enfer ; st aussi que chaque jour était un nouveau succès, e tranchée prise, les 2*^ et 4" régiments de la Garde truits, des canons-revolvers et des mitrailleuses eues, du terrain conquis ; on sentait que la victoire sitait ; on vit le 128^ monter sous les balles, sur les rapets, rien que pour voir charger ses camarades du 3«. Ces hommes, qui se sont battus pendant i5 jours

suite, en étaient arrivés à un degré d'esprit de :rifice, à une exaltation dans la tranchée dont aucun )tne peut donner idée. Ils se battirent en condamnés mort. Grâce à eux, à leurs chefs, toutes les tranées allemandes furent enlevées.

Le G. Q. G. ne profite pas de la percée faite. — Pouroi n'a-t-on pu exploiter ce succès ?

Parce que le lo mars, sans raison militaire, fur changés le commandement, les troupes et Tartille:

Le général Grossetti, avec trois divisions du X Corps, remplace le P^ et le IP Corps épuisés. Il sa aux yeux que c'est une mauvaise condition pour \ attaque que de la faire conduire successivement, i5 février au lo mars, par trois généraux de secte Deligny, Gérard, Grossetti. Changement non sei ment de chef, mais d'état-major ; d'où chaque retard. Le général Gérard, le 26 février, avait c serve en ligne l'artillerie du I" Corps et n'avait intervenir que partiellement la «ienne. Enfin de n velles troupes, avec un nouvel état d'esprit, intervi nent ; elles ne se rendent compte que par les m< accumulés sur le terrain du progrès accompli : Ce s des Méridionaux, c'est une brigade marocaine, c le 170® régiment d'Épinal, bon élément, mais n'ay pas encore vu le feu. Ce n'est pas un combat que i se borne à nourrir de nouvelles troupes, c'est armée qui se substitue à une autre.

Le général Langle de Cary, commandant d'Arn est, paraît-il, désolé, mais c'est l'ordre du Grand Q\ tier Général. Quelles que soient les causes de ce cli gement, il eut pour résultat d'arrêter nos pro^ pendant 8 jours. On peut supposer que les Allema en ont profité pour se fortifier.

L'utilisation du succès local dans la guerre de ti chées par des réserves iraiches. — Le^peu de béné tiré de notre avance tient à une seconde cause d'oi plus général, comportant un problème qui semble n'a pas été suffisamment étudié par le G. Q. G. : l'util tion du succès dans la guerre de tranchées par des servets Jratches.

Depuis la bataille de la Marne, il semble que l'at tion ait été attirée uniquement sur les difficultés cj y avait à détruire les défenses accessoires et à occi les tranchées ennemies. Or, pour ne nous en tenir (

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bataille des Hurlus, la preuve est faite que l'on ut enlever les organisations défensives.

L'armée française sait maintenant monter merveiljsement ce genre d'attaque, grâce au 76 et au tir de uchage qu'il fait et que ne peut pas faire Tartillerie lemande.

Mais ce n'est là que la moitié du problème ; en effet, i peut établir que toute troupe qui attaque, perd en ►mmes un tiers au minimum, souvent la moitié, lelquefois les deux tiers de son effectif ; la perte en ficiers est naturellement plus forte.

Attaquer, c'est généralement parcourir en terrain icouvert un espace qui varie entre 5o et 200 mètres, est presque toujours se heurter à des flanquements j mitrailleuses et de canons-revolvers, et les Alleands sont passés maîtres dans Fart d'employer ces itils en caponnière. (Je note en passant que nom- *e de canons-revolvers sont encore inutilisés dans les >ssés de nos forts.)

Une troupe qui a perdu un tel effectif, même lorsl'elle occupe la tranchée ennemie, est virtuellement 3rs de combat. Une seconde vague d'assaillants, pour

dépasser et s'installer dans les tranchées plus avant, trouve les mêmes perles. Après ce sanglant effort, les jserves sont généralement épuisées. En effet les tran- [lées de départ, en tant que places d'armes, ne peuvent pntenir que peu de monde. U faut en outre y maintejr une troupe de garnison; si on veut faire venir des roupes de Tarrière, le débit des boyaux est si faible et i lent qu'on ne peut amener rapidement une masse 'hommes suffisante pour passer de la guerre de siège

la guerre de campagne.

Pénurie des troupes du Génie. — Comment résoure le problème? A priori il devrait y avoir au moins une ompagnie de génie par bataillon pour organiser les >oyaux en arrière, aménager les places d'armes, faire [ans un terrain crayeux comme celui de Champagne,

des caves, enterrer les fils téléphoniques. Le Comman dément ne dispose actuellement que de rares élément du génie. Ils sont à peine suffisants pour travailler e: première ligne, pour retourner les tranchées conquises: en faire de nouvelles, si bien qu'à la Cote 196 où à cer tains moments, dans un dédale de tranchées d 1 km. 5oo, se trouvaient, tant en troupes d'attaqu' qu'en troupes de garnison de tranchées, jusqu'à troi brigades, il n'y avait comme canal d'écoulement pou les blessés, les ravitaillements en vivres, en munitions en pétards, que deux boyaux sur une profondeur d 600 mètres.

Lorsqu'une action est ainsi montée, le quart de l'ef fectif, au moins, devrait être composé de troupes di génie.

De l'aménagement du terrain en arrière de l'orifici des boyaux de communication jusqu'aux lieux de can tonnement. — Amener des réserves de l'orifice de boyaux, qui commencent généralement à 2 kilomètres ei arrière de la ligne de feu, aux tranchées de premier ligne elles-mêmes, n'est que la moitié du problème de: réserves. Il faut mener, sans fatigue et sans efîort, dèi qu'elles sont à 4 kilomètres de la ligne de feu, les trou pes à leur cantonnement.

En arrière de la ligne de feu rien n'a été organisé de puis 6 mois. — Or, jamais terrain ne fut moins prépare par la nature que celui de Champagne. Quelques rares villages y sont épars, si bien que les troupes relevées devaient faire, après 10 jours de bataille, 20 kilomètres à pied pour aller se reposer une ou deux nuits dans ur cantonnement misérable, hâtivement élevé dans ur champ. Rien de plus douloureux que la relève; les honiniei s'en allant un à un, tombant sur le bord de la route, faisant 3 kilomètres à V heure, puis revenant 2 jours aprèi dans la fournaise.

Oui, quand le 11^ Corps a été engagé, les abris suffisants n'étaient pas préparés à Varrière. Pour alimenter

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[X Corps, serrés sur ces 2 kilomètres dejront, il n'y lit qu'une mauvaise route départementale défoncée, Decauville était inachevé, aucune piste n'était préparée ir les piétons. Si les Allemands avaient eu l'intelliice de battre constamment cette route unique, ils •aient interdit tout ravitaillement des deux Corps nbattants. Bref, le terrain n'était pas truqué. A cela peut répondre que le préparer eût été indiquer .re point d'attaque, mais est-ce que sur tout le front > principales armées ne devrait pas circuler un Dejville? Depuis 6 mois, le terrain ne devrail-il pas e aménagé?

En résumé, militairement l'affaire a été bien menée, lis elle n'avait pas été préparée.

\utant, parmi les troupes combattantes il y eut snergie et d'unité de vue, autant, en arrière, dans la îparation faite par la IV* Armée, dans la direction nnée par le G. Q.G., il y eut d'hésitation et de flolnent.

Éloignement des Postes de Commandement. — Cette erre de siège a une troisième conséquence. Le comt est mené par les chefs de section, tout au plus r des capitaines et parfois par des commandants. s impressions et les renseignements sont lents à se mmuniquer de la hgne de feu à l'arrière; les lignes éphoniques sont souvent coupées, Téloignement des )stes de Commandement, à tous les degrés, tend enre à ralentir la perception des occasions favorables. Des éléments ont crevé la ligne. Avant que tous les Liartiers Généraux, y compris ceux de l'Armée, en ient persuadés, il se passe pratiquement une demiurnée.

Le G. Q. G. absent du théâtre principal de combat. — r, il est arrivé au début de mars, que l'Armée n'aya n t le-même plus de troupes fraîches disponibles, il a llu aller jusqu'au G. Q. G. pour demander la perission d'engager une brigade : 2 jours de perdus, le

représentant du G. Q. G. n'étant malheureusem qu'un simple commandant n'ayant ni les pouvoirs, Tautorité nécessaires. J'estime que, ou bien le G. Q. est resté trop éloigné du théâtre des opérations, bien il n'a pas laissé assez d'autorité et de troupe son général d'Armée.

Enseignements à tirer. — En conclusion :

i*" La guerre de siège, adoptée par les Alleman n'a pour but que de leur permettre d'amener le réserves à temps sur le front menacé.

q!" Il est réconfortant de constater que le preiï problème que nous pose ce genre de guerre briser lignes ennemies, est résolu.

3° Amener les réserves à temps ; ce problème p être résolu ; peut-être y aurait-il intérêt à attirer ce point l'attention du G. Q. G. Même si leur sacril n'a servi qu'à mieux apprendre ali G. Q. G. le sec de la victoire, la mort des 20.000 Français tombés i. Hurlus n'aura pas été inutile; seulement, ce n'est] l'officier d'État-Major qui aura vaincu, c'est le civil S( la capote usée.

8 avril 1915.

M. le Président de la République

.près mûre réflexion, j'estime devoir attirer votre mtion sur le développement prochain des opérais entamées dans le nord de la Woëvre.

e vous avais, le 27 mars, signalé que le sol « fai- 5UX », propre à ce pays, serait une des grosses diffités de l'attaque.

jé 3o mars, faisant une reconnaissance à mes annnes tranchées de Riaville-Marcheville, je trouvai, non grand étonnement, le sol à demi asséché par 3 période de beau temps et de grand vent, ^ais depuis cette date le ciel lorrain ruisselle sans continuité. De Tobservatoire des Biussesonvoit des ncs d'eaux s'épandre par toute la plaine. Des blessés L été noyés. Il pleut, il pleut sans arrêt. Les tran- 6es surélevées sont des ruisseaux de boue. ;.a nouvelle artillerie amenée dans ce bourbier se règle à chaque coup. Les obus dans cette demi-boue it fougasse. Les brèches par le canon, dans les fils fer, sont mal faites ou pas faites.

Quant aux flanquements, que les Allemands disp sent merveilleusement et qui nous ont peut-être pi coûté que les fils de fer, la justesse de tir de polygon nécessaire pour les détruire, manque. On est obli| de mettre le 76, tout comme les grosses pièces, sur d plates-formes de troncs d'arbres.

Telles sont les conditions de temps et de terra dans lesquelles doit se faire l'attaque d'une organis tion, qui est, par la profondeur de son réseau de fi de fer, par la nature même du matériel employé, ( réalité la défense avancée de la place de Metz.

Les difficultés du terrain obligent à une plus gram concentration d'artillerie. On la concentre sur le fro: Maizeray-Marcheville.

Le 12 on pense pouvoir lancer l'infanterie. La qualité des troupes des P'' et II* Corps, l'énerg du général Gérard, me permettent d'espérer qu'on er lèvera les trois points attaqués. Mais après ?

Le Lon^eau est une nappe d'eau, défense naturelle impassable. Sans doute, on pourra, de Marchevilh mieux canonner la route de Jonville. Mais cet object « géographique » vaut-il la mort de milliers de si blimes soldats?

Vaut-il 60 canons éclatés ? Le but était « boucler 1 trouée de Saint-xMihiel ». L'inondation interdit un opération de cette envergure.

Il ne faut pas, par un succès incomplet, consacre la légitimité de l'inviolabilité des fronts.

Je crois donc devoir vous avertir, afin que vous ju giez s'il ne serait pas utile d'envoyer d'urgence u représentant autorisé du G. Q. G. (l'attaque se dé clenche à partir du 12 avril).

Qu'il vienne en parallèle 3, la tête sous les percutant elles jambes dans l'eau, regarder et juger.

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