‹ La guerre vue d'en bas et d'en hautChapitre 2 sur 94 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Pensive de Champagne (mars 1915). Oftensive générale de Woëvre (mars-avril 1915)(Èparges)

Nommé délégué au contrôle de la Commission de iArée en juillet 1916, il me fallut, à partir- de cette date, andonner r uniforme. Des officiers subalternes ne pouient, en effet, contrôler leurs supérieurs. Mon temps au front ne fut donc que d'une vingtaine de ois : six mois au commandement de la i""^ section de la compagnie du 166'' Régiment d'activé de Verdun (fêtais ors sous-lieutenant et en même temps sous-secrétaire État) ; six mois à l'E.-M. du 11^ Corps d'Armée et de la '« D. I; huit mois à la 1" Brigade coloniale et à la iO'^ Brigade (72« et 91' R. /.).

Tant d'autres combattants en ont vu et fait plus que

moi, que je ne me permettrais pas de publier de not relatives à cette époque si elles n'aidaient à comprend la politique ultérieure contenue dans mes rapports à Commission de V Armée.

La plupart des notes du présent chapitre ont été co nues des principaux ministres, ou même lues en Const des Ministres. Elles permettent de mesurer les difficuli que les députés, officiers de réserve, avaient à Jaire co naître la vérité à un gouvernement à qui l'accès de zone des armées était pratiquement interdit. Elles rapportent toutes, soit au terrain de Champagne [Mesn les-Hurlus, Cote 196), soit aux terrains de la Woëvre, l'est de Verdun, délimités par les villages de Marcl ville, de Riaville, de Champion, de Fresnes-en-Woëi et par les hauteurs des Éparges. Sur ces terrains eure lieu, d'octobre 19 lU à avril 1915, une série d'attaques q résument les procédés de guerre à cette époque.

13 octobre 191^.

M. le Président de la République

Xcusez-moi de vous apporter ici les impressions i chef de section. Étant vécues, peut-être ajoute- :-elles aux renseignements et rapports qui vous i fournis.

a maîtrise de l'air et la supériorité de l'artillerie : aux Allemands. Maîtrise de l'air, parce qu'ils ont ion d'artillerie. Dès qu'il paraît, l'artillerie française ait pour n'être pas décelée. Les troupes se terrent r ne pas être sous une rafale immédiate d'artillerie, avion est redoutable et démoralisant pour les ipes. Son action est efficace, parce qu'il est au- 5US des lignes françaises, protégé par le feu de la jse artillerie qu'il peut à tout instant déchaîner, oute la journée, toute la nuit, l'ennemi tire sur e, s'il ne voit rien. Dès qu'il aperçoit deux isolés, rrose tout alentour. Il en résulte que tandis que Allemands vaquent à leurs corvées, librement et

bruyamment à i.ooo ou 5oo mètres de nous da leurs fortifications, nos hommes vivent terrés. Cet 1 ver, nous ne pourrons pas tenir et dormir dans les v lages détruits; à l'abri de leur grosse artillerie, pourront cantonner.

Enfin, leur artillerie, infiniment plus nombreuse q la noire, gaspille les munitions, mais elle ménage les v humaines. Nous, nous économisons les munitions, nu nous gaspillons les vies.

L'artillerie française n'a aucune liaison avec l'infa terie. Jamais nous n'avons eu à transmettre un rens gnement. Les deux armes combattent séparémei que dis-je, parfois successivement. Avant-hier, j perdu la moitié de ma section. Quant tout a été fii l'artillerie française a donné. J'ai dû prêter ma cai à un chef de section de deux pièces de 120 qui n' avait plus.

Des observateurs, nous n'en avons pas. Les pièces 120 de Verdun n'ont pas un mètre de réseaux téléph niques avec elles !

Et pourtant quelle admirable matière ! De m hommes décimés, épuisés, malades, pas un murmur Un héroïsme tenace extraordinaire. Les officiers, lie tenants et capitaines, sont admirables de dévouemei décourage, de science de leur métier. Malheureuseme les officiers supérieurs, colonels et généraux, ne co naissent pas la troupe, s'en écartent trop, n'y envoie pas leurs officiers ; d'État-Major ; peut-être font-ils i peu de Kriegspiel loin de la réalité.

Je me résume : Donnez-nous, donnez-nous de l'art lerie lourde, abondante ; des munitions à gaspiller po Tartillerie de 76. Ce n'est plus l'infanterie qui est reine des batailles ^ c'est la mécanique.

Excusez-moi, Monsieur le Président, de résumer i des impressions sous lesquelles je pourrais mettre d noms, des dates, des batailles terribles et des vi gaspillées.

i ne me permets pas de juger des opérations d'enble, mais les vues tactiques les plus générales se rteront toujours à ce mur de fer, tant que la liaides armes ne sera pas assurée. J'ajoute que ces ressions sont celles que j'ai recueillies de tous les tenants, capitaines, commandants, des différents )s de troupe.

Page 1