‹ La guerre vue d'en bas et d'en hautChapitre 34 sur 94 · PERTES ALLEMANDES · texte numérisé non relu

PERTES ALLEMANDES

Si nous avons rencontré des difficultés à chiffrer approximativement les pertes françaises, à fortiori est-il délicat de chiffrer celles de Fennemi. Néanmoins, le Ministre de la Guerre, au Comité secret, l'a essayé.

Nous croyons donc devoir le tenter à notre tour.

Les Allemands ont publié des listes de pertes : quel est le degré de sincérité de ces hstes ?

Au cours de notre enquête, deux opinions se sont

TTiamfestées i

i« Les uns ne voient dans les listes de pertes allemandes, qu'un procédé audacieux de l'ennemi pour masquer la vérité ; .

20 Les autres, et non les moins nombreux, tiennent ces listes de pertes pour proches de la vérité.

Impartialement, nous allons exposer les deux thèses

et les discuter.

Première thèse : les listes, de pertes allemandes sont

• fausses

Cette thèse s'appuie, d'abord sur des renseignements de provenance secrète. Avant Verdun, le chancelier aurait dit en séance secrète de la Commission du Budget du Reichstag que les morts allemands seraient

au nombre de 1.200.000. C'est le même renseignemer que nous retrouvons dans une lettre que nous a adressé le Ministre de la Guerre au mois d'octobre de cett même année.

On a constaté dans un certain nombre de cas, de divergences très considérables entre les chiffres dor nés par les Allemands et les nôtres; ainsi, les liste allemandes ont indiqué à un certain moment, pour le io8% 110% i44« et i53« régiments, des chiffres de dis parus ou de prisonniers s'élevant respectivement 239, 48, 5 et 58 hommes. Or, le chiffre des prisonnier fait par nous de ces différents régiments s'élevait à 4o3 234, 94 et 196 hommes. Après publication de ces diver gences par des journaux neutres, les Allemands recti fièrent leurs listes et annoncèrent pour ces régiment 443, 234, 23i et 418 'hommes, nouveaux chiffres diffé rant de tous les précédents.

Dans d'autres cas les écarts furent beaucoup moin dies et il es Idifficile dans ces conditions d'établir m coefficient moyen permettant de rétablir, pour lei hstes allemandes, des chiffres à peu près exacts.

Nous avons demandé si des sondages n'avaient pas ete faits sur les listes publiées par les svndicats et sui les pertes connues dans les petites communes allemandes, comme elles le sont dans les petites communes françaises.

11 nous a été répondu que les travaux tentés dans cette voie n'avaient pas abouti à des résultats permettant des précisions quelconques.

Reste un troisième argument tendant à diminuer la valeur des publications des listes de pertes allemandes; on ait en effet remarquer qu'il y a une grande et constante décroissance dans les pertes signalées depuis le 1 novembre 1914 jusqu'à la fin de février 1915 D'autre part, la proportion des morts par maladies par rapport aux tués est trop faible. Enfin, le total des blesses par rapport aux tués est insuffisant, bien

u'il y ait eu accroissement pendant cette période. Mais ous faisons remarquer que cette décroissance se Dmpte également pour les armées françaises et qu'au jrplus si cette période est une période de grandes atailles sur les deux fronts, c'est aussi une période où artillerie française était dans l'état de crise d'impuisance que l'on sait, après la bataille de la Marne.

Nous avons fidèlement rapporté les trois arguments ,ar lesquels on représente les listes allemandes comme ans valeur documentaire.

Deuxième thèse: les verlustlisten{i) sont dans 1 ordre le grandeur de la vérité, à loo, 200.000 hommes près, loit à 1/10 ou 1/20 près. ^

Au cours de notre enquête, plusieurs officiers et non les moins renseignés, nous ont dit que les listes de )ertes allemandes n'étaient pas éloignées de la vérité, ïu'en tout cas elles représentaient un ordre de granleur qu'on pouvait tenir pour exact.

Voyons donc les chiffres donnés par l'ennemi; com- 3arons-les à nos propres pertes et apprécions.

Le chiffre des pertes allemandes en août dernier était de 879.976 tués, /;59.ooo disparus dont 260.000 prisonniers ('i5o.ooo prisonniers en France, 36.ooo prisonniers en Angleterre, le reste fait prisonmer par les Italiens et les Russes).

879.000 tués + 459000 disparus — 260.000 prisonniers = 1.078.000 tués ou disparus présumés

morts. , .«.

Supposons exact ce chiffre et comparons-le au chitlre de pertes françaises de 787.000 morts au 1" juil et : 1.078.000 — 787.000 = 291.000 tués de plus pour 1 armée allemande que pour l'armée française aux mois de juillet et août 1916.

Prenons un ordre de grandeur pour chacun de ces chiffres : l'armée française a perdu 800.000 hommes au

(1) Listes de pertes.

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