‹ La guerre vue d'en bas et d'en hautChapitre 35 sur 94 · P CD · texte numérisé non relu

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" juillet, l'armée allemande aurait perdu i.ioo.ooo, loraraes soit 3oo.ooode plus que nous.

Quelle a été la source principale des pertes alle-

nandes? . ,, . r »

De l'avis de tous : le front français. Mais sur ce front nême, pouvons-nous raisonnablement supposer .que 'usure allemande ait été supérieure à lusure française? sjon. Et cela pour deux raisons : raison matériel et rai ion tactique.

Le matériel allemand a été dans cette guerre de nécanique constamment supérieur au nôtre jusqu'à la bataille de la Somme, dont les pertes pour les deux irmées ne sont pas comprises dans la présente comparaison. , .

Supériorité d'artillerie en munitions et supériorité BU canons pendant près de deux ans. L'Allemagne avait des canons longs qui fouillaient nos cantonnements, elle avait surtout des canons à tir courbe qui allaient chercher dans les ravins nos cuisines et nos postes de ravitaillement, nos places d'armes et qui fouillaient tous les replis du sol, tandis que notre 76 n^avait qu un tir tendu. Comment pouvons-nous supposer que cette supériorité d'artillerie, pendant deux années de guerre, quelles qu'en aient été les péripéties réciproques, ne se soit pas marquée par une usure plus grande de l'armée

française?

Même constatation pour les canons de tranchées. Les Allemands les ont eus avant nous, ils les ont eus plus abondants. Quiconque a vécu dans certains secteurs la vie de première ligne sait combien, au jour le jour, par régiment, par compagnie, les engins de tranchées nous ont fait de mal avant que nous ayons eu l'équivalent en matériel et l'équivalent en munitions pour leur répondre. Sommes-nous, même à Iheure qu'il est, certains d'avoir sur ce point la supériorité ou l'équivalence?

Les Allemands ont eu avant nous les armes de tranchées, grenades de toute nature. Chacun se souvient

par quels moyens de fortune les Corps d'Armée et k Armées ont, pendant des mois et des mois, résisté cette supériorité matérielle des Allemands. Croit-o qu'il n'y ait pas eu, là encore, une source de pertes plu grande chez nous que chez eux ?

Enfin, supériorité des appareils de visée sur leui mitrailleuses. Les Allemands avaient des appareils d visée de tout premier ordre. L'optique était très déve loppée chez eux; c'était une industrie nationale. Con: bien sont morts dans la tranchée, frappés d'une bail au front !

Supériorité tactique. — Dès le début de la guerre d tranchée, les Allemands ont mis peu d'hommes en pre mière ligne. Pendant combien de mois et de mois avons-nous été au coude à coude et de quand daten les premières circulaires qui recommandaient de dimi nuer les hommes dans les premières lignes où les perte étaient lourdes ?

Les abris. — Quel combattant ne contera pas com ment les Allemands ont fait des abris bien avant qu( nous en fassions? La théorie des abris est encore au jourd'hui si peu entrée dans la mentalité du Hau Commandement, que dans la VIPArmée, nousl'avons ei votre nom constaté, on donne l'ordre de boucher le! abris de première ligne. Sur ce point, au cours de no; enquêtes, nous avons senti fréquemment l'oppositior latente entre l'expérience de tous les hommes qui son en dessous du grade de colonel et l'état d'esprit d'une partie du Haut Commandement.

Avons-nous besoin de mentionner les folles attaques sur les fils de fer intacts, répétées sur tous les fronts de l'armée? Elles courent les cagnas, les histoires d'officiers se faisant tuer les premiers pour empêcher une attaque inutile ou frappés pour s'être refusés à une attaque inutile.

Pendant 18 mois l'armée a été ainsi organisée que tout chef qui se refusait à faire des attaques sur fils de fer

ritacts était frappé. Ce n'est pas la responsabilité le tel ou tel individu qui est engagée, c'est une docrine qui, jusqu'à la bataille de la Somme, organisait armée de telle façon qu'on jugeait le cran des généaux aux demandes de renforts qu'ils faisaient. Ces fffensives partielles de corps d'armée, de division, de égiment, de bataillon et même de compagnie ou de ection, nous avons dit un jour qu'elles avaient coûté 00.000 hommes de pertes inutiles à notre pays : hélas! tous croyons maintenant qu'elles nous ont coûté davanage. Croit-on donc qu'elles ne se soient pas traduites lussi par un accroissement de nos pertes par rapport à celles de l'ennemi et comment alors pourrait-on railonnablement soutenir que, tandis que nous perdions ^00.000 hommes sur notre front, les Allemands qui ivaient la supériorité de la mécanique, canons, minenverfer, munitions, grenades, appareils de visée; qui ivaient la supériorité tactique, abris : tandis que nous ivions l'infériorité tactique que je viens de dire et qui îst aujourd'hui de notoriété publique, comment peut-on îoutenir que les Allemands aient fait autant de pertes jue nous? Ils en ont fait moins, et s'ils en avaient fait mtant, ils se trouveraient avoir perdu , devant les Russes ît devant les Anglais, 3oo ooo ou 5oo.ooo hommes. Vlais les Anglais même jusqu'à la bataille de la Somme, juels moyens mécaniques avaient-ils ? Et les Russes, mtre le miheu du mois de février 1916 et aujourd'hui, juels moyens techniques avaient-ils ?

Les chiffres de pertes, français et allemands sont donc :,rès voisins.

IRRECUPERABLES

Comparaison des irrécupérables de l'armée française ( de l'armée allemande. — A notre sens, il est impossib) de comparer les irrécupérables des deux armées frai çaise et allemande. Il est à cela une raison : le term « réformé » n'a pas le même sens dans l'armée allemand que dans l'armée française. L'armée allemande ne coi naît pas ou connaît peu le réformé; elle emploie chacu selon sa diminution d'activité.

Dans la vie civile française, le réfornaé trouve de emplois de nature spéciale qui conviennent à son act vite diminuée, il en est de même dans l'armée alh mande.

On nous a cité le cas de sourds-muets employés dar l'artillerie lourde et de bossus dans les automobiles.

Mais en France, le Gouvernement ne songe-t-il pa à nous proposer pour le service auxiliaire et même pot le service armé une revision des réformés ?

On le voit, Tépithète « irrécupérable » n'a donc pas d précision. Néanmoins, comme il est d'usage de s'e préoccuper pour calculer l'usure, nous appliquerons Tarmée allemande la proportion des irrécupérables ps l'armée française soit 60 p. 100, proportion favorabh puisque chacun sait que le Service de Santé alleman n'a pas subi pendant la première partie de la eampagu les à-coups qu'a subis notre Service de Santé. Les All( mands avouent 1.100.000 tués. Admettons qu'ils diss mulent un vingtième de leurs pertes ou qu'ils avouer leurs pertes avec un retard tel qu'il équivaut àun vin^ tième, cela nous donne i.3oo.ooo tués plus 60 p. 10 d'irrécupérables, soit 780.000, ce qui donne en chiffre ronds 2.100.000 tués et irrécupérables auxquels il fai ajouter Soo.ooo prisonniers, soit 2.400.000 hommes d pertes définitives. 1

Nous pouvons donc admettre que les perles défîni- '^es de l'armée allemande évoluent de 2.400.000 à 300.000 hommes.

Mais ici nous sommes en conflit absolu avec les iflres des pertes allemandes de 3.o4o.ooo hommes squ'ilsnousont étéremisparle 2'bureau duG. Q. G. ns le tableau ci-joint.

Au G. Q. G., le 7 octobre 1918.

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