L AMALGAME
L'amalgame avait été pendant l'hiver dernier l'objet d'études du général Gallieni, Ministre de la Guerre.
Des échanges de vues s'étaient même produits entre lui et Lord Kitchener. Depuis la mort du général Gallieni la question semble n'avoir pas été posée.
Le i^'" octobre 1916 elle fut reprise dans la presse, sous la signature de Polybe et elle donna lieu à une polémique courtoise entre le Figaro et le colonel Repington dans le Times du 11 octobre 1916.
Nous n'avons pas pu savoir dans quelle mesure avait été étudiée la question.
Les objections faites à cette mesure sont de trois ordres.
Le G. Q. G. semblerait redouter que le spectacle
U2 LA GUERRE VUE d'eN BAS ET d'eN HAUT
d'une armée plus confortable n'affaiblisse le moral de nos soldats.
On objecte en outre les difficultés de ravitaillement : vivres différents, armements divers. L'objection ne semble pas très forte, nous avons déjà plus d'une trentaine de types d'obus; nous avons des divisions coloniales qui ont une nourriture spéciale. La souplesse de nos régulatrices est infinie.
Si l'amalgame se faisait par divisions, il n'y aurait aucune difficulté de ravitaillement telle qu'il fallût renoncer aux avantages de cette mesure.
Reste une troisième objection : le Commandement. Il se ramène surtout à une question d'amour-propre. Les Anglais consentiraient- ils à accepter la direction d'un Général en Chef français ?
Au Gouvernement de répondre.
L'amalgame eût été possible s'il avait été demandé à temps, lorsque les Anglais n'avaient que quelques divisions sur le front français. Il est peu probable, si nous en jugeons par l'article du colonel Repington, que nous puissions l'obtenir maintenant. En ceci, comme en toute chose, il est peut-être trop tard.
Ce qui serait en tout cas désirable, c'est que le front franco-anglais ne soit pas artificiellement séparé du front français et du front anglais.
Il y a intérêt à ce que l'organisation du front soit faite avec le plus d'unité possible si nous voulons ménager des elfets de surprise. Il y a donc intérêt à ce que le Commandement français garde autorité sur des fractions de front intercalées parmi des fractions du front occupées par nos alliés.
' CONCI.USIOxNS
Nous prions la Commission de croire que le long exposé que nous venons d'achever ne procède d'aucune idée préconçue.
Nous avons mis successivement en relief nos raisons espérer, nos raisons de veiller.
La guerre d'usure n a pas été menée. Elle n'a pas été îglée. Elle n'a pas été conduite. Pourtant, qui dit Pierre de coalition dit, Vhistoire t enseigne, guerre d'ejictifs. Mais comment mener une guerre d'efi'ectifs si > Gouvernement n'a pas constamment sous les yeux I tableau des pertes de chaque action, le tableau des ertes par Armée. Or, il ne l'a pas. Il ne l'a jamais eu.
J'affirme que jamais le Gouvernement ne s'est claiîment rendu compte que sa politique, peu à peu, lisait la France exsangue.
Grave constatation pour l'avenir d'après la guerre, rave constatation pour l'heure du traité de paix.
Car Vhistoire enseigne que les nations sont, aux heures ?s grands traités de paix jugées, non sur les services mdus, mais sur les forces présentes et il est à craindre le le jour de la paix, exsangue et sans force, la France irce qu'elle na pas eu de politique d'effectifs soit la pamte pauvre du traité de paix.
Grave constatation pour le présent de guerre.
Elle impose un devoir étroit à la Chambre et au ouvernement : celui de diminuer dans la plus large roportion possible l'efTort français.
Nous vous demandons d'abord d'obtenir de nos ►yaux alliés un supplément d'efïbrts tel qu'il permette
relève successive, pendant le laps de temps suffisant Dur que le chef et le soldat puissent se refaire cet iver, de la totalité des divisions d'activé, de réserve et B territoriale.
Nul n'a plus d'admiration que moi pour TefTort xompli par la grande démocratie voisine.
Mais nous avons le droit de rappeler au Gouvernelent qu'il est de nos régiments qui n'ont pas dormi ors de la portée des canons depuis 28 mois.
Dans l'intérêt de la bonne conduite de la guerre lême, il faut, pour la future bataille, que toutes les
divisions de l'arniée française prennent le large repc qu'elles ont mérité. Dans l'intérêt de lavenir du pay; il importe que l'effort de la France en effectifs so réduit de moitié.
C'est pourquoi, Messieurs, nous vous proposons d voter les conclusions suivantes :
La Commission de l'Armée :
1° Attire l'attention du Gouvernement sur l'intéré qu'il y aurait à faire aboutir, dans le plus bref délai, ] travail des statistiques sur les pertes ;
2° Constate que la guerre d'usure a été menée d telle façon que l'année 1917 ouvrira pour la France ue crise d'effectifs telle que, quels que soient les pallij lifs employés pour la masquer de mois en mois, eli aboutira fatalement, au plus tard au mois d'oclobr de l'année 1917, à une o-rave diminution de la fore française ;
^ 3« Dans ces conditions la Commission invite 1 Gouvernement à faire en sorte qu'au point de vue de effectifs, l'effort français soit réduit dans la plus larg proportion et remplacé par l'effort des alliés;
4° Invite le Gouvernement à tenir la Commission a courant du résultat des négociations engagées à ce effet.
3i mai 1911.
RAPPORT
de M . Abel Ferry,
Sur les effectifs français coloniaux et interalliés
TRANSMIS A l'uNANIMITÉ PAR LA COMMISSION DE l' ARMÉE
ET SUIVI d'une résolution
PRISE A l'unanimité DES MEMBRES PRÉSENTS
. — Préambule.
. — Effectifs français :
a) Usure ;
6) Besoins;
c) Ressources;
d) Infanterie ;
e) Conclusions.
I. ^ Colonies : 1° Indo-Chine; Afrique; Madagascar, a) Effectifs maintenus aux colonies ; 6) Ressources fournies par les colonies;
c) Ressources escomptées de ces colonies ;
d) Conclusions.
2* Afrique du Nord.
a) Effectifs maintenus dans l'Afrique du Nord ;
6) Ressources fournies par l'Afrique du Nord ;
c) Envoi de trois D. I. marocaines au début de la guerre sur l'ordre du Gouvernement central ;
d) Politique actuelle du Gouvernement au Maroc.