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BATAILLE DE LA SOMME

Usure des réserves allemandes. — Le 6 décembre 191 S il avait été, dans une conférence entre les E.-M. alliéj convenu que « l'usure des forces ennemies incombe rail en 1916 aux alliés de la France ».

Le G. Q. G. français prévoyait une « offensive gén^ raie de tous les alliés ».

Il donnait pour mission à l'armée britannique «de re chercher, plusieurs mois avant l'offensive générale l'usure des forces allemandes par des offensives large et puissantes, de même que l'armée française l'avai fait au cours de l'année 1916 ». (Lettre du général Joffr au général Douglas Haig du 28 janvier 1916.)

A cette suggestion, le général Douglas Haig répon qu'il ne veut commencer a les batailles d'usure » qi lui sont demandées que 10 à iU jours avant le décler chement de r offensive générale, « sinon les Allemands ai raient le temps de combler leurs vides par des prél^ vements sur leurs dépôts, de réorganiser et de rééquipe leurs réserves avant l'offensive. » (1*' février.)

Le prétexte est peut-être bon, mais il contraste sir gulièrement avec la guerre d'usure que pendant deu ans nous avons menée. La guerre d'usure était un conception en soi déjà critiquable, mais faite poui 1

'ance seule sans le concours des Anglais, elle étaitvaine. Comment en 191 5 ra-t-on entreprise sans s'être asré d'une communauté préalable de vue et de résolu- )ns avec nos alliés ?

C'est là, nous ne cesserons de le répéter, le drame de guerre.

Pour pallier son refus, le général Douglas Haig fait te proposition que, dans d'autres temps, nous eussions i qualifier pleine d'humour: il propose de « substituer X grandes offensives générales, des raids dans les inclîées ennemies... et des prises de saillants de tranées, » c'est-à-dire des combats de patrouilles à de andes batailles.

Le G. Q. G., il faut l'en louer, ne se tient pas pour ttu; il répond le 6 février avec bon sens « que des coups mains ne peuvent entrer en ligne, quand il s'agit obliger l'adversaire à dépenser un grand nombre de valsions en réserves »... que clans ces conditions il faut réunir en une nouvelle conférence.

Ainsi le refus des Anglais de se conformer à la tac- [ue dite de grignotage, longtemps et vainement ivie par le G. Q. G. français, remettait en question Lit le plan des alliés.

On décide donc d'une nouvelle réunion des généraux chef : Joffre, Douglas Haig et Robertson. Cette réu- 3n eut lieu le i4 février 1916.

Dans une note préparatoire du 10 février 1916, le gérai Douglas Haig maintient son opinion « que lesat- ^ues préparatoires doivent précéder immédiatement ffensive générale ». Il appuie cette opinion sur le fait e les Allemands ont un million d'hommes dans les pots de l'intérieur et 4^.000 hommes dans les dépôts Belgique et de France.

Alabasede ce conflit, ily a, semble-t-il, une divergence tre les bureaux de renseignements sur les réserves emandes. Hélas ! nous croyons que le G. Q. G. anglais lit plus près de la vérité que le G. Q. G. français.

Le général Douglas Haig eut gain de cause. On ne parla plus de l'usure des réserves allemandes par des offensives préalables de plusieurs mois.

Relève de la X*^ Armée devant Arras. — Par contre, le G. Q. G. profita de la réunion pour renouveler une requête du 28 janvier et demander au général Douglas Haig la relève de laX® Armée française par les troupes anglaises. Cette X^ Aimée se trouvait sur un front de 26 kilomètres, de Wailly à la voieferréeLens-Béthune, au nord et au sud dArras. Son front « défensif » correspondait alors à 5 divisions d'infanterie active et à 2 D. I. territoriale.

« Il est juste, disait une note remise aux deux généraux en chef de l'armée anglaise, que les forces britanniques, qui croissent sans cesse en nombre et en valeur, participent d'une façon plus large à la défense du front (10 février). «

Cette demande de relève était d'autant plus modérée qu'en vue de batailles envisagées d'ores et déjà sur la Somme, nous prévoyions, au nord de cette rivière, la relève de 10 kilomètres de front anglais par des troupes françaises, ce qui réduisait à 16 kilomètres l'extension du front anglais.

Le texte relatant la conclusion delà conversation tenue entre le général Joffre et le général Douglas Haig, le i4 février à 10 heures, semble laisser croire que le G. Q. G., sur ce point du moins, a obtenu satisfaction. Il le notifie au général Douglas Haig.

Mais il doit y avoir eu malentendu ou regret du maréchal anglais de son acceptation, car celui-ci revient le 20 février 1916 sur sa décision : « La relève de votre IX*' C. A. dit-il, est beaucoup plus délicate. Comme je vous l'ai expliqué à la conférence, en raison de l'organisation très récente de plusieurs de mes divisions, mes réserves sont actuellement trop peu nombreuses pour m'autoriser à prendre, même une partie du front de votre X® Armée. Quand j'ai accepté le

principe de la relève progressive de voire X® Armée aussitôt que mes troupes seraient en état de le faire, vous vous souvenez que je n'étais pas à même de vous laisser entrevoir, avant un certain temps, la réalisation de ce projet, fai parlé de V hiver prochain. »

La lettre du Général en Chef anglais est du 20 février, l'attaque allemande sur Verdun se déclenche le 21. Elle crée une situation nouvelle. Dès le 22 février, le général Joffre en profite pour demander larelèvede la X^ Armée au nord et au sud d'Arras. Il écrit tout à la fois à Sir Douglas Haig et au général Robertson à Londres. Pour la première fois sa lettre contient des appréciations précises touchant l'usure de l'armée française.

« Il paraît probable que les Allemands vont tenter cet effort décisif contre le front tenu par les troupes françaises dont ils connaissent la faible densité relative et dont ils savent que les ressources d'hommes sont très limitées (22 février). »

Parlant de la relève de la X^ Armée il ajoute : (( Cette opération était jusqu'ici principalement motivée par ce fait que les armées françaises subissent, sur leur front démesurément étendu, une usure journalière qui est hors de propoj-tion avec leurs ressources en hommes. »

Les télégrammes du Généralissime français se multiplient dans les journées du 22 et 23.

Le général Robertson, chef d'État-Major de l'Empire à Londres, apparaît comme favorable à la relève de la X^ Armée mais de suite il fait une réserve. Pour la bien comprendre, il faut se rappeler que le maintien des alliés à Salonique a été, un an auparavant, imposé àLondres par un télégramme de M. Briand, de forme impérative et inaccoutumée. Les Anglais n'ont jamais été à Salonique qu'à leur corps défendant. Les 400.000 hommes immobilisés, sans contre-partie suffisante sur le front de Salonique, pèsent sur la situation générale des effectifs alliés.

Le général Robertson le rappelle en ces termes : « Gomme vous le savez, diUil, j'ai toujours été d'avis que pour nous, le front occidental est le principal théâtre des opérations... C'est pour ce motif que j'a; toujours soutenu et que je soutiens encore que nos 10 D. ï. actuellement à Salonique ne trouveront pas de meilleur emploi et c'est pourquoi je compte que vous m'aiderez à demander le rappel d'une partie ôe ces forces en France. »

Le 25, le Général Douglas Haig commence un mouvement de relève. Le G. Q. G. presse, insiste; troif télégrammes dans ce sens partent le 26 février. Les Allemands dégarnissent le front anglais. Le général Joffre a besoin de réserves fraîches. Le général Douglas Haig se dérobera-t-il ?

Non. Il consent.

Et le 3 mars, Joffre reconnaît « la promptitude que les Anglais mettent à relever la X** Armée ».

Ainsi cette relève, que le 20 février les Anglais déclaraient ne pas pouvoir faire avant l'hiver, ils l'ont réalisée sous le coup de la nécessité le 3 mars. Il s'agit aujourd'hui de mettre lÉ.-M. anglais devant la même nécessité morale.

Pour moi, la situation morale de notre armée est pour la sécurité du pays, aussi grave actuellement que l'était sa situation militaire en février 1916.

Conception de la bataille de la Somme. — Cependant que conlmue la terrible bataille de Verdun, sur le front de laquelle 5o divisions ont déjà passé, le G. Q. ti. poursuit son plan d'offensive de décembre xgiS. Il prépare la bataille de la Somme. Ses lettres et instructions précisent le caractère qu'il entend lui donner. C'est une bataille d'usure, rien de plus.

Le 8 avril, le général Joffre expose le plan de la future bataille de la Somme : « Notre intention, dit-il, doit être de battre l'ennemi en cherchant à rompre son front d'Hébuterne à Lassigny, d'exploiter ce succès. »

« Les grandes offensives de 1916 nous ont démontré :

« 1° Que la bataille doit être conduite par efforts successifs ;

(( 2" Que chaque série d'efforts doit être déterminée par avance dans l'espace ;

« 3» Que toutes les grandes unités engagées en première ligne doivent recevoir des objectifs bien définis

(i4 avril). »

a La désagrégation des lignes ennemies se poursuivra de proche en proche par pression simultanée sur le front et sur les plans de ses organisations défensives. »

« La rupture ne sera opérée que le jour où la brèche sera suffisamment large et profonde pour ne pouvoir plus être aveuglée par l'ennemi, faute de forces aptes à combattre, et où il nous restera des disponibilités suffisantes pour poursuivre notre progression. » (Instructions communes au général Douglas Haig et au général Foch.)

Bataille d'usure, bataille de réserves, bataille d'effectifs rien de moins, rien de plus. La conception est courte. Si du moins elle était fondée sur des renseignements précis touchant l'usure de l'armée allemande, eUe pourrait se justifier. Nous avons, dans nos rapports de décembre, édifié la Commission sur l'ignorance où était notre G. Q. G. des ressources en hommes de l'ennemi.

De la surprise, il n'est pas question. De l'organisation du front, pas davantage.

Les documents officiels confirment le reproche si souvent formulé au sein de la Commission ou à la tribune de la Chambre : la guerre faite de 3 mois en 3 mois.

Date de l'attaque. — Mais il faut reconnaître, au travers des péripéties de l'offensive allemande sur Verdun et malgré les hésitations, les restrictions du G. Q. G. anglais, la ténacité du Général en Chef français. L'assaut d'infanterie de la bataille de la Somme

eut lieu le i«' juillet. Or, la conférence du i4 février igi6, une semaine avant l'attaque allemande sur Verdun, avait fixé l'assaut d'infanterie de la bataille de la Somme à cette date même.

Demandes d'effectifs et de concours adressées à nos alliés. — La question des attaques préliminaires ne se pose plus. L'attaque allemande sur Verdun a usé les réserves allemandes. Le général Joffre le constate et demande en conséquence que la totalité des forces anglaises s'engage dans la future bataille : « Je me rends compte, ajoute-t-il, de Tinlensité et de l'ampleur de l'effort que j'attends des armées anglaises, mais en cette phase critique, la France est en droit d'attendre que ses alliés ne marchandent pas plus qu'elle-même sur les sacrifices nécessaires (8 avril). »

Le général Joffre demande à Londres à l'État-Major Impérial une douzaine de divisions d'Egypte et d'Angleterre

Au général Douglas Haig, il demande de mettre en ligne 25 divisions d'infanterie. Celui-ci discute, cherche à les réduire à 22.

Deux jours après le général Joffre insiste à nouveau. Le général Douglas Haig tient à garder avec un grand nombre d'hommes son front défensif. Le prétexte est : la crainte d'être percé. La raison profonde est : les habitudes que l'armée anglaise a transportées de chez elle sur le continent.

Il ressort de mes calculs rétrospectifs que l'armée anglaise voulait, à cette date, tenir les parties défensives de son front avec une division de 18.000 hommes tous les 4 kilomètres au minimum.

C'est un luxe d'effectifs que, sur tous leurs fronts, la France et l'Allemagne ne connaissent pas (1).

* (1) A la date du mois d'avril, le front anglais était de 138 kilomètres. 11 devait être réduit d'une dizaine de kilomètres, le front d'atta(iue anglais devait donc être de 100 kilomètres. L'armée anglaise avait, au mois d'avril 1915, 45 divisions sur

Vers le mois de mai le général Robertson puis le général Douglas Haig cherchent à retarder l'offensive jusqu'au mois d^août. Le mot d'ordre vient-il de Lord Kitchener? Je ne sais. Mais le général Joffre tient bon, insiste le i4 mai, provoque le 27 mai une conférence du général Robertson, du général Douglas Haig et du général de Castelnau et fait confirmer au 1" juillet la date de l'offensive.

Subordination du général Douglas Haig. — bi le général en Chef de 1 armée anglaise hésite et tergiverse chaque fois qu'il s'agit, soit d'étendre son front, soil d'attaquer, par contre il accepte après discussion les plans du général Joffre.

Le plan adopté, ce sont les mêmes instructions que le Général en Chef français adresse au général Foch et au général Douglas Haig, comme si l'un et 1 autre étaient des commandants de groupes d'armées de la même armée. .

Mais à l'occasion, le général Douglas Haig rappelle qu'il est un égal parlant à un égal. Vers le mois d'octobre, comme le général Joffre insiste pour que l'offensive « ne se ralentisse pas et ne s'arrête pas », le général Douglas Haig répond par retour du courrier, une lettre raide, qui fixe mieux que tout papier la prétendue subordination des armées anglaises aux armées

françaises

« Votre lettre indique que vous avez l'impression que je perds du temps sans nécessité, que l'envergure de nos attaques est en train d'être réduite... Aucune de ces interprétations n'est justifiée...

a Maisje dois vous rappeler qu'ilm'apparlient d'apprécier ce que je peux entreprendre et le moment où je peux le faire. »

notre front, dont il faut soustraire 22 divisions destinées à l'offensive, il reste donc 23 divisions pour un front d'un peu plus de 100 kilomètres, soit une division tous les 4 kilomètres. A. h.

Avec bon sens le général Joffre se le tient pour dit et ne répond pas.

C'est le moment où, dans notre Commission le Président du Conseil M. Briand, nous donne 'comme raison du maintien du Généralissime sa valeur fiduciaire.

Cette lettre trace les limites de l'autorité qu'il avait. ^

Lord Kitchener est mort : un ministre de la Guerre à larges vues, Lloyd George, la remplacé au ministère de la Guerre.

Un vent d'enthousiasme s'élève. Le 3o juin, à la veille de l'offensive, le général Robertson, chef d'Etat- Major Général de tout l'Empire, écrit au général Joffre une lettre d'un tour personnel, amical, confiant etpresque joyeux: les succès russes en Bukovine, l'échec de Verdun, l'arrêt de l'offensive autrichienne en Italie, la prochaine attaque de la Somme, illuminent sa lettre. « En considérant la situation, écrit-il, nous tomberons d'accord, vous et moi, que nous ne voudrions pas être à la place de Falkenhayn. »

Mais le i^^ juin l'armée anglaise attaque sur des mitrailleuses non détruites et le général Robertson reconnaît que le « plan primitif n'a pas réussi du côté des Anglais (7 juin) n.

Continuation de la bataille. — Le général Joffre veut continuer. C'est l'ollénsive sans fin qui persiste. Il se félicite de « son caractère de continuité et de durée prolongée; on attaquera le 3o août ».

Ce qui frappe dans ses télégrammes, c'est qu'évidemment le général Joffre n'envisage la victoire que par l'usure de l'ennemi. Pourquoi avoir mené la guerre d'usure de telle façon qu'elle se fait contre nous?

Et voici qu'il propose au début de novembre au général Douglas Haig « une offensive d'hiver »; le terrain qu'il choisit n'a rien d'inédit, c'est le même: d'Arras à l'Oise.

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