‹ La guerre vue d'en bas et d'en hautChapitre 66 sur 94 · LIAISON PENDANT L ATTAQUE · texte numérisé non relu

LIAISON PENDANT L ATTAQUE

Il ressort des déclarations de la plupart des colonels et commandants que pendant la progression la seule liaison possible est l'avion.

Dans un régiment, les projecteurs n'ont rien donné : 9 sur 12 ont été détruits, les autres n*ont pu être en liaison.

La T. S. F. n'a pu être établie pendant la marche.

Le téléphone déroulé a été coupé.

Les coureurs seuls ont pu, avec la lenteur inhérente à ce mode de transmission, renseigner l'artillerie.

Les feux de bengale n'ont servi qu'à renseigner l'aviation allemande.

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En effet, l'avion de commandement d^e cette aviation avait été abattu à H. plus i par un avion allemand. Celui-ci s'était mis à renseigner rennemi sur la marche de notre infanterie, à régler le tir de l'artillerie allemande, à mitrailler les fantassins.

Mômes déclarations des généraux de division de 2 divisions voisines de ce régiment. Mêmes déclarations dans deux autres Corps d'Armée.

Mêmes déclarations des officiers d'un bataillon de chasseurs à pied qui a été constamment survolé pai^ un avion allemand à 2 ou 3go mètres. Cet avion a tué un chef de section et un sergent.

Au surplus, certaines parties du champ de bataille sont impressionnantes par le nombre d'avions français gisant dans nos lignes.

Celui qui n'a pas été survolé par un avion ennemi pendant une attaque, ne peut pas mesurer le malaise moral que cette vue fait éprouver à la lîroupe d'infanterie. Le malaise était ici aggravé par le fait que, depuis plusieurs mois, la troupe avait fait de nombreuses expériences de liaison avec de l'aviation et le poilu, partant à l'attaque, était persuadé qu'il ne serait survolé que par des avions amis.

artillerie

Impression des exécutants. — Elle est unanime :: l'arti'llerie française n"a pas dominé l'artillerie allemande.

Déclarations d'un colonel d'infanterie : « Dès le i5,. le marmitage rappelait Saillisel et Verdun, et répondait coup pour coup. »

Déclarations d'un chef de bataillon de corps : « La veille de l'attaque, dans l'observatoire de Roucy, on avait l'impression, non pas d'une préparation d'attaque, mais d'un secteur un peu agité. Le village de

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Juviiicourt sur la seconde position allemande ne recevait qu'un obus toutes les minutes. »

Préparation d'artillerie insuffisante, sauf sur la i'^ ligne où TA. T .( i) a tout détruit. (Journal de marche d'une grande unité.)

<( La préparation est bien inférieure à celle de Champagne de septembre 1915. Pour le secteur de l'unité, la densité de rartillerie*^ était trop grêle pour le front à battre, mêra.e si le temps n'avait pas diminué l'effica' cité du tir et n'avait pas faussé ou retardé les réglages. Les bois n'ont pas été détruits, faute de i55. » (Rapport d'une grande unité. 1

Copie d'un journal de marche d'une autre grande

unité:

« La préparation a traîné en longueur. Les destructions effectuées l'ont été d'après un programme trop large. Le barrage roulant, qui précéda l'infanterie au moment de l'attaque, était clair. »

Le i55 dispose d'un nombre decoups presque insignifiant. Le i3 avril, certaines batteries de i55, situées dans un autre corps, ne comptaient que 80 coups par pièce.

L'infanterie devait être précédée d'un barrage roulant pour obliger l'ennemi à se terrer : or, l'infanterie de certaines divisions a parfois passé ces barrages roulants sans s'en apercevoir.

On ne saurait mieux, que par ce fait, montrer tout à la fois l'élan de notre infanterie et la faible densité du barrage roulant qui devait lui frayer la voie.

Plusieurs comptes rendus font remarquer que c'est là la conséquence du plan d'engagement. On avait dû échelonner l'artillerie divisionnaire, de façon qu'elle pût porter successivement le barrage roulant aussi loin que possible dans l'intérieur des positions ennemies. 11 en est résulté sur de nombreux points que l'artillerie prévue pour la o." position n'a pas tiré ou a tiré inutile-

(1) Artillerie de tranchées.

ment parce que l'infanterie n a pas pu dépasser la première position insuffisamment préparée

Contrôle des tirs de rartillerie. - Les réseaux de la 3« posiuon nulle part n étaient détruits Un Corps d'Armée n'eut que le i5 avril, en fin de matinée, les photographies de la i- position. Ces épreuves décelaient des destructions incomplètes. En vain fit-on, pendant les 12 heures restantes, une concentration d'artillerie plus grande sur cette 2« position, l'infanterie du corps dut stopper quand elle l'aborda.

Une autre grande unité n'a eu qu'une photographie de la 2« position, prise obliquement et de très loin.

Une autre grande unité constate que, pendant ces i4jours, l'observation par ballons ou par avions n'a pu se faire que pendant 28 heures en tout.

L'A. L. G. P. n'ayant pas d'aviation capable de vérifier ses réglages à l'intérieur à i5 ou 20 kilomètres des lignes ennemies, fit ses tirs par ballons. De l'avis des commandants de batteries d'A. L. G. P. leurs tirs furent, de ce fait, généralement inefficaces.

Mêmes plaintes de la part de l'A. L.

artillerie en ligne

Le rapport de M. Tardieu du 27 décembre 1916 avait évalué à 200 kilomètres la largeur du front d'attaque désirable pour obtenir le succès : 100 kilomètres pour les Anglais et 100 kilomètres pour nous.

Or, les Anglais n'ont attaqué que sur moins de 4o kilomètres et nous avons attaqué sur 65 kilomètres.

Avions-nous les moyens matériels suffisants pour attaquer sur ce secteur?

Non.

Je rappelle le rapport de M. Tardieu du 12 mars dernier :

« II semble prudent de tabler comme A. L. sur 20

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èces courtes el 20 pièces longues au kilomètre, non .niprisl'A. T. etl'A. L. G. P.

« Il en résulte que, disposant au 1" février de 663 pièces lourdes longues et de 1.1 54 pièces courtes, )us n'aurions pu, d'après les précédents de 1916, ensager à cette date une offensive que sur un front de > kilomètres environ. Cette limitation résultait surut Gu manque de pièces courtes. Si l'offensive eût été •ise sur un front de 5o kilomètres on n'eût conservé )ur h reste du front que 174 pièces courtes et l'on eût disposé pour le front d'attaque d'aucune pièce de ichanje. »

Cette situation ne s'éUit que légèrement améliorée mois 3t demi plus tard. Or, l'attaque eut lieu sur un ont de 65 kilomètres.

Le nombre de canons de 75 engagés fut de 2.58o, soit ) au kilomètre. Le rapport de M. Tardieu n'en pré- )yait que 20 au kilomètre.

La densité de l'artillerie de campagne était donc suf-

sante; mais on sait le peu d'effet que cette artillerie

roduit sur du personnel enterré.

La situation ne fut pas la même pour rartillerie

►urde. Le nombre de pièces d'artillerie lourde longue

tir lent fut de 1.087.

Le nombre de pièces d'A. L. longues à tir rapide fut B 292. Soit au total 1.829 pièces d'A. L. longues, divines par 65 kilomètres, cela donne bien 20 pièces ►ngues au kilomètre.

Le nombre de pièces d'A. L. courtes à tir lent fut e468.

Le nombre de pièces d'A. L. courtes à tir rapide fut e 498. Au total, le nombre de piècesd'A.L. courtes mises n ligne fut de 966, soit i4 pièces courtes au kilomètre. A première vue, i4 pièces courtes au kilomètre, 0 pièces longues au kilomètre, ne semblent pas, à peu rès, satisfaire aux nécessités constatées pour les préédentes offensives.

Mais nous ferons remarquer que dans ce tableau i n'est pas tenu compte des pièces de rechange de combat.

Les pièces de rechange de combat sont de i/5 environ du total des pièces lourdes engagées.

V" Armée. — Dotation en canons. — L'analyse de la dotation eu canons de la \ ■= Armée est significative:

Le front d'attaque, de la V« Armée d'Hurtebise à la route de Reims-Neufchâtel était de 3o kilomètres

La dotation de la V« Armée en artillerie éta/t, au 5 avril, d'après cette Armée, de 912 pièces de 75 et, d après le G. Q. G., elle était pour l'offensive de 888 pièces de 75.

M faut retirer de ces chiffres 24canonsde75 établissur le front défensif Reims-Lades, ce qui donne 912 moins 24 et 888 moins 24, soit une moyenne de 28 a 29 pièces an kilomètre, supérieure de quelques unités à la moyenne prévue sur le front d'attaque.

L'A. L. longue de la V« Armée a été, d'après le G. Q. G., de 633 pièces lourdes longues D'après la V'' Armée, de 628 pièces lourdes longues.

Il en faut soustraire io4 pièces lourdes établies sur les 16 kilomètres du front défensif Reims-Lades. Cela donne 17 pièces lourdes longues au kilomètre pour le front d'attaque de la V^ Armée; dans les tableaux qui m'ont été donnés, je ne crois pas qu'aient été comprises les pièces de rechange.

Si même elles y étaient comprises, la Commission voit que la densité de l'artillerie lourde longue était inférieure non seulement à ce qu'elle avait été à Verdun, mais encore à ce qu'elle avait été dans la Somme.

D'après le G. Q. G., le chiffre des pièces d'artillerie lourdes courtes, mises en ligne par la V^ Armée, a été de 33i.

D'après la V« armée, sa dotation en artillerie lourde courte au 5 avril était de 364 pièces, ce qui, divisé par 3o kilomètres, donne de 11 à 12 pièces lourdes courtes

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a-u kilomèlre, dotation bien inférieure à celle prévue par l'expérience de toutes les offensives précédentes.

C'est là une des raisons des lourdes pertes subies par la V'^ Armée, qui ont été le double de celles subies par les armées voisines.

On voit, si nous adoptons cette base, que le chiffre de canons lourds longs et surtout de canons lourds courts, en ligne, a été, au kilomètre, inférieur aux conclusions tirées des expériences de la bataille de Picardie, qui avait servi de base aux calculs de notre collègue M. Tardieu.

L'otîentive victorieuse de Douaumont avait été faite sur la base de 24 pièces courtes pour 1.200 mètres.

Mais il ne faut pas prendre ce barème comme des données absolu.es. Elles sont variables avec la nature du terrain, l'importance des organisations ennemies et la densité des réserves de matériel dartillerie, de mitrailleuses et d'infanterie engagées.

11 se peut que quelque jour, dans une bataille, la densité d'artillerie préconisée par la Commission de l'Armée soit supérieure aux besoins.

En l'espèce, sur ce terrain et pour la mission assignée aux armées, cette densité était plutôt inférieure aux besoins. L'ennemi était averti, il n'avait pas moins de 3 et 4 lignes organisées snr une profondeur, non pas de 7 kilomètres, mais de 10 à 12 kilomètres. Ses organisations étaient trutTées de mitrailleuses. On n'en a pas pris moins de 100 dans le petit bois des Boches dont la superficie n'était que de 1.000 mètres carrés.

Ainsi les chiffres du matériel engagé confirment les impressions des exécutants.

Ils confirment malheureusement aussi les prévisions de la Commission de l'Armée.

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