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PENDANT LA DOMINATION ANGLAISE

A Mazères, canton de Langon, arrondissement de Bazas (Planche I)

La tradition attribue à Charlemagne la construction du château de Roquetaillade ; mais il ne reste de cette époque aucun vestige sur le sol. Des silex travaillés, trouvés dans les terres environnantes, pourraient faire cloire que cette place était déjà occupée comme forteresse au temps des Gaulois ; mais on ne sait rien de sur à cet égard, quoiqu'on doive supposer qu'une position si favorable pour établir un lieu de défense au milieu d'un pays fertile et pittoresque, a dû fixer l'attention des premiers habitants de la contrée.

Son nom ne commence à paraître dans l'histoire dune manière positive qu'au milieu du XIII^ siècle. — On trouve dans les archives de M. Lafargue, à Langon, que, le 13 mars 1237, un La Mote, seigneur de Langon et de Roquetaillade, rendit hommage au roi d'Angleterre (').

En 1278, on trouve Roquetaillade sous le nom de Rupes Cissa (sic) — Rochetaillée (sic). — Ce château appartenait alors à Amanieu de La Mote (^).

En 130G, un neveu de Clément V, le cardinal Gaillard de La Mote, construit le château neuf {^).

En 1363, Pierre de Lamole, seigneur de Rokelalhada, prête serment au Prince de Galles (*).

En 1 442, le seigneur de Roquetaillade se soumit à Charles VII (').

Les La Mote possédèrent la seigneurie de Roquetaillade jusqu'en 1 352. A cette époque, Catherine de La Mote, héritière de Roquetaillade, épousa Jean de Lansac, qui devint ainsi possesseur de cette seigneurie, et dont les descendants prenaient le titre de marquis de Roquetaillade et de [)remiers barons du Bazadais. Une fille du dernier marquis de Lansac épousa M. de Laborie de Primel et lui apporta en dot les terres et le château de Roquetaillade. De ce mariage naquit une fille devenue depuis épouse de M. de Mauvesin, possesseur actuel du château C).

') Compte rendu des travaux de la Commission des Monuments hisloriques de la Gironde. — (^) Itôles Gascons. — (') Chronique Bordelaise. — (•) Delpit ; Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. — i') Monstrolet. — Berry ; Histoire chronologigue du roi Charles VII. — ['] Notes fournies par M. de Mauvesin.

Les archives de Roquetaillade out été perdues ; ce qui en reste ne donne que l'indication des droits et devoirs attachés à cette seigneurie et des privilèges dont jouissaient les habitants de la ville, nom que prenait l'agglomération des maisons renfermées dans les murailles qui entouraient le plateau. Il ne reste plus de cette ville que la chapelle de Saint-Michel et quelques fondations de murs que l'on rencontie encore çà et là en travaillant le sol. Mais les deux châteaux et les fossés que signale un des documents existent encore et forment un des sites les plus pittoresques de la Gironde et un des monuments les plus remarquables du midi de la France.

11 est diflicile d'cxpli(iuer la présence de deux châteaux, enveloppés dans une môme enceinte, sur le même plateau : l'un s'appelle le vieux et l'autre le neuf; le vieux, appelé sur un des documents signalés plus haut, Chasteau de La Mole, nom commun à beaucoup de forteresses du Midi, est cependant presque (pour ne pas dire tout à fait) contemporain de l'autre; on y trouve les mêmes moulures, le même faire, le même art, en un mot la même époque. Seulement, les fossés qui l'entourent sont évidemment très-anciens, et depuis longtemps il devait exister un château à cette place. Il est probable que Gaillard de La Mote, qui construisit, en 1306, le château neuf, abandonna son habitation à peine achevée pour s'en faire construire une à la mode, et surtout plus confortable, à l'exemple de son oncle Clément V et des autres seigneurs du Bordelais. Nous signalerons un exemple à peu près semblable lorsque nous étudierons le château de Fargues.

L'ensemble des constructions de Roquetaillade se compose, comme on le voit sur le plan ( Planche II, n° 1 ), d'un vaste plateau bordé au nord-ouest, au sud-ouest et au sud, de rochers perpendiculaires, hauts de 4 à 8 mètres environ, dominant deux larges et riches vallées arrosées par deux ruisseaux qui se rencontrent, à quelques centaines de mètres, à l'ouest du château. A l'est et au nord-est, une légère dépression du terrain, suivie d'une assez large et peu profonde vallée sans eau, n'a pas paru devoir suffisamment protéger la forteresse; aussi, des fossés et des terrassements ont été jugés nécessaires de ce côté. Ces fossés sont en partie comblés, les terrassements nivelés; mais ce qui en reste suffit pour permettre de suivre les traces de l'ensemble des circonvallations.

Je ne sais si la grande cour, avant la construction du château neuf, était entourée de murs et de fossés; c'est fort probable, car certaines parties de la chapelle K sont romanes, et, d'un autre côté, il n'était pas extraordinaire de voir, avant le XIV« siècle, des enceintes de châteaux aussi vastes que celle-ci. Puis, la nature avait tracé, à elle seule, un plan qu'on n'avait qu'à suivre. Je suis donc parfaitement disposé à penser que le tracé actuel est celui qui existait déjà au XIII^ siècle et avant. On peut supposer toutefois que les fossés ne faisaient pas une aussi grande courbe au nord-est. mais s'arrêtaient au point L et suivaient une ligne à peu près droite jusqu'à la rencontre du fossé du château vieux, en traversant une partie de l'emplacement occupé maintenant par le château neuf. Il existe dans l'emplacement présumé de ce fossé un souterrain dont la porte ogivale, actuellement et depuis peu murée, est située sur la contrescarpe des fossés neufs en M; il va, dit-on, fort loin dans la campagne. Je crois qu'il débouchait tout bonnement dans les fossés intérieurs, vers le point L, et servait à ménager des sorties pour inquiéter les assiégeants. Au surplus, les fossés et les terrassements, à partir du point L jusqu'à N, sont fortement défigurés ; ils suivaient la ligne ponctuée LO 0' N. En 0 était une tour carrée, à laquelle se reliaient sans doute des courtines. En P, sont des lices (') au niveau du sol de la grande cour, à laquelle elles se relient par les deux côtés du château.

L'entrée actuelle de cette vaste enceinte est au sud-est, à l'une des extrémités, au point oii

(') Terrasses comprises entre les enceintes extérieures et les murs de la place.

commencent les rochers à pic et au bout du fossé qui entoure la place, à l'est. Là, le fond de ce fossé est au niveau du eol de la terrasse qui s'étend au pied du rocher. Après avoir franchi la porte A, on se trouve dans l'intérieur dune cour, qu'on traverse en passant près de la chapelle K, puis on trouve une seconde porte B, que l'on franchit pour arriver dans la grande cour.

Cette entrée est comparativement moderne, et n'existe que depuis l'invention des armes à feu; elle a été, en outre, fort dégradée plus tard, et n'offre aucun intérêt. On n'y arrivait certainement pas, comme maintenant, par une magnifique route macadamisée; elle devait être précédée de barrières et avoir quelques défenses extérieures.

L'entrée ancienne du château était en C; on y arrivait par la terrasse Q, fort élevée au-dessus du chemin creux A', et défendue du côté de ce chemin par des ouvrages qui la rendaient inabordable; elle se prolonge jusqu'en R, où elle rejoint le rocher à pic. La porte C est une grande ouverture ogivale en dehors, en cintre bombé en dedans, suivie d'un long couloir en pente douce, pour permettre de monter j)lus facilement au niveau du sol de la cour, beaucoup plus élevé que celui de la terrasse. Une petite poterne, placée en Q, permettait de prendre à dos les assaillants de la porte, et, de plus, le mur est percé de meurtrières en croix; de sorte qu'on présentait, pendant tout le parcours, le flanc droit, que le bouclier ne pouvait protéger, aux archers placés aux créneaux et aux meurtrières. De A en L, il ne reste que quelques fragments des murs anciens, percés de meurtrières. Ces murs se relient à l'abside de la chapelle.

La porte B est sans caractère; elle est surmontée d'une tour crénelée, au premier étage de laquelle existe une chambre où l'on monte par un escalier à vis. La porte s'appelle : Porte de la Justice, et la chambre du premier étage, le Parquet. Les seigneurs de Roquetaillade avaient droit de haute, moyenne et basse justice, dans toute l'étendue de leur domaine.

Pour entrer dans le château neuf, lorsqu'on était parvenu à franchir la première porte, il fallait le tourner à moitié, en le laissant toujours sur la droite, car les portes sont juste à l'opposé de celles de la cour. On ne pouvait le laisser à gauche, car le passage de l'angle oriental était trop étroit et devait présenter encore plus de difficultés que l'autre.

Le vieux château est à l'ouest du château neuf; sa forme générale est celle d'une demi-circonférence ou d'un arc bandé dont la corde serait formée par les rochers à pic du sud-ouest, et l'arc par un fossé qui l'isole complètement en rejoignant la corde à ses deux extrémités.

Ce fort, à lui seul, est déjà assez vaste, et beaucoup de nos châteaux de la Gironde ne sont pas plus grands. La pointe nord-ouest du promontoire devait, en outre, lui former une basse-cour, défendue de deux côtés par les rochers, et de l'autre par un fossé presque entièrement comblé maintenant, mais dont on voit les traces au nord-est de celte cour.

Les fossés qui entouraient la cour enveloppant le château neuf se reliaient à ceux du vieux château. Une bonne portion de ces fossés et terrassements est maintenant dénaturée, mais cependant on en suit assez bien les traces. Ils ne sont indiqués qu'au pointillé dans les portions détruites.

Château vieux. — Ce qui reste maintenant du fossé du château vieux ne peut donner une i<lée exacte de sa largeur primitive. J'ai mesuré dans certains endroits 12 mètres, dans d'autres 20, et ailleurs, au nord-ouest par exemple, 7 mètres seulement; ici, il est entièrement creusé dans le roc, et à fond de cuve dans la partie inférieure. Au nord-est, on reconnaît parfaitement, sur l'escarpe du fossé, l'existence d'un vallum sur la crête duquel se retrouvent des fondements de constructions. Il est fort probable que ce vallum existait autour des fossés du reste du plateau.

Le vieux château est divisé en deux portions à peu près égales par un grand bâtiment E, suivi, au nord, d'un corps de logis D. A l'ouest de ce bâtiment s'appuie un donjon carré, et à l'est un grand cuvier moderne, mais remplaçant d'anciennes constructions. La porte principale du château passe sous une tour carrée J, située à l'extrémité méridionale du fossé.

Le grand bâtiment est divisé en deux salles superposées, un rez-de-chaussée et un premier étage, longues de gS^SO et larges de 10™20. L'une sert maintenant de chai, et l'autre de grenier à blé. Ce dernier devait être la salle dhonneur du château de La Mote.

On entre dans le rez-de-chaussée par une porte moderne placée à côté d'un escalier moderne également, qui recouvre la porte ancienne et sert à arriver plus commodément jusqu'à la poile du premier étage, ogivale et s ouvrant sous un grand arc de décharge. Montait-on autrefois à cette porte par un escalier à demeure ou un escalier mobile? C'est ce qu'il est difficile d'assurer dans l'état actuel des choses. Toujours est-il que les deux portes s'ouvraient au bout d'un long couloir dont les murs paraissent encore à fleur de terre ; l'un se dirige de F en G, l'autre lui est à peu près parallèle. Des meurtrières battaient ce couloir; une d'elles se voit près de l'escalier, dans un mur qu'on prendrait pour un contre-fort, et qui n'est, en réalité, qu'une portion de celui qui formait le côté droit du corridor. Celte meurtrière conserve encore à l'intérieur des peintures du XIV* siècle.

Le rez-de-chaussée de la grande salle était éclairé, ou plutôt aéré, du côté du sud, par deux soupiraux, et, du côté du nord, par deux ouvertures déformées maintenant, et qui étaient peut-être des meurtrières battant un passage couvert dont il sera parlé tout à l'heure. Une porte, dans l'angle sud-ouest, permettait de passer dans les appartements situés en H. Le premier étage, qui devait avoir une charpente appaiente, était éclairé au sud, au sommet du mur, par une rosace, et, plus bas, par une large fenêtre en croix à compartiments polylobés à l'extérieur (Planche V, n" i ); son embrasure est recouverte d'une voûte en cintre bombé. A côté de la fenêtre était une cheminée actuellement murée et à manteau bombé appareillé. A l'extrémité nord existent trois ouvertures: deux, placées à différents niveaux, sont fort rapprochées du mur oriental ; la troisième est près de l'autre mur. L'ouverture la plus rapprochée de l'est est une porte ogivale qui communiquait avec des appartements placés au nord en D. D'autres ouvertures prenaient du jour par l'ouest. Dans l'angle sud de la façade de la grande salle existait un escalier placé dans une tourelle saillante et conduisant sur les chemins de ronde des façades latérales, d'où deux autres escaliers rampants conduisaient aux créneaux qui existent encore en partie sur les deux autres faç-ades.

Le bâtiment D, ceux qui s'élevaient en W et de D en D', sont tellement délabrés, qu'il est impossible de s'y reconnaître. En H, on voit, par les corbeaux qui s'avancent à l'intérieur, qu'autrefois , à la place de la cour actuelle , existaient des appartements. La cour F eu avait également, mais il est impossible d'en retrouver les distributions.

Il ne faut pas croire qu'il était autrefois facile, comme maintenant, de pénétrer dans le château, et surtout d'arriver au donjon H. Nous allons, en décrivant chacun des obstacles que nous rencontrerons, suivre la route qui conduisait à la porte de ce donjon.

D'abord, il fallait entrer par la porte J, qui n'est plus qu'un prosaïque poulailler. Cette porte s'ouvre sous une tour carrée bâtie sur l'escarpe de la coupure dans laquelle elle fait une saillie, juste au point où elle se relie aux rochers à pic du sud-ouest. Cette tour se compose, au-dessus du couloir de la porte, de trois étages surmontés d'une élégante couronne de mâchicoulis. En voici (Planche II, n° 2) la coupe sur la ligne a b des plans (n° 3) du rez-de-chaussée, (n" 4) du premier étage, et ( n° 5) du second.

CHATEAU DE KOQUETAILLADE 5

Pour arriver juscpià la porte, on traversait le fossé sur uu pont en bois qui n'existe plus, et dont une partie devait être dormante et l'autre établie en ponl-levis, ou plutôt en une espèce de pont à bascule, disposé d'une façon toute particulière, dont jusqu'à présent je ne connaissais pas d'exemple et qui se retrouve aussi aux deux portes du château neuf: celui-ci ayant été dénaturé jMir l'établissement du poulailler, celui de la porte principale du chAteau neuf par des restaurations à différentes époques, celui de la porte charretière du même château par l'établissement de latrines. Voici une élévation et une coupe de ce système de fermeture, faite en prenant ce qui en reste à chacune des trois portes (Planche V, n° 9). Aucune rainure dans le mur n'indique que c'est le pontlevis ordinaire. Ce n'était pas un tapent, car ce genre de fermeture fermait du dedans au dehors: et, d'ailleurs, la charnière du tijpccu étant dans la partie supérieure, il ne peut servir de pont lors(|uc le passage est ouvert. A partir du sommier de l'arcade ogivale qui recouvre la porte, existe jusqu'au seuil une large rainure qui servait nécessairement de lit à la porte, au {X)nt, une fois relevé. La distance entre la pile du pont et le seuil de la porte devait être moins grande que la hauteur de cette rainure, car il fiillail un appui pour le pont lorsqu'il était rabattu. Mais comment |)Ouvait-ôn le relever? De plus, au-dessus du seuil de la porte, et par conséquent dans les fossés, existent deux orifices de O^iS de large, hauts d'à peu près 3 mètres, et profonds d'environ l^oO, ayant au fond des marches qui ne conduisent à aucune ouverture. Leur seuil est pou élevé au-dessus du fond des fo.^sés. Ces orifices devaient nécessairement servir à ce système de i)ont-levis, auquel je n'ai encore rien compris.

Cette fermeture, qui s'appuyait contre l'arcade ogivale extérieure, servait donc de première I)orte {Planche II, n"* 2 et n» 3). Cette arcade est suivie de deux arcs bombés plus élevés qu'elle et de hauteurs inégales; le plus élevé, qui est aussi le plus éloigné de la porte, est percé verticalement de trois trous carrés, servant d'assommoirs, à travers lesquels des hommes placés dans le premier étage laissaient tomber de l'eau bouillante, ou des pierres, sur les assaillants. Contre les parois du couloir, dans les pie<Is-droits de cet arc, s'ouvrent des meurtrières qui battent et surveillent les fossés. Là, parait avoir existé une première porte. Ces premiers assommoirs sont suivis d'un arc ogival plus bas, dans lecpiel est percé un nouvel assommoir, large de 35 centimètres et long de i"'('}~ : il est suivi d'un arc bombé très-bas, dans lequel glissait la herse; puis, vient enfin un couloir en voûte surbaissée où roulaient les vantaux d'une autre porte. Ce système de fermetures est un des plus compliqués et des plus curieux du département.

On entre dans le premier étage de cette tour par une porte située au sud-ouest en A (Planche II , n° 4) , au sommet d'un chemin de ronde, sur les murs fondés aux Iwrds des rochers. Cette porte est placée de telle sorte, qu'il fallait, pour y arriver, tourner brusquement à angle droit, de quelque côté qu'on se présentât; elle est ogivale à l'extérieur et en cintre bombé intérieurement. Le premier étage servait de corps de garde; c'était là que se tenaient les hommes qui manœuvraient la herse et jetaient des projectiles |)ar les assomnioirs. Ces diverses ouvertures sont indi(juées en noir sur le plan. Cette chambre a des voûtes d'arêtes dont les nervures, simplement épannelées, retombent sur <les culs-<Ie-lampe fort simples (Planche V, n' H ), et tels qu'on les trouve dans le château neuf, comme dans presque toutes les autres forteresses de la Gironde. Sur la ftiçade est percée une meurtrière en croix, s'ouvrant sous un arc en plein-cintre, et en face une vaste cheminée sous un manteau bombé appareillé. En face de la porte d'entrée est celle de l'escalier qui monte aux étages supérieurs ; le linteau de celte porte a été refait.

Le mw n'ayant pas une éjKiisseur sufiisante (l^ii) pour contenir l'escalier, on l'a placé dans

une tourelle accolée, supportée d'un côté par des consoles, et de l'autre par un arc bandé, de la courtine au flanc de la tour. Le milieu s'appuie sur la courtine, tombée presque tout entière et d'une seule pièce au fond du fossé. Cette ruine paraît avoir été faite par des pionniers qui ont miné le bas du mur, dont l'épaisseur était de 1™2!0, el l'ont soutenu par des potelets auxquels ils ont ensuite mis le feu; de sorte que toute la muraille, tombant d'un seul bloc, a fait une large brèche.

La porte par laquelle on entre au second étage (Planche 11, n" 5) est ogivale. Ici, pas de cheminée; la fenêtre qui éclaire cette chambre prend jour au sud -ouest, près de l'angle sud; son ouverture extérieure, pratiquée dans deux pierres seulement, est trilobée (Planche V, n" 2); l'embrasure est eu cintre bombé et nmnie d'un banc en pierre. Deux meurtrières semblables à celle du premier étage sont ouvertes, l'une au-dessus de la grande porte d'entrée, el l'autre, vers le nord-est, prend en flanc ceux qui attaquaient la courtine de ce côté. Le sommet de ces courtines était presque aussi élevé que le sol du second étage, ainsi que le prouve la porte qui, de l'escalier, conduit sur le chemin de ronde.

Là se termine l'escalier par une voiàte en coupole.

Le troisième étage était séparé du second par un plancher appuyé sur des coibeaux en pierre; on devait y monter par une échelle. Cet étage est percé de deux meurtrières semblables à celles du second; l'une fait face au nord-est, l'autre au sud-ouest. Une fenôtre, semblable également à celle du second étage, prend jour par la façade.

Des mâchicoulis , sur trois consoles superposées , reliées par des arcs trilobés et bilobés (Planche V, n° 10), couronnent cette charmante tour, la plus élégante du château de Roquetaillade, et l'une des plus belles et des mieux conservées de la Gironde.

La porte qu'elle recouvre franchie, l'assaillant n'était pas encore au bout de sa tâche el n'avait gagné que bien peu de chose; il se trouvait, dans une petite cour, exposé aux projectiles qui tombaient des mâchicoulis de la tour, aux flèches et carreaux que lançaient les hommes placés sur les chemins de ronde et derrière les meurtrières des murs de face et de droite, et il fallait, pour arriver à la grande salle, franchir bien d'autres obstacles, qui ont été signalés plus haut. Pour atteindre le donjon H (Planche il, n" 1), il fallait suivre la courtine de G en D', de D' en D, et il est piobable qu'on avait multiplié sur ce parcours une foule d'obstacles. Entre la grande salle et l'appartement D existe un couloir, jadis recouvert, et clos à l'entrée et à la sortie par deux portes dont les vantaux étaient consolidés par des barres qui glissaient dan» le mur. Des meurtrières, et probablement des assommoirs, battaient ce couloir. Si on le franchissait, il fallait ensuite traverser les appartements W, dont les murs s'appuyaient sur les flancs du donjon, où l'on voit un curieux cheneau supporté sur des corbeaux, sortir dans une petite cour qui précédait une porte très-basse dans un angle défendu par les chemins de ronde et par un moucharaby (') placé dans l'escalier du donjon, qu'on ne tenait pas encore quand on avait franchi cette porte. En effet, on se trouvait dans une autre petite cour, où l'on devait, comme dans les autres, être harcelé de tous les côtés. Là, un escalier droit, rampant contre la courtine, servait à monter sur le chemin de ronde, où il reste une fenêtre en plein-cintre dans un pan de mur couvert de lierre et fort pittoresque.

La porte du donjon placée au premier étage, dont le plan est tracé (Planche II, n° 6), était autrefois

(') Balcon en pinrres fermé, supporté sur deux ou plusieurs consoles, et à jour dans la partie inférieure, placé à une certaine hauteur au-dessus d'une porte, d'une fenêtre, d'un passage, et d'où l'on pouvait lancer, à couvert, des projectiles.

Lorsque ces balcons couronnent complètement une courtine ou une tour, ils prennent le nom de mâchicoulis. J'appelle assommoks les trous ou fentes percés au-dessus d'un passage couvert.

cachée dans les appartements qui occupaient une partie de la cour actuelle, et dont l'existence est démontrée par les corbeaux qui soutenaient les planchers. Elle est recouverte d'un linteau sur consoles. Les nervures de la voûte de cet étage retombent sur des culs-de-lampe ordinaires ; un d'eux, cependant, représente une tête de femme. Une haute et étroite fenêtre en plein-cintre, s'ouvrant extérieurement en large meurtrière à sections droites, prend jour à l'est. Cette salle était chauffée par une vaste cheminée dont le contre-cœur est en hémicycle. De ce premier étage, on descendait dans le rez-de-chaussée, voûté en berceau ogival, par un orifice carré percé au milieu du sol. Le fond de ce rez-de-chaussée est plus bas que le sol de la cour, et on y entre maintenant par une brèche moderne. Une [)orte avait été pratiquée à la hauteur de la retombée de la voûte. Son but était de tromper les assaillants, qui, la prenant pour la porte du premier étage du donjon, y entraient précipitamnienl, et, tombant d'une hauteur de trois ou quatre mètres au fond de la cave, se faisaient eux-mêmes prisonniers, s'ils ne se tuaient pas. Tel était à peu près le sort de ceux qui, pour se saisir du donjon, avaient franchi, sains et saufs, tous les obstacles qui ont été signalés. Pour arriver aux étages supérieurs, qui n'existent plus, on prenait un escalier percé dans une tourelle carrée. Rien n'est plus pittoresque que ce donjon et les murs qui l'entourent, vus de la pointe du promontoire.

Si l'on descend le rocher sur letpiel est bJiti le chîUeau vieux, on trouve, à gauche de la façade de la grande salle, une tour carrée / (Planche II, n^l) appuyée contre ce rocher. Il n'existe de cette tour que le rez-de-chaussée, de sorte qu'on ne peut voir comment on y entrait depuis le chùteau. Il est également impossible de reconnaître quelle était sa hauteur primitive, à cause du lierre qui tapisse tout ce côté de la forteresse; ce devait être une bastille chargée de protéger le pied des rochers et de permettre en même temps, comme les barbacanes, de lancer un corps de troupes contre les assaillants qui tentaient de s'approcher des murailles. Sa porte, en cintre bombé, tournée vers l'ouest, est fort large; le mur dans lequel elle s'ouvre n'a que I^SO d'épaisseur, tandis que celui de faça<le, dans lecpiel est percée une meurtrière dont la niche est en ogive, a 2'"20. A quel([ues mètres en avant, existe une espî'ce de bassin maçonné. Était-ce un couloir qui conduisait à une |>orte cachée in;iini(ii;ini soin II- sol, au pied de la tour? C'est ce que des fouilles seules pourraient faire voir.

Dans les rochers existent des grottes naturelles assez spacieuses, une entre autres appelée Chambre de Lorelle, juste au-dessous de la grande salle E. Elle a été agrandie, et on en a fait une chambre carrée accompagnée d'un long couloir naturel. Son entrée a été symétrisée; dans certaines parties on a cou|)é le rocher, dans d'autres on a ajouté des pierres ; on en a fait ainsi une porte carrée, recouverte d'un linteau sur console»; les vantaux étaient assujettis en dedans par des barres. Était-ce une grotte consacrée? par ta suite une chapelle? un lieu de refuge?... C'était peut-être tout cela à la fois. Non loin de là coule une abondante fontaine, qu'on a recouverte d'un cintre bombé au XIV* siècle. C'est aussi la date «le la jxjrte de la chambre de Lorette.

Tout cela dépendait du vieux chAteau de La .Mote, qui, tout modeste qu'il semble paraître à côté de son brillant successeur, &st cependant bien plus pittoresque que lui, et offre d'aussi nombreux sujets d'étude.

Château neuf. — Le plan du chûteau neuf (Planche III) forme un carré à peu près parfait, dont chaque anjfle est empâté par une tour ronde très-saillante; deux autres tours rondes s'avancent, en outre, sur la façade principale, tournée vers le nord-ouest. Ces six tours, qui ont des murs dont

l'épaisseur varie de 1"70 à 2 mètres, sont, reliées par des courtines qui ont la même épaisseur. Ce système de constructions enveloppe un donjon carré qui s'élève à peu près au milieu de l'enceinte. Les appartements sont placés entre les courtines et le donjon, contre lesquels, au rez-de-chaussée, s'appuient de grands arcs destinés à supporter les planchers du premier étage. Les poutres du second s'appuient sur des corbeaux qui sortent des murs du donjon et des courtines. Cette disposition est bien indiquée dans la coupe (Planche IV) faite sur la ligne a t du plan. La façade principale est séparée du donjon par une petite cour carrée.

Le donjon n'est entièrement isolé que du côté de cette cour; des trois autres côtés, jusqu'au niveau du troisième étage au-dessus de la cave, il est enveloppé par les appartements du château. Les deux derniers sont seuls entièrement dégagés et s'élèvent à une hauteur considérable au-dessus de.s courtines.

Les appartements se composent de deux étages au nord-est et au sud -est, et de trois au sudouest (Voir la coupe, planche IV); le troisième étage, de ce côté, était destiné aux greniers. Les toitures sont cependant toutes au môme niveau.

Les tours rondes, dont les bases, comme celles «les courtines, sont en talus, ont trois étages surmontés d'une terrasse crénelée, au-dessous de laquelle on aperçoit les trous qui ont servi à établir des hourds (*).

Cette forteresse est entourée de fossés à fond de cuve, en partie creusés dans le roc et bâtis sur la contrescarpe aux rares endroits où le rocher n'existe pas. Ce mur s'élève au-dessus du sol de la basse-cour de I^SO environ au nord -est, et d'à peu près i mètre sur les autres côtés. .4u premier aspect, la contrescarpe de ces fossés paraît faire une ligne régulière; mais il n'en est rien, ainsi que l'indique le plan. Outre cette irrégularité, dont on ne peut se rendre raisonnablement compte, car il n'était pas plus difficile de couper le rocher en ligne droite qu'en lignes brisées et ondulées, on voit plusieurs bizarreries : ainsi, dans l'angle occidental, on a fait une corniche pour supporter le mur au-dessus du rocher; près de l'angle est, on paraît avoir réservé la place d'une chambre. Dans certains endroits, la distance de la contrescarpe aux tours est de 6"o0, dans d'autres de 9 mètres. Les quatre tours de façade ne sont pas sur la même ligne. Il faut remarquer aussi que quelques tours ne sont pas parfaitement circulaires ; le centre du contour extérieur n'est pas le même que celui de l'intérieur : cela tient à ce (ju'on voulait donner plus d épaisseur à la partie du mur la plus exposée aux coups des assaillants.

On entre dans les fossés par une porte ancienne, ouverte dans l'angle nord, au sommet d'un escalier droit. La profondeur des fossés est de 7 à 8 mètres; elle varie, d'ailleurs, comme la largeur.

On entrait dans le château par deux larges portes, une et peut-être deux poternes. La porte principale est entre les deux tours du milieu de la façade ; on y arrive par un pont appuyé sur deux piles en pierre et formé de deux arches en plein-cintre ; la troisième arche, la plus rapprochée de la porte, est moderne; elle remplace un pont à bascule semblable à celui de la porte du vieux château (Voir page 5). Le couloir entre les deux tours est recouvert par une suite d'arcs ogivaux, en plein-cintre et bombés, suivant leur hauteur ou l'usage auquel ils sont destinés. Ainsi, l'archivolte de l'ouverture extérieure est ogivale ; elle est suivie d'un assommoir et d'une herse dont la rainure est taillée entre deux arcs en plein-cintre, suivis d'une voi'ito bombée, sous laquelle jouaient les

(') Échafaiids en bois, en saillie sur les murs des tours et des courtines, et tenant lieu de mâchicoulis ; ils ont précédé l'emploi de ces derniers. Lorsque les hourds sont établis au-dessus d'une porte, dune fenêtre, ils prennent le nom de bretéches.

vantaux de la porte. Ces vantaux roulaient sur des gonds énormes, et étaient maintenus, une fois fermés, par des barres qui s'enfonçaient dans les murs. .4u-dessus du couloir, entre les deux tours, une petite chambre est ménagée pour les hommes qui manœuvraient la herse. En outre de l'assommoir supérieur, qui fatiguait les assaillants par en haut, il y avait dans l'une des tours une meurtrière par laquelle on les prenait en flanc. La meurtrière de l'autre tour servait à battre le j)ont. Cette porte donne directement dans la petite cour intérieure et en face du donjon; l'autre (A) est ouverte dans la courtine du nord-est, dans un avant-corps saillant, dont on a fait depuis peu des latrines. L'archivolte extérieure est ogivale. Un assommoir précède la herse, suivie des vantaux, qui jouaient sous une voûte bombée. Les hommes qui manœuvraient la herse étaient placés sur la terrasse qui domine le couloir. Cette terrasse était probablement couverte; on devait arriver à la porte par un pont en bois dont il ne reste plus de traces. C'était la porte charretière; elle donnait directement entrée dans une grande salle qui devait, sans nul doute, servir de magasin. En face de cette porte est une autre grande ouverture qui donnait dans la cour, d'où les charrettes vides, ne pouvant tourner sur elles-mêmes, sortaient par la porte principale.

Une des poternes est ouverte en B dans la courtine du sud-est, au rez-de-chaussée, c'est-à-dire à 7 ou 8 mètres au-dessus du fond des fossés; on devait y arriver au moyen d'une échelle; elle était utile en temps de siège, pour faire des sorties secrètes; ce n'est pas sans raison qu'on l'avait placée presqu'en face du souterrain ML (Planche II, n» 1), qui, à mon avis, servait de passage pour se rendre à couvert dans les fossés extérieurs. Il est probable que l'avant-corps C, situé contre la courtine du sud-ouest, recouvrait une autre poterne. Le remaniement de cette partie du cliAteau ne permet pas de vérifier cette probabilité; mais il se trouve placé, à peu de chose près, dans les mêmes conditions que celui de la porte charretière.

Le rez-de-chaussée, presque entier, paraît avoir servi de magasin; peut-être y avait-il des écuries au sud-ouest, et la poterne C. devant laquelle ont pouvait établir un pont en bois, leur servait d'entrée. Au surplus, ce rez-de-chaussée, sauf un ou deux murs modernes et quelques cloisons élevées pour établir, dans un angle, un appartement confortable, a subi peu de changements.

Il faut remarquer que le donjon n'est pas juste au centre du château; il est plus rapproché des courtines sud-est et sud-ouest qm; des deux autres, de sorte que les appartements qui l'entourent n'ont pas tous la même largeur. Cette irrégularité est cependant peu apparente.

Nous avons vu plus haut qu'en débouchant par la porte principale, on se trouve dans une petite cour D. En face s'élève le donjon E dont je parlerai plus loin. A droite, une petite porte, ogivale en dehors et bombée en dedans, conduit dans une cuisine F dont la vaste cheminée a été dénaturée il n'y a pas bien longtemps; elle peut être plus commode maintenant, mais elle a moins de caractère; le tuyau était octogone. Dans un des angles de la cuisine, une porte conduit dans la tour de l'ouest G. L'autre angle est empâté en partie par la cage à pans coupés d'un escalier à vis élevé contre la lour placée à droite de la porte principale. Une ancienne porte, maintenant murée, permettait de monter dans l'escalier sans entrer dans la cuisine, d'oîi il faut descendre deux marches pour |)énélrer dans la vaste chambre H qui borde la courtine du sud-ouest; elle est éclairée par de petit&s fenêtres très-évasées en dedans. Le seuil de cet ébrasement est à I^SO environ au-dessus du sol de la chambre. Dans l'angle sud existe une autre chambre / plus grande que la cuisine; elle est en communication, par un de ses angles, avec la tour de l'angle sud du château. Il faut remarf|uer qu'au rez-de-chaussée, toute la courtine du sud-ouest n'a pas de meurtrières, mais de petites fenêtres; partout ailleurs il n'y a que des meurtrières. Une autre grande salle J occupe le centre

Vol. I. "2

des appartements du sud-est; c'est au milieu de cette salle qui, au siècle dernier et jusqu'à ces derniers temps, a servi de salle à manger, que s'ouvre la poterne B. Les appartements que je viens de décrire ne sont pas voûtés; mais l'architecte du XIV* siècle a pris des précautions pour éviter le fléchissement des planchers, qui se serait manifesté s'il avait employé des poutres qui n'auraient pas dû avoir moins de Î'^SO de longueur. Pour cela, il a bandé de grands arcs qui, partant des courtines, vont retomber sur les flancs du donjon; ces arcs, distants d'environ 4 mètres les uns des autres, permettaient de se servir de pièces de bois moins considérables, et donnaient au plancher plus de rigidité.

Le grand magasin du nord-est K étant plus large que les autres salles du rez-de-chaussée, avait besoin d'une autre disposition pour l'établissement de ses planchers; les arcs doubleaux auraient été trop élevés si leur retombée s'était faite transversalement. Le constructeur a donc bâti trois piliers carrés munis de corniches très-saillantes pour supporter les poutres, et, dans le sens de la longueur de la salle, il a bandé des arcs qui soutiennent le plancher. Trois meurtrières dans la courtine du nord-est et deux dans celle du sud-ouest distribuaient dans cette salle une faible lumière. J'ai déjà dit que les appartements placés dans l'angle oriental ont été pris aux dépens de ce magasin, qui occupait tout le parallélogramme NOPQ, car le uiur.LM est également peu ancien. Une porte dans l'angle conduisait dans la tour de l'est, et un large escalier L à pente droite permettait de descendre commodément dans la cave au-dessous du donjon.

A gauche de la porte principale, en face de la cuisine, sont trois salles : R, S, T. On y entre par une porte qui donne sur la cour, et que je ne crois pas ancienne, et par une autre porte, ancienne et ogivale , percée dans le mur OP. La chambre T sert de buanderie ; je crois qu'elle a toujours eu la même destination. Le puits U est placé tout à côté. Le réduit R est voûté en berceau ogival. C'est, en en exceptant le donjon et une tour, la seule chambre voûtée du château ; elle a dû servir de bûcher.

Tout dans ce rez-de-chaussée me paraît admirablement distribué ; les magasins sont vastes et d'un commode accès du dedans et du dehors ; les meurtrières, quoique fort étroites, donnent assez de lumière. De petites fenêtres carrées éclairent les chambres du sud-ouest, où étaient, je crois, les écuries. La cuisine est parfaitement placée pour recevoir les gens du dehors sans les faire passer par les autres appartements du château. Le pujts desservait commodément la buanderie et la cuisine, et le rez-de-chaussée des tours devait être, alors comme aujourd'hui, d'une grande utilité.

On monte maintenant au premier étage par un grand escalier placé dans le donjon. On y arrivait autrefois par le petit escalier placé contre une des tours de la façade. La distribution du premier étage ressemblait beaucoup à celle du rez-de-chaussée; seulement, la destination était différente. Les fenêtres étaient fort grandes, et deux meneaux en croix les divisaient en quatre baies; ces fenêtres étaient moins nombreuses qu'aujourd'hui, surtout au nord-est. Les dernières se reconnaissent à la difl"érence des moulures et à l'absence des consoles des bretèches qui avaient été établies audessus de chaque fenêtre du X1V« siècle pour en rendre l'escalade encore plus difficile. Pareille précaution avait été prise au-dessus de la poterne du sud-est. Ces bretèches devaient donner assez de pittoresque, mais une couronne de mâchicoulis eût été plus élégante.

Les appartements du premier étage ont été remaniés au XVII* siècle et de nos jours. A cette première époque on a ouvert deux fenêtres de plus à la grande salle du nord-est, et on l'a ornée d'une grande cheminée dans le goût de celles du château de Cadillac {'). Le manteau, soutenu par des pilastres en gaines cannelées, est surmonté d'un fronton brisé dont le tympan renferme une

') J'ai dessiné une des clieminées de Cadillac dans mon Choix des tijpex les plus remarqucAles de l'architecture au moyen âge dans la Gironde, et une autre dans le Magasin pittoresque, année 1850, p. 101.

panoplie; sur l'extrados 3ont deux femmes à demi-couchées : l'une caresse un lion, et l'autre tient dans sa main un objet brisé; aux deux extrémités du manteau, et juste au-dessus des pilastres, deux statues de femmes debout : l'une est mutilée et l'autre porte un vase. Entre ces deux statues, un tableau représente Hercule terrassant l'hydre. Le cadre de ce tableau est pris dans un avant-corps surmonté d'une corniche appuyée sur des consoles à feuilles d'acanthe, et d'un fronton brisé dont l'extrados est recouvert d'une panoplie, et le tympan d'un écusson entouré de riches lambrequins. L'arrière-plan est également couronné par une corniche surmontée d'un fronton brisé, sur l'extrados iluquel sont deux lions au repos. Celte grande salle porte le nom de Salle synodale. D'autres cheminées moins riches mais de fort bon goût ornent les autres appartements. Ces diverses cheminées et les premiers remaniements du château doivent dater du règne de Louis XIII.

Les tours, sauf une, sont semblables à peu de chose près; elles se composent de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée ; les deux salles inférieures correspondent à celles du château et du donjon. La troisième est à la hauteur du chemin de ronde des courtines, et le sol de la terrasse est au niveau de celui du dernier étage du donjon (Voir la coupe, planche IV). Toutes ces tours, excepté celle du sud, étaient planchéiées. Les planchers étaient soutenus par des corbeaux et des jambettes appuyées elles-mêmes sur des corbeaux. On pénétrait dans leur rez-de-chau.ssée et leur premier étage par les étages correspondants du château; dans le second, par le chemin de ronde, et on montait sur les terrasses au moyen d'une échelle et d'une trappe. Les portes des tours sont généralement à linteau bond)é 'Planche V, n" 3). Les meurtrières, au nombre de trois à chaque étage, excepté au rez-dechaussée des tours qui encadrent la porte, s'ouvrent extérieurement en forme de longue fente verticale pattée à ses deux extrémités, et d'une très-courte fente horizontale — meurtrières cruciformes — (Planche V, n* 5). Quelques-unes, remaniées postérieurement, ont un orifice rond un peu au-dessus de l'extrémité inférieure (n* 6). A l'intérieur, elles s'évasent brusquement; cet ébrasement est recouvert d'un linteau sur consoles, et précédé d'une large embrasure recouverte d'une voûte en pleincintre, oîi deux hommes peuvent se tenir à l'aise (n" 4); celles des courtines sont faites de la même façon; mais presque toutes ont été métamorphosées en fenêtres. Généralement, ces meurtrières chevauchent à chaque étage. Les angles formés par les deux tours G et V (Planche III) et la courtine qui les relie sont cachés par une longue cage des latrines du rez-de-chaussée et du premier ; on y arrivait fwr des corridors coudés. Ces réduits servent maintenant à d'autres usages. D'autres latrines, supportées par des consoles, sont placées dans les deux tours X et Y et entre ces deux tours. Un escalier, qui doit dater du XVII» siècle, occupe l'intérieur de celle qui borde la porte.

J'ai dit |)lus haut que la tour du sud V était la seule qui fût voûtée. Ces voûtes, au premier et au second étages, sont formées par cinq nervures qui se réunissent à une clef ornée d'un fleuron. Ces nervures, comme toutes celles du commencement du XIV» siècle dans le Bordelais, sont simplement épannelées et se terminent en pyramide renversée, au lieu de retomber sur un cul-de-lampe comme c'est l'ordinaire (Planche V. n" 4 2). Il faut remarquer que le sol du premier étage de cette tour est plus élevé que celui du premier étage du château, et que le troisième et une partie du second, qui, je crois, n'a jamais été voûté, ont été démolis au commencement de la Révolution et relevés il y a peu de \empv. par M. de Mauvcsin (*). L'histoire de cette démolition mérite d'être rapportée :

(•) Depuis l'impression de notre première livraison, nous avons eu la douletir d'apprendre la mort de M. et de M"" de Mauvesin. Cette double perte a été pour nous d'autant plus sensible, «juc toutes les fois que la cui-iosité ou le désir de l'étude nous entraînait à Boquetaillade, nous étions accueilli dans cette excellente famille, non comme un étranger, mais comme une ancienne connaissance qu'on revoit avec plaisir.

Le comité révolutionnaire de Bazas avait décrété la démolition du château de Roquetaillade, et envoyé, à cet effet, une bande d'ouvriers qui devaient accomplir leur œuvre dans un temps donné. Le dernier des Lansac, qui vivait encore, doublait les journées des ouvriers, à la condition qu'ils iraient se promener, ou leur offrait des libations abondantes pour les forcer au repos. La démolition marcha donc fort lentement, et lorsque le temps fixé par le Comité fut écoulé, la tour n'avait perdu qu'un étage et demi. Sous le rez-de-chaussée existe une prison dans laquelle on pénètre en levant, au milieu du pavé, une pierre carrée recouvrant un orifice de même forme et de O'^IO d'ouverture. La prison est à peu près carrée : S^TO sur S^HO; elle est voûtée en berceau; sa hauteur sous clef est de S^SO; la clef a 0™60 d'épaisseur. Dans un des côtés s'ouvre une espèce de soupirail qui paraît monter verticalement dans l'épaisseur du mur. On m'a assuré, mais je n'ai pu le vérifier, qu'il y a une prison semblable dans la tour du nord, et une autre dans celle de l'est. C'est dans cette dernière que se trouve la chapelle actuelle du château.

Donjon. — Le donjon se compose de cinq salles superposées (Planche IV, coupe), c'est-à-dire de trois étages au-dessus du rez-de-chaussée et d'une cave au-dessous. Deux de ces salles ont été si dénaturées, qu'il est difficile de les rétablir dans leur état primitif : c'est le rez-de-chaussée et le premier étage. Celui-là, qui n'était pas voûté, a été métamorphosé en un magnifique escalier vers le commencement du XVII» siècle; le plancher a été enlevé, de sorte que ces deux étages n'en forment plus qu'un. Abstraction faite de cet escalier, on voit que le rez-de-chaussée n'avait pour tout ornement qu'une arcature ogivale disposée de façon à ne faire qu'un arc au milieu, accompagné de deux moitiés d'arcs; la coupe indique cette disposition.

De ce rez-de-chaussée, on passait dans le premier étage par un escalier à vis renfermé dans une tourelle octogone qui empâte l'angle sud du donjon, et l'on descendait dans la cave par le même escalier. Le premier (Voir le plan, Planche IV, n" 1), dont le sol est au niveau de celui du premier étage du château, a maintenant deux portes (A et B) qui ouvrent à droite et à gauche dans ce premier étage; autrefois il n'en avait qu'une, actuellement murée, et qui se trouvait en face de la grande fenêtre cruciforme, refaite en même temps que l'escalier, la cheminée et les nouvelles fenêtres de la salle synodale. Une porte ogivale conduit, par un couloir coudé, dans l'escalier à vis. Les nervures des voûtes ne sont qu'épannelées ; la clef centrale n'a pas d'ornements; celles des trompillons sont ornées de fleurons. La disposition de ces voûtes est d'une élégance rare dans les constructions militaires.

La cave ne diffère des autres étages que par son escalier droit et large, qui descend du magasin du rez-de-chaussée, et par un soupirail dont l'ouverture donnait dans la cour ; sa voûte ressemble à celle du second étage au-dessus du rez-de-chaussée, dont le plan est tracé dans la Planche IV, n" 2. Cet étage est au niveau du chemin de ronde des courtines; c'est le seul qui ait une cheminée; il devait être habité par le seigneur de Roquetaillade dans les moments de danger. Une petite fenêtre carrée, et percée à une grande hauteur, l'éclairé du côté du sud-est. L'autre fenêtre, qui donne sur la cour, est fort belle (Planche V, n" 8); deux bancs garnissent son embrasure, qui est voûtée en berceau bombé. Un meneau central la divise en deux baies recouvertes d'un linteau au-dessus duquel ont été ménagées deux ouvertures trilobées. A l'extérieur, un arc de décharge ogival recouvre la fenêtre. Ces quatre premières salles n'ont pas de meurtrières; on peut voir, par la coupe, qu'elles étaient inutiles; en effet, les trois inférieures sont enclavées dans le château, et la quatrième est juste à la hauteur des créneaux des courtines.

Le troisième étage, au-dessus du rez-de-chaussée, est très-élevé de cerveau ; il ne paraît pas avoir été voûté; mais deux grands arcs ogivaux ont, comme dans le château, fait l'office de poutres. Cet étage, dont voici le plan (Planche IV, n" 3), est éclairé, du côté de la cour, par une petite fenêtre trilobée comme celle de la tour du \neux château {Planche V, n" 2); son embrasure, voûtée en plein cintre, contient un banc en pierre. Cet étage est assez élevé pour que les flèches et les carreaux lancés de ses meurtrières puissent porter au-tlelà des fossés; aussi y a-t-on percé trois meurtrières, qui diffèrent de celles qui existent dans les autres parties du château en ce que leur ouverture extérieure a 1 5 centimètres de large au lieu d'en avoir 4 ou 5. Ces meurtrières font exception, et je ne sache pas que d'autres semblables aient jamais été signalées (Planche V, n" 7). La terrasse crénelée, ou plutôt le chemin de ronde qui est au-dessus de cet étage, domine tous les environs et n'offre rien de particulier. Une terrasse a également été établie sur la tourelle de l'escalier, qui dépasse de 3 mètres le sommet du donjon.

La foudre avait plusieurs fois frappé cette belle tour et causé de graves dégâts. M. de Mauvesin, après l'avoir réparée, a eu l'heureuse idée d'y établir un paratonnerre, auquel est attachée une girouette en forme de cygne. Les armes des Mauvesin sont écartelées au 1 et 4 d'azur, au cygne fFargent becqué et membre d'or, accompagné, au canton dextre, d'une étoile à six rais de même; au 2 et 3 d'azur, au chevron d'or surmonté d'un croissant d'argent, accompagné, en chef, de deux étoiles d'or, et, en |X)inte. d'un pin arraché d'argent.

Les chéncaux pour l'écoulement des eaux pluviales sont disposés tlans ce château d'une façon fort simple : tous sont creusés dans les dalles qui recouvrent les divers chemins de ronde; ils sont flécouvcrts, et leur entretien est très-facile. Les eaux qui passent sur les courtines sont rejetées dans les fossés par des gargouilles sans ornements; il en est de môme de celles qui tombent sur les tours ; celles du donjon sont rejetées sur les toitures des bas-côtés ; mais ces toitures étant à double égoût, on a établi sur les flancs du donjon un autre chéneau qui en fait le tour à la hauteur de la retombée des toitures; il venait aboutir à deux gargouilles représentant des animaux fantasti(|ues (jui s'avancent sur la cour, de chaque côté de la fenêtre du second étage ; il est établi sur une corniche supportée par de belles feuilles à crochets (Planche V, n» 13), dont on retrouve les analogues à l'abside de la cathédrale de Bordeaux. Comme il était impossible de balayer ce chéneau à cause de la place qu'il occupe sur le vide de la cour, on l'a recouvert d'un dallage; de sorte qu'il ne peut s'encombrer si les toitures sont bien entretenues.

Il est impossible de trouver une construction plus simple et plus solide que celle du château de Roquetaillade : tous les matériaux sont en pierre dure, les murs sont prfaitcment d'aplomb, aucune lézarde ne les sillonne, pas un arc ne s'est affaissé; les voûtes sont dans un parfait état de conservation ; en un mot, rien n'a bougé; et si le seigneur de Roquetaillade, qui, suivant la Chronique bordelaise, a fait construire cette forteresse en 1306, revenait, il retrouverait son œuvre à peu près telle qu'elle est sortie des mains de son ingénieur. Mais les assises des moellons smillés à peine dégrossis, sen-ant de revêtement, ne sont pas parfaitement régulières. Les angles du donjon et les pieds-<lroits des portes, des fenêtres et des meurtrières, sont bâtis avec des pierres de plus grand appareil, excellentes, mais inégales. Il en est de même des arcs, ce qui leur donne un air de négligence; les linteaux des portes et les pierres de celles qui sont recouvertes d'un arc bombé sont bruU du côté de la maçonnerie; on dirait qu'on a visé à l'économie, non dans la qualité, mais dans la taille des matériaux. D'un autre côté, si on en excepte la corniche et les gargouilles du chéneau, quelques clefs de voûtes, quelques moulures à la fenêtre du donjon, on n'y trouve pas de

sculptures; et cependant cette forteresse, si sévère dans ses détails, est d'une incroyable élégance

dans son ensemble.

J'ai recueilli diverses marques de tâcheron (*), soit dans le château vieux, soit dans le neuf; mais je n'ai pas la prétention de les avoir toutes découvertes :

Dans la tour de la porte du château vieux : <3> ^"^"^ V--*

Dans le donjon du château neuf : ^ -f" W | A X^^^ X C V ^

Si je me suis autant étendu sur la description du château de Roquetaillade, c'est que je le considère comme un des plus beaux types des constructions militaires élevées, non-seulement dans le Bordelais, mais encore dans le reste de la France, au commencement du XIV' siècle. On ne peut, vu les moyens d'attaque usités alors, trouver rien de plus simple, de plus commode et de plus fort. Le château, bien fermé, plein de munitions, de vivres, et pourN-u d'une garnison sulfisante et dévouée, était imprenable de vive force: l'artillerie seule aurait pu en avoir raison.

Un autre motif qui m'a fait m'appesantir sur les descriptions détaillées des portes, des fenêtres, des meurtrières, etc., c'est qu'on croit généralement qu'au moyen âge et surtout pendant les XIII* et XIV* siècles, toutes les ouvertures étaient ogivales et rien qu'ogivales. L'arc ogival est, en effet, presque général à cette époque, mais seulement dans les constructions religieuses; il était, au contraire, assez rare dans les constructions militaires et civiles. On ne l'y trouve guère, qu'aux formerets des voûtes, aux voûtes en berceau et aux archivoltes des grandes portes; pour les petites portes, les fenêtres, les embrasures des meurtrières, etc., on se servait de l'ogive, du plein-cintre, de l'arc bombé, du linteau ordinaire ou sur console; les fenêtres prenaient toutes les formes. Il y avait alors liberté complète pour le constructeur. Et cependant tout cela a un tel cachet, qu'un œil exercé reconnaît au premier abord une de ces ouvertures anciennes d'une ouverture moderne ou d'une époque différente.

Chapelle de Saint-Michel. — La construction de cette chapelle, qui servait aux tenanciers du château de Roquetaillade pendant leur vie, servait aux seigneurs après leur mort : c'était sous ses dalles qu'ils étaient ensevelis. Restaurée à plusieurs époques, ses constructions les plus anciennes ne remontent qu'au Xll' siècle ; mais il est fort probable que sa fondation est plus reculée. Au XIV siècle, on y a fait de grandes réparations ; au XVII", on a construit dans l'intérieur deux murs transversaux, et dernièrement on a relevé le mur septentrional, qui tombait en ruines. Les places qu'occupent ces diverses constructions sont indiquées, sur le plan, par des teintes différentes (Planche II, n» 7). Cette chapelle n'offre aucun intérêt archéologique, si ce n'est à l'intérieur une litre couverte des armoiries des Lansac, qui portaient écartelé au 1 et 4 de gueules au lion d'or; au 2 et 3 vairé d'or et d'azur. Ces armes ont été fournies en 1697 (*). Cette Htre et une

(*) Marques que les ouvriers gravaient en creux sur les pierres ([u"ils taillaient. Ces marques se retrouvent sur les revêtements intérieurs et extérieurs des monuments jusqu'au XV1I« siècle.

(') Jean de Lansac, frère de Grimon de Lansac, l'un des seigneurs qui assistèrent à la rédaction de la coutume de Bordeaux, épousa (comme nous l'avons vu page 1) Catherine de La Mote, héritière de Roquetaillade. Contrat du 15 août 1522.— Il est issu de l'ancienne maison de Lansac, qui a eu pour siège et origine la Guienne. La terre qui portait le nom de Lansac, s'appelle au-

couche de badigeon ont fait disparaître des peintures qui paraissent dater du XIV« siècle; la chapelle était anciennement le but dun pèlerinage assez fréquenté. Le jour de la fête de Saint- Biaise, un des saints qui y étaient honorés, on portait à Roquetaillade les enfants qui tombaient d'épilepsie ; on les faisait passer par un orifice pratiqué dans le mur méridional, sous une arcade ogivale du XIV* siècle ; le chapelain leur disait les Évangiles ; mais les miracles ont cessé, et l'orifice a été muré depuis qu'un impie, ou un mauvais plaisant, a eu l'idée d'y faire passer un chien. Une légende semblable existe à Monpezat, canton de Sauveterre. Un des autels secondaires est dédié à Saint-Biaise; l'autre, à Sainte-Marthe, dont j'ai retrouvé une petite statuette dans la chapelle.

Cette légende et ces guérisons miraculeuses, la chambre de Lorette, les grottes, le trésor caché dans le vieux château, la tradition (jui en attribue la fondation à Charlemagne, les silex travaillés, sont, pour moi, un indice à peu près certain que cette position était occupée bien avant le moyen âge, et que déjà, avant l'introduction du christianisme, la localité de Rotiuetaillade était célèbre.

Moulins de l'Etang et Colombier de Crampet. — D'autres monuments, dépendant de cette ancienne seigneurie, ne manquent pas d'un certain intérêt. Dans la vallée, au sud, existent deux moulins situés aux deux extrémités de la chaussée d'un ancien étang. L'un d'eux, le plus rapproché du château, conserv'e encore des constructions du XIV" siècle. A 500 mètres au nord de Roquetaillade est la métairie noble de Crampel, d'où ta vue générale (Planche I) a été dessinée. Là existe un colombier qui remonte au XIV" siècle; il est carré (Voir le plan. Planche II, n" 8, et la vue de l'intérieur. Planche VII); contre un de ses flancs s'appuie maintenant une maison de paysan; mais autrefois il était isolé. Le mur occidental est plus élevé que celui de l'orient, ce qui faisait un abri contre les vents d'ouest aux pigeons qui se tenaient sur la toiture. Une corniche très-saillante, et dont le dessous est tout à fait horizontal, garantissait les oiseaux des attaques des rats et des fouines. La fenêtre A est tout à fait moderne; la porte B et l'évier C sont un peu plus anciens; quant à la porte D, ses pieds-droits paraissent de l'époque primitive, mais le linteau a été refait. La cheminée est également moderne. Ces diverses additions ont été faites, à deux reprises, depuis qu'on a chassé les pigeons pour loger à leur place des fermiers.

Au premier abord, en entrant, et avant de se rendre compte des nécessités occasionnées par la destination de ce petit monument, on est étonné des bizarreries que l'on observe dans la construction de la voûte. En effet, cette voûte est formée de deux grands arcs surbaissés, HI et JK, d'inégales hauteurs. Le premier a i^Oô d'élévation sous clef, et l'autre 4"85. De l'extrados de celui-ci à l'extrados de celui-là, sont bandés deux demi-arcs L et M, de manière à laisser au centre une large ouverture carrée 0 qui servait de fuite aux pigeons. Toutes les parois sont garnies de boulins. Des saillies en forme de boudins carrés, et dont les distances de l'une à l'autre ne sont pas uniformes,

jourd'hui Bonil, près de Blaye. Il n'y a plus aujourd'hui d'autres branches. — Son fils, Michel de Lansac, seigneur et baron de Roquetaillade, épousa Jacquette de Caries. — Pierre de Lansac, son fils, épousa Jeanne de Bouille; il était chevalier des ordres du roi, grand sénéchal et gouverneur d'Albret, seigneur baron de Roquetaillade, premier baron du Dazadais, capitaine des gardes suisses du roi Henri IV, premier écuyer de M. le duc d'Alençon, frère de Charles IX; grand chambellan de M. le duc d'Anjou, frore unique du roi. Contrat du 20 octobre 157Î. — René de Lansac, son fils, marié à Marie de Lescours. Contrat du 8 décembre 1598. — Ici existe une lacune. — Puis Michel ou François épousa Catherine Dupérier. — Alexandre, mari de Françoise-Marguerite de Montlezun. Contrat du 27 janvier 1683. — François (dernier «les Lanzac, seigneurs de Roquetaillade), mort sans postérité le 13 octobre 1729. — Marie-Antoine de Monk d'Ozer de Lansac, héritier institué par François de Lansac. — Jean- Antoine de Monk d'Uzer de Lansac. — Marie-IIenriette de Monk d'Uzer de Lansac, mariée à M. de Laliorie, 1" décembre 1789. Dans le terrier dressé par M* Belloc, notaire à Langon, M. de Lansac est nommé chevalier, seigneur, marquis de Roquetaillade, premier baron du B-izadais. — (Notes de M. H. de Mauvesin.)

servaient à appuyer le pied lorsqu'on faisait la récolte ; des échelles à demeure servaient au même

usage, et les trous carrés réservés dans la voûte en assujétissaient les montants.

L'intérieur de ce colombier, habité maintenant par les métayers de Crampet, est extrêmement pittoresque. Le lit à quenouilles et les meubles qu'il renferme sont peu élégants; mais, en les ornant de quelques moulures et sculptures, on les harmonise parfaitement avec leur entourage. Autrefois il n'y avait pas de cheminée : on allumait le feu au milieu de l'appartement; de sorte que les voûtes sont d'un ton noir qui contribue à donner à ce réduit un aspect tout à fait original.

Roquetaillade est placé dans une des plus belles contrées du département de la Gironde. Une plaine couverte de riches cultures sert d'avenue au château, du côté de l'est; au nord et à l'ouest s'étendent de frais vallons arrosés par des cours d'eau qui serpentent au milieu des prairies; plus loin, des plateaux parsemés de champs cultivés ou de forêts mélangées de pins et de chênes forment le second plan, par-dessus lequel on aperçoit, dans le lointain, les coteaux accidentés qui bordent la rive droite de la Garonne.

Mais ce qui fait le charme de Roquetaillade, c'est le château lui-môme, dont les admirables silhouettes varient d'aspect, suivant la place qu'occupe celui qui veut les contempler. Lorsqu'on arrive par Langon, c'est le château de Gaillard de La Mote qui se présente le premier; ses grosses tours rondes et grises et son donjon carré et jaune prennent sur le ciel des proportions colossales et élégantes qui donnent l'idée de la force alliée à la grâce.

Si l'on vient de Bazas, tout le plateau sur lequel s'étendent le château et ses dépendances se déroule comme un vaste panorama de 300 mètres de long (*). A droite, c'est l'entrée de la cour, avec la chapelle de Saint-Michel; au milieu, la forteresse carrée; et à gauche, sur le même plateau, le château vieux, ruiné à point, couvert de lierre, dentelé à faire pâmer d'aise ceux qui cherchent le pittoresque. Il faut s'avancer de quelques centaines de mètres jusqu'au fond du vallon, à l'ouest, pour avoir une silhouette encore plus pittoresque et un splendide premier plan, des mouvements de terrain, de l'eau, et de beaux arbres (Planche VI).

Si l'on vient d'Uzeste, on doit faire en sorte d'arriver à Roquetaillade le soir, un peu avant le soleil couchant, pendant le mois de mai, au moment où les feuilles commencent à couvrir les arbres, ou, en automne, quand elles les abandonnent; il faut traverser le joli village de Roaillan, perdu au milieu d'arbres fruitiers dont chaque maison est entourée, puis suivre un petit chemin encadré de haies vives et de grands arbres, et au bout de ce chemin un spectacle merveilleux s'offrira à vos regards : le vieux château, couvert de lierre et doré par les derniers rayons du soleil, s'élèvera en lumière sur le ciel toujours sombre à l'Orient pendant cette heure de la journée ; derrière lui apparaîtront les tours fortement éclairées du château neuf; les ombres des coteaux envelopperont a vallée, sur laquelle se détachera en lumière une magnifique garenne de chênes séculaires; au premier plan, à vos pieds, et faisant repoussoir, une ferme pittoresque et tout le remue-ménage que cette heure amène dans les habitations de laborieux paysans, reposeront vos regards sans les détourner de l'objet principal.

En un mot, Roquetaillade est une merveille que tous ceux qui aiment le beau devraient visiter.

(') Cette vue est gravée dans mon Choix des types.

riLLEDLE DE BOaHEADX

Canton de Cadillac, arrondissement de Bordeaux

Rions, que le Gallia Christiaua met au nombre des quatre villes les plus anciennes de la Guienne, était, suivant l'abbé Expilly, le chef-lieu des Aquitani qui occupaient l'Entre-tleux-Mers. Saint Grégoire de Tours affirme que les habitants de cette localité furent infectés d'arianisme par les Visigoths.

Les monuments enfouis dans le sol nous prouvent, d'ailleurs, que cette cité avait une certaine importance sous la domination romaine : des mosaïques encore en place dans le jardin de M. Videau; d'autres qui en ont été enlevées et ensuite enchâssées dans le pavé de l'église; une tête antique en marbre encastrée au sommet de l'ogive d'une fenêtre, dans le mur méridional de la même église; une rue qui |)orte le nom de rue Romaine; un cimetière gallo-romain découvert récemment à 1 50 mètres environ de la porte de l'Est, démontrent qu'une riche t- t7/a s'élevait sur le bord des rochers, du côté de la rivière.

Rions, comme le reste de la province, eut à souffrir des incursions de tous les Barbares qui se succédèrent sur le sol de l'Aquitaine. Une me Sarrazine rappelle l'occupation de cette ville par les Sarrazins en 73t. Les Normands, de leur côté, ont laissé leur nom à une autre rue. Le comte Seguin, lieutenant de Charles-le-Chauve en Aquitaine, voulut leur résister; mais ils battirent son année et le tuèrent en 857 ('). Il est probable que ce Seguin était fils du comte Seguin, lieutenant de Charleniagne, et que les seigneurs de Rions descendaient de cette famille.

CefX'ndant, il ne commence à faire jour dans l'histoire de cette ville qu'à partir de la fin du XI* siècle. A celte époque, nous voyons un Auger, seigneur de Rions, accorder à saint Gérard, fondateur de l'abbaye de La Grande-Sauve, ce qui lui appartenait du fonds où fut bâtie cette abbaye, un des plus beaux monuments de la Gironde (*).

Dàs avant la domination anglaise, la seigneurie de Rions appartenait à la famille de Seguin. En effet, vers 1125, un Seguin, seigneur de Rions, soutient avec d'autres seigneurs les privilèges de l'abbaye de la Sauve, violés par Seguin d'Escoussans ('). Pendant toute la domination anglaise, les Seguin |)ossédèrent cette seigneurie, qui ne leur fut pas enlevée lors' de la conquête de la Guienne: car en 1 485 on trouve encore un Seguin soigneur de Rions.

Vers le coniniencemenl du XIII* siècle, Rions augmente ses fortifications et commence à jouer un grand rôle dans l'histoire du pays. Ayant, à l'exemple des autres villes et châteaux de la province, abandonné les Anglais en 1253, Henri III arrive en Guienne, s'empare de la ville, et ordonne, entre autres dispositions, de conserver sain et sauf ce qui était dans le château ; quelques

.' Chronique bordeloiie. — (») L'abbé Cirol de La Ville; Hi$toire de l'Abbaye et Congrégation de Notre-Dame de La Grande- Sauve. — i') Idem.

Vol. 1. 3

jours après, comme il assiégeait La Réole, il fait réunir dans la ville qu'il venait de prendre, le plus de troupes possible, afin d'avoir à sa portée des hommes sûrs (*).

A la suite du traité par lequel Saint-Louis rendit, en 12S9, la Guienne aux Anglais, des jours assez heureux paraissent avoir lui sur notre province; mais, trente-quatre ans plus tard, un autre traité fait passer, pour quelque temps seulement, la Guienne sous la domination française. Philippe-le-Bel n'ayant pas été fidèle à certaines conventions de ce traité, ou feignant de les ignorer, la guerre se rallume. Edouard équipe une flotte, qui passe devant Bordeaux sans l'assiéger, et s'empare de Podensac et de Rions. Le connétable Raoul de Nesle et Charles de Valois, qui commandaient l'armée française, sortent de Bordeaux; Raoul assiège Podensac, la garnison anglaise capitule et laisse les Gascons à la merci du vainqueur, qui rase la ville, choisit soixante des principaux prisonniers, les fait conduire à Valois, qui était devant Rions; Raoul les fait tous pendre en vue des murailles. La peur commune engendrée par ce spectacle et la crainte d'une trahison semblable à celle de Podensac, fait naître la désunion entre les Anglais et les Gascons qui composaient la garnison. Une querelle s'ensuit, pendant laquelle les Anglais se sauvent vers leurs navires, poursuivis par les Rionnais, qui en tuent plusieurs et en noyent un grand nombre. Valois, profitant du désordre, s'empare de la ville, la rase, détruit le château, passe la garnison au fil de 1 epée (*), et fait prisonniers dix-huit chevaliers, trente-trois gentilhorames et plusieurs officiers (^).

Après cet acte de barbare sévérité, la ville paraît être restée quelque temps sans fortifications, car en 1330 nous voyons Edouard III permettre à Guillaume Seguin, seigneur de Rions, d'entourer la ville de murs : « Pro Guillelrno Segini domino de Rynuncio habendo expensas suas pro conslruc- » tione murorum circa villam de Rynuncio (*). » Elle devint ainsi une des plus fortes villes de la Guienne. C'est peutrêtre ce même Guillaume Seguin que l'on voit, en 1299, sur la liste des seigneurs gascons qui avaient contracté à Londres des dettes avancées aux créanciers anglais par la commune de Londres. Il devait 123 livres 7 sous 9 deniers (*).

M En 1317, Bérard d'Albret acheta de Guilhem Seguin, de Rions, le château et la justice de » Rions, qu'il lui vendit par inféodation à la suite d'un long procès, en 1327. La seigneurie de » Rions comprenait les terres et paroisses de Virelade, Gérons, Barsac, Illats, Loupiac ("). » Bérard d'Albret fit recueillir et rédiger en 1346 les coutumes de Rions, accordées en 1328 par Philippe de Valois, roi de France, et publiées in extenso dans le compte rendu des travaux de la Commission des monuments historiques de la Gironde; ces privilèges, franchises et libertés, furent confirmées en 1463, par Charles d'Albret; en 1585, par le roi de Navarre, qui fut plus tard Henri IV, et en 1655, par Louis XIV. Déjà Charles IX avait accordé aux Rionnais quatre foires par an.

En 1346, Rions fut pris par les Anglais, commandés par le duc de Lancastre et Gautier de Mauny C).

En 1379, cette ville se mit sous le patronage de Bordeaux, et devint filleule de cette capitale avec sept autres villes de la Guienne. A la suite de cette confédération, et pendant la fin du XIV» siècle et le commencement du XV», Rions suivit la fortune du pays bordelais, tantôt française, tantôt anglaise, suivant son intérêt ou la nécessité. En 1 404, elle tenait pour la France (*); en \ 420, il en était de même; les Bordelais vinrent l'assiéger et la prirent. On employa pour ce siège des canons et des bombardes, une entre autres qui jetait des boulets de pierre de 800 pesant (^). En

(') Samazeuilh; Histoire de l'Agenais, du Condomois et du Bazadois. — (') Dupleix; Du Haillan. — (') O'Reilly; IHstoire complète de Bordeaux. — (•) Rôles Gascons. — i") Jules Uelpit; Documents. — ffl Compte rendu des travaux de la Commission des monuments et documents historiques de la Gironde. — ['] Dli Haillan. — (') Chron. Bordel. — (•) Dom Devienne; Hist. de Bordeaux.

1434-35, Bertrand, seigneur de Montferrand et de Langoiran, fit valoir des droits qu'il possédait sur les terres et domaines de Rions, Gironde et autres lieux, comme héritier de son oncle Bérard d'Albret ('). En 1438, il est mis en possession de la ville et du château de Rions (*).

En 1 440, le siège fut mis par les Anglais et les Gascons devant Tartas, qui appartenait au sire d'Albret, tenant pour la France. Après un siège de sept mois, on fit un traité par lequel on laissait Tartas à Charles, fils du duc d'Albret, et en outre plusieurs places dont Rions (Rioux) faisait partie. Si Charles ne voulait pas tenir son serment, il devait rendre au sénéchal de Bordeaux ce que celui-ci lui aurait donné ('). La même année, le roi d'Angleterre concède des rentes sur le domaine de Rions à Jean Amemon, écuyer (*). En 1 450-51 , le roi Henri VI accorde à Jean Rostainth la ville, le château et le domaine de Rions (*). Mais le règne des Anglais était fini en Guienne, car la même année Charles VII ayant résolu de faire la conquête de cette province, la fit attaquer par <|uatre corps d'armée. Celui qui était commandé jar le comte d'Armagnac assiégea Rions, qui fut comprise dans le traité signé le 1 2 juin 1 451 , par lequel les Bordelais promirent de se livrer, s'ils n'étaient pas secourus. Rions rentra ainsi sous la domination française « et fut baillée en garde » au sire d'Albret (•). »

L'n an plus tard, quelques seigneurs gascons appellent les Anglais; Talbot débarque en Médoc et vient se faire battre et tuer à Castillon. Rions prend part à la révolte et ne se rend aux Français qu'après une vigoureuse résistance.

« l'n traité, dit Mathieu de Coucy, fut fait en la manière qui s'ensuit. C'est à sçavoir qu'ils » rendroient au Roy Charles les chasteau de Cadillac avec les villes et chasteaux de Benaugcs et de » Rions, qui estoient de la nation du royaume d'Angleterre; seroient pris à rançon et reçeus à payer » finance, comme prisonniers, et que ceux qui se trouveroient estre desdils pays de Bordelois et de » Guienne, et des autres places du royaume de France, seroient et demeureroient du tout en son

» bon plaisir; lequel traité fut signifié au Roy, qui l'eut de la sorte pour agréable Mais quand

» les ambassadeurs de par luy députez allèrent auxdites villes et chasteaux, pour d'iceux avoir la » possession et délivrance, les Anglois estant dedans leur firent réponse que leur intention n'estoit » pas de rendre les^lites places sans débat et résistance, et que si aucune promesse avoit esté faite » avec les gens du Roy Charles, ce n'avoient pas esté des gens qui eus.sent pur cet effet puissance » et pouvoir du Roy Henri, leur souverain seigneur; bref, ils dirent aux .susdits ambassadeurs qu'ils » ne rendroient pas lesdites places sans ordre de leur souverain seigneur, ou sans débat; ce qui » estant venu à la connois.sance du Roy Charles, il fit hastivement faire les entreprinses et assauts de » ces places et forteres.ses, à quoy la raison le mouvoit, d'autant qu'il voyoit le refus et le contraire » de ce qu'on avait traitté, et pour y pourvoir il fit garnir suflisamment de vaillantes gens et de » bonne conduite tous les lieux et places là où on pouvoit penser que ceux desdites villes de » Benauges et de Rions pouvaient sortir et passer, et ainsi il les tint en tel danger et si à l'estroit, » qu'il ne leur venoit plus aucuns vivres ; de plus, il y avoit dedans lesdites places des gens de trois » nations, c'est à sçavoir: de la nation d'Angleterre, d'autres étrangers, et des pays de Guienne et » Bordelois, lesquels pendant ce temps se divisèrent fort les uns avec les autres, tellement qu'il y » eut et se passa entre eux de grands massacres par aucun espace de temps. » Cependant il fallut cé<ler.

(•) Râietgcucon*. — ,*) W. - (») Jean Chartier; Histoire de Charla Vil. — i») Rôles gascons. — (•) Id. — («) Monstrelet; Jean Chartier ; Berry, Hisloire chronologique du roi Charles VII.

Les guerres de religion furent également fatales à cette ville. En 1591, les Huguenots avaient établi leur quartier général à Créon ; de là, ils rayonnaient dans l'Entre-deux-Mers, qu'ils livraient au pillage. Une de leurs bandes se présenta devant Rions, où quelques partisans qu'ils y avaient leur livrèrent le couvent des Cordeliers, qu'ils démolirent pour y faire des retranchements plus faciles à garder. La ville prise, ils en barricadèrent tous les endroits faibles, puis se mirent à piller les bateaux qui portaient des marchandises à Bordeaux. Le maréchal de Matignon s'avança contre eux à la tête d'une armée qu'il avait levée pour attaquer les religionnaires du Condomois; mais ceux de Rions se défendirent si bien, qu'il fut obligé de faire venir de plus grosse artillerie, et, malgré ce secours, ne put réduire la ville par la force, et la garnison obtint une honorable capitulation (').

Depuis cette époque, Rions, qui était le chef-lieu d'une juridiction qui relevait de la seigneurie de Castelmoron d'Albret, quoique jouissant de ses privilèges et de sa vie propre, a partagé la bonne et la mauvaise fortune du pays bordelais, mais n'a plus joué qu'un rôle fort secondaire; néanmoins, les habitants ne perdirent rien de leur antique valeur. En effet, ayant été, en vertu d'un ordre du prince de Conti, attaqués en 1652 par le marquis de Gallapian, conduisant les milices de La Réole, ils fermèrent les portes et se défendirent si bien, que le terrible colonel fut obligé de lever honteusement le siège {^).

Louis XIII, le duc d'Épcrnon, la famille de Chabannes-Curton, celle de Ribérac, possédèrent à tour de rôle la baronnie de Rions, qui passa, en 1724, dans la famille de Sallegourde; celle-ci l'a gardée jusqu'à la Révolution.

Le dernier fait historique que nous trouvons à signaler sur cette localité date de la dernière invasion, en 1814. Les Anglais, après la bataille de Toulouse, marchant sur Bordeaux, suivaient la rive gauche de la Garonne et l'ancienne voie romaine, appelée lou Camin Gallian. Rions dut à son ancienne réputation d'une des plus fortes places de la Guienne l'honneur d'être sommée de se rendre. M. Marc Bordes, commandant de la garde nationale de la ville, capitula à l'amiable avec le maréchal anglais Beresford {^].

Elle est encore aujourd'hui, mais seulement à cause de ses monuments, une des villes les plus intéressantes du département de la Gironde. Du jour où elle les détruira ou les laissera tomber entièrement, elle perdra sa quaUté de ville et descendra au rang des bourgades : il ne lui restera plus, pour se distinguer de ses voisines, que ses petits pois de primeur, ses cerises et ses succulentes et merveilleuses pêches.

La ville de Rions est située sur la rive droite de la Garonne, à 30 kilomètres sud-sud-est de Bordeaux. Autrefois, la rivière était très-rapprochée du pied des rochers sur lesquels s'élèvent ses remparts.

Son plan (*) forme un polygone allongé irrégulier, dont la plus grande longueur, du nord-ouest au sud-est, est de 330 mètres, et la plus grande largeur d'environ 170 mètres. Les rochers et les murs dont ils sont surmontés auraient dû paraître suffisants pour protéger le côté parallèle au fleuve ;

(*) De La Colonie ; Histoire curieuse et remarquable de la ville et province de Bordeaux.

(•) Les cruautés inouïes commises à Langon et dans les localités voisines de cette ville ont laissé de ce Marquis un souvenir si exécrable, qu'une des plus grandes injures qu'on puisse dire à un homme, dans cette partie de la Gironde, est de l'appeler grand Gallapian.

(') Note communiquée par M. Labarthe, maire de Rions.

(♦) Tous les plans des villes seront à la même échelle : 1 centimètre pour 50 mètres.

1 Rue Romaine.

1 Roe de LavidoB.

3 Rue de la CiUdelle.

* Place SeguJD.

i Rue du Chileaa.

6 Rue de la Marioe.

7 Rue de la Tour-Neute.

8 Sue du Cantoo.

9 Place de la Mairie.

10 Rue des Normauds.

11 Puits dt Laridon.

11 Rue Poissonnière.

Il Rue de la Tuerie.

14 Rue des Anglais.

15 Rue Judaïque.

Il Rue des Ligueurs.

17 Rue de U Halle.

18 Rue du Repos.

18 Rae de l'Archeièque.

iO Km 4' Aquitaine.

M IveSarrazine.

tl lae de U Tour du Guet, n EBiplacement du cimetière sallo-romtùi.

on ne l'a pas cru ainsi, et des lices [0] ont été ménagées au pied de ces rochers. Un mur moderne (Al) en remplace, dans certarns endroits, les anciennes palissades. Deux fossés parallèles, larges l'un et l'autre de 18 à 20 mètres, enveloppent le reste de la ville; ils sont séparés par une étroite langue de terre surmontée d'un chemin de ronde protégé autrefois par des palissades. Ce chemin se reliait auxbarbacannes, en avant des portes. Actuellement, les fossés s'arrêtent brusquement à l'alignement (le ces portes. C'est, d'ailleurs, la disposition primitive pour le fossé intérieur. Mais l'autre ceignait les barbacannes.

Ils se prolongeaient tous deux, après les portes du nord et du sud, jusqu'au Itord des rochers. Les nmrs et les tours qui les flanquent, à dislances inégales, s'élèvent sur l'escarpe du fos,sé intt-rieur. U faut remarquer que les tours bâties sur le côté parallèle au fleuve sont carrées, et que les autres sont rondes.

La date des murailles de Rions (4330) nous est donnée par le Catalogue des Rôles gascons; mais n'eussious-nous pas cette preuve historique, que l'étude des monuments seule nous l'eût donnée.

La Citadelle (Planche VIII). — Les courtines, encore presque entières, surtout du côté opposé au fleuve, ont, pres(jue [lartout, |)erdu leur couronnement, et offrent, en outre, peu de chose à observer; mais les tours sont assez intéressantes : la plus remarquable et la mieux conservée de

' ' toutes est celle (jui s'élève à l'extrémité de l'angle occidental de la ville A

^^H^^HHHj (plan d'ensemble); elle domine la plaine de la Garonne et frappe les regards

^^^^^^^^^BUP de tous les voyageurs qui passent devant Rions, soit en chemin de fer, soit 15 ^B en bateau à vapeur. Son plan est carré ('). Les fondations d'un de ses côtés

IBJ |h [)rennent du bas des rochers; celles des trois autres s'appuient sur les rochers

^■^^JT^H eux-mêmes. Elle est, comme presque toutes les forteresses de la Gironde,

^^^^^t~^^^ bâtie en moellons de pierre dure carrés et piqués, parfaitement appareillés,

^ et sa solidité paraît inébranlable. On l'appelle la Citadelle.

Sa hauteur totale est d'environ 23 mètres. Elle se compose de trois étages. Le sol du premier est à 2 mètres au-<lessus du niveau du sol de la ville, et, par consé(iuent, à environ 9 mètres au-dessus de la base des rochers. On voit, par le plan, que la tour n'est pas parfaitement carrée. Il est une chose digne de remarque : c'est qu'il est extrêmement rare de voir des tours du moyen âge, du moins dans nos contrées, dont le plan soit parfaitement régulier, et cela lorsqu'aucune raison ne s'oppose, comme ici par exemple, à l'emploi d'une régularité parfaite.

La porte A s'ouvre à 1"70 au-dessas du niveau du sol de la ville, et dans l'angle formé par une dos courtines du mur d'enceinte et la façade méridionale de la citadelle. Les pieds-droits de cette

(') Tous les plans de détails seront sur la même échelle : 3 millimètres pour 1 mètre.

porte sont ornés de moulures usitées au XIV" siècle, et dont voici le plan; mais son linteau est

^ formé de courbes que je n'ai rencontrées nulle part ailleurs (Planche IX, n» 1).

^P A l'intérieur, le linteau est droit et sur consoles, et le vantail élait consolidé au

^^^^ ^^^^ moyen de barres que l'on faisait glisser, lorsqu'oii voulait ouvrir la porte, dans

^^^H^H^^^ un trou horizontal percé dans le mur.

La cheminée (Planche IX, n" 2), ménagée dans la paroi orientale, sur laquelle elle ne fait pas de saillie, a son manteau appareillé avec joints à crossettes, et soulagé par ^^^„^—^ un arc de décharge en plein-cintre. Son ouverture est entièrement entourée de moulures ^^1^) formées de deux gorges et d'une baguette qui retombe sur une base à facettes.

^1 Ce rez-de-chaussée est éclairé par une fenêtre carrée divisée autrefois en deux par un meneau vertical qui a été enlevé. Elle est encadrée extérieurement par de riches moulures. Son embrasure, garnie de deux bancs en pierre, est recouverte par une voûte en plein-cintre.

La disposition de cette fenêtre n'a d'ailleurs rien de particulier ; presque toutes celles de cette époque sont faites de la même façon.

L'escalier est percé en rampe droite dans l'épaisseur du mur méridional ; il s'interrompt à chaque étage, et les portes qui y communiquent sont à linteau droit. Les trois étages de celte tour n'ont jamais été voûtés ; les planchers s'appuyaient sur des retraits disposés de façon à ce que les étages augmentent de largeur au fur et à mesure qu'ils s'élèvent. Mais si leur largeur augmente, leur hauteur diminue. Les deux étages au-dessus du rez-de-chaussée n'offrent, d'ailleurs, rien de remarquable : c'est là que se trouvaient les latrines, placées dans une guérite saillante contre le mur du nord, et portée par deux consoles. Ce réduit nécessaire n'a rien qui le distingue de tous ceux bâtis partout ailleurs, depuis le XIII* jusqu'au XVI» siècle. On le voit très-bien dans la planche VIII,

Les mâchicoulis et les créneaux qui couronnaient la citadelle étaient supportés |)ar des consoles à trois redans qui subsistent encore.

Plus tard, peut-être pendant les guerres de religion, la citadelle a été entourée, du côté de la ville, par un mur élevé de deux étages et percé de deux rangs horizontaux d'embrasures pour armes à feu : le rang supérieur pour arquebuses, l'autre pour de petits canons. Il faut remarquer que la citadelle étant un donjon, le dernier refuge de la garnison, est complètement entourée de mâchicoulis ; dans certains cas, elle devait être obligée de se défendre de tous les côtés à la fois.

En fi (plan d'ensemble), est, m'a-t-on assuré, l'emplacement du château, dont il ne reste plus rien. Là se trouvait une tour que j'ai dessinée en mai 1837 (Planche IX, n° 3), et qui depuis a été démolie; elle devait protéger l'angle sud-ouest du château et une poterne. Elle paraît avoir eu trois étages au-dessus du rez-de-chaussée. Le premier étage était éclairé, à l'ouest et au sud, par deux fenêtres géminées, formées de deux ogives subtrilobées et entourées de moulures dessinant un encadrement carré. La fenêtre méridionale du second étage était formée de deux ouvertures ogivales extradossées et séparées par un meneau. A l'ouest, était une fenêtre carrée. Les ouvertures du troisième étage devaient être du côté opposé.

Au pied de cette tour, au sud, et dans le mur de ville, existait une poterne appelée encore la fausse forte. Je l'ai rétablie d'après mon dessin de 1837, les indications qui m'ont été données sur les lieux, et le peu qu'il en reste encore. Elle s'ouvrait (Planche IX, n° 3) à une assez grande hauteur au-dessus du sol extérieur; de là, on montait jusqu'au niveau du sol de la ville par deux

voies : une pcnle douce en face de la poterne, et un escalier qui longeait le côté intérieur du ujur d'enceinte. Extérieurement, cette poterne était protégée par un mur qui formait avec celui d'enceinte, auquel il était parallèle, un corridor étroit en pente assez raide, et dont l'entrée était fermée par une porte. En avant, parait avoir existé une barbacanne ou une bastille servant à jjrotéger les abords de la poterne.

D'après l'inspection des lieux et l'étude que j'ai faite des autres forteresses, j'ai tout lieu de jKînser (jue le château occupait primitivement toute la partie de la ville située au nord-ouest, depuis la tour B ;plan d'ensemble) jusqu'à la citadelle; de là, il allait jusqu'à la porte E, en suivant à peu près la ligne ponctuée EPB, et longeait la poterne /, qui pouvait servir en môme temps à la ville et au château.

L'emplacement où se trouvent les mosaïques signalées plus haut est au point Q. La porte Lavidon (C), qui s'ouvrait au milieu de la courtine du sud, a été complètement démolie. Le plan de l'ancien cadastre lui donne la même forme et les mômes dimensions que celles de la porte orientale, dont la description se trouve plus loin. En avant de cette porte, existait une barbacanne murée, carrée, et dont on trouve encore les fondations. Elle avait elle-même une porte cintrée. Cette disposition se retrouvait en avant des deux autres portes. La place qu'elle occupait s appelle fa place d'Armes. Le fossé entre la porte Lavidon et le rocher était interrompu par un mur dans lequel s'ouvrait une autre porte cintrée (J).

La lourde l'angle oriental a d'assez faibles dimensions : S^Sa de diamètre extérieur; elle n'a plus qu un étage. Je n'ai pu entrer dans le rer-de-chaussée, qu'on m'a dit ôtre voûté en dôme, comme les tours rondes du château de Bénauge. A côté de cette tour, on a trouvé des tombes en pierre du moyen âge, et dans lesquelles la place de la tôte du mort est réservée.

En suivant la ligne des murs du nord-€sl, on rencontre une autre tour massive et plus étroite que la précédente. Enfin, après un renfienienl dans les murs, on arrive à la porte de l'Hian, ou Douillan, ou tour des Prisonniers, ou porle de l'Est (D), encore à peu près entière; c'est une des {)lus intéressantes du département de la Gironde. Elle s'ouvre entre deux tourelles rondes accolées

à une tour carrée irrégulière faisant saillie sur le mur de ville et interrompant le fossé le plus rapproché de ce mur. La tour avait deux étages au-dessus du rez-de-chaussée, qui est de plain-pied avec le sol de la barbacanne et celui de l'intérieur de la ville. La grande ouverture qui donne de ce dernier côté est en plein-cintre; mais les pieds-droits |Kiraissent avoir été retouchés pour élargir la porte. L'archivolte extérieure A de la porte est ogivale, et précède un assommoir qui est en avant de la herse. I^ herse et l'assommoir sont séparés par un arc ogival. Enfin, après la herse, étaient les vantaux, maintenus par des barres à fléau. L'arc intérieur F est en cintre surbai-ssé. Le rez-de-chaussée est percé de deux meurtrières qui battent les fossés ; elles ne diffèrent pas des meurtrières ordinaires du XIV« siècle; leur voûte est en cintre bombé, et leur ouverture extérieure est crucifonnc, comme celles de Roquetaillade ; le bas de celte ouverture a été motlifié pour servir aux canons. La voûte esi à ner\-ures épannelées, s'engageant aux angles dans des pilastres ronds.

Dans les piliers des angles les plus rapprochés de l'extérieur, s'ouvrent les portes des tourelles. Je n'ai pu pénétrer que dans celle du nord; mais les meurtrières de l'une et de l'autre étant disposées de la môme façon, ces tourelles doivent ôtre semblables à l'intérieur. La porte, très-

étroite, est à linteau droit sur consoles; elle est suivie immédiatement d'un arc ogival qui précède un arc en plein-cintre qui forme l'ouverture intérieure de la porte (Planche IX, n° 4). Cette tourelle est voûtée dôme retombant sur une corniche simplement biseautée. L'ouverture intérieure des meurtrières esl à linteau sur consoles (Planche IX, n° 5); deux de ces meurtrières sont disposées de façon à prendre en flanc les assaillants qui auraient essayé de soulever la herse. Nous avons vu une disposition semblable à Roquetaillade. On montait au premier étage de la tour par un escalier /, qui est actuellement démoli; on voit encore les arrachements des arcs sur lesquels il était établi.

La voûte est en fort mauvais état; de sorte que, sans monter dans la tour, on aperçoit la disposition des deux étages supérieurs, qui étaient éclairés par des fenêtres carrées et munis de latrines semblables à celles de la citadelle. Une porte de chaque côté du premier étage permettait de passer sur les courtines.

Les étages supérieurs de la porte de l'Hian, maintenant découronnée, pouvaient encore résister longtemps, même après la prise du rez-de-chaussée ; c'était une espèce de donjon disposé, d'ailleurs, comme presque toutes les portes de cette époque. Nous devons sa conservation aux démarches de la Commission des monuments historiques de la Gironde.

En se dirigeant ensuite vers le nord, on trouve une petite tour, appelée Tour du Guet (Planche X, donnant la tour du Guet, les courtines qui existaient encore en 1840, et la porte de l'Hian dans le fond), extrêmement élégante, empâtant un angle du mur de ville, et dans laquelle on ne peut entrer qu'en passant sur le chemin de ronde, derrière les créneaux des courtines. Sa porte est à linteau sur console ; la tour est ronde à l'extérieur, et prend à l'intérieur la forme de l'angle obtus qu'elle protège; elle est massive au rez-de-chaussée; c'est une sorte de contrefort surmonté d'une échauguette non saillante, percée de meurtrières qui ont été remplacées par des embrasures pour de petits canons ; elle est couronnée de mâchicoulis, et conserve encore une partie de ses créneaux.

A partir de cette tour, le mur se dirige, presque en ligne droite, jusqu'à la citadelle. C'est au milieu de leur parcours que se trouvait la porte du nord, dont il ne reste plus rien (E). La place qui la précédait s'appelle la place du Poteau. C'était là qu'étaient, dit-on, les fourches patibulaires. Cette porte, d'après la tradition, était de même foiine que les autres.

Au nord de la citadelle, en dehors de la ville, mais très-probablement dans l'enceinte des lices, existait, avant la construction des fortifications de 1330, une source qui jaillissait au fond d'une grotte (S). Guillaume Seguin fit voûter cette grotte en ogive, et construire en avant une grande archivolte ogivale retombant, à droite et à gauche, sur un cul-de-lampe (Planche VIII); il transforma ainsi la grotte en une élégante fontaine dont on a fait depuis un lavoir. Cette fontaine porte le nom de Grotte de Charles VU, parce que ce roi s'y est, dit-on, reposé (*). Ce n'est pas la seule grotte qui se rencontre dans les rochers sur lesquels s'élève la ville. Il en existe une seconde, entre la citadelle et la fausse porte, en 0, dans laquelle jaillit une source abondante. Au milieu de la grotte, on a établi une table très-massive en pierre. En suivant la même ligne des murs, et près de l'angle sudouest, on en trouve une autre très-vaste (R), dont l'entrée est recouverte par une archivolte ogivale. Toutes ces grottes et ces sources, qui ont leurs légendes, ont peut-être servi d'abord d'habitations, et plus tard de lieux de refuge aux premiers habitants de la contrée, et ont sans doute puissamment contribué à faire de cette localité un centre de population dès les premiers âges. A quelques mètres

(') Sur un vieux plan des environs de Rions, et ({ui se trouve aux archives départementales, cette fontaine porte le nom de Fontaine des Dames.

au-<lessus de l'arcade ogivale, on lit, sur une pierre ayant dû servir de clef d'archivolte, et encastrée à l'envers dans le mur, cette inscription en lettres gothiques :

3ntu). îmi. mxtcc. ixxïx. n.f t,î>ic. Jto. mcnsis.octobris. primum.opus.tuit. «nîritmn.

On a depuis peu descendu cette pierre.

Il existe dans les archives de Rions une relation curieuse d'une panique qu'eurent, le 30 juillet 1789, les habitants de l'Entre-deux-Mers, et en particulier ceux de Rions et des localités voisines de cette petite ville ; elle nous prouve que les cités entourées de murs et possédant encore leurs anciennes fortifications, pouvaient résister à un coup de main, ou du moins se croyaient capables de se défendre à leur abri, et surtout servaient de refuge aux habitants des villages voisins.

Voici la copie de cette pièce, qui nous a paru assez intéressante pour être reproduite dans son entier :

« Aujourd'hui jeudi, 30 du mois de juillet 1789, le Comité assembk»^ dans sa salle ordinaire, et " délibérant sur divers objets de police, on lui a annoncé un particulier, habitant de cette ville, » nommé Jean Briol, qui, ayant été introduit, a dit que, allant à la ville de Cadillac, il avait été » contraint de revenir sur ses pas, sur une alarme fondée par un bruit que 4 ou 500 brigands » venaient de ravager la ville de Sauveterre et avançaient dans nos campagnes, en y exerçant le » même brigandage : que presque toutes les paroisses de l'Entre-ileux-Mers sonnaient le tocsin, ce » qui augmentait et rendait l'alarme générale. — D'aprt's cet exposé, le Comité, voulant prévenir » toute l'émotion que de pareilles circonstances peuvent causer aux habitants de leur ville, députa )' sur-le-champ MM. Bordes et Chauveau père pour se rendre en toute célérité dans la ville de •> Cadillac s'enquérir des faits et circonstances susdits, et prendre, à raison de ce, tous les rensei- " gnements et perquisitions nécessaires pour nous procurer, en cas de réalité du fait, une vigoureuse " défense. Et dans ce moment sont arrivés nos deux envoyés, qui nous ont rapporté qu'effectivement X toute la ville de Cadillac était dans les plus grandes alarmes; que ses habitants se rangeaient .sous » les armes, en disant que plus de 3,000 brigands allaient les as.s;iillir; que la paroi.sse de Beg'uey " s'attendait à de pareilles incursions; que plusieurs personnes, femmes et enfants, abandonnaient > leurs mai.<ons pour chercher leur siilut dans la fuite.

» D'après ce rapport, qui nous fut même confirmé par plusieurs habitants des paroisses et des " villages voisins, qui se repliaient dans notre ville, nous fîmes, sur-le-champ, battre la générale, » fermer nos portes, et nous prépariimes à une vigoureuse défense, en plaçant cinq canons à la » porte du nord, une garde de dix hommes, six canonniers et deux sentinelles en avant. A une n brèche au sud de la ville, un canon de 12, chargé à mitraille, une garde de six hommes, trois » canonniers et deux sentinelles. A la porte d'Abadie (porte de Lavidon?) deux sentinelles placées » au haut des tours, et environ cent femmes sur le remp;irt, dans cette partie, occufK'es à le garnir >< de ribaut (pierres). A la porte du Lhian, deux sentinelles; au haut des tours, deux autres en " avant, et plusieurs femmes occupées à porter du ribaut sur le rempart. Notre corps de garde, » placé au centre de la ville, recevait les habitants des campagnes voisines, qui s'y rendaient en » foule, et leur distribuait des armes pour nous mettre en état d'aller au-devant de l'ennemi, et o procurer aux villages et maisons isolées quelque sûreté au cas d'attaque. Les choses dans cet » étal, nous reçûmes un courrier des habitants de Cadillac, par lequel ils nous donnaient en » conimunication une lettre à eux écrite par les habitants du comté de Bénauge, portant que

Vol. I. i

)' l'alarme qui avait été répandue dans tout le pays n'avait pris fondement que sur quelques révoltés » qui s'étaient portés à incendier deux ou trois maisons.

» Lorsque le principal sujet de nos alarmes eut disparu, nous ne pûmes nous livrer à la sécurité » qu'en imitant nos voisins, en faisant bonne garde et nous promettre une retraite assurée. Dès cet » instant, il a été délibéré et arrêté par le Comité qu'il serait fait une patrouille des plus exactes, » qui sera commandée par un officier, à tour de rôle, dans l'ordie du tableau.

» Fait et arrêté cedit jour, par le Comité, à dix heures du soir.

» Ainsi signé : Basset, président; Bonnet, secrétaire {'). »

Le couvent des Cordeliers (X) n'offre plus aucun intérêt. C'est maintenant une propriété particulière appartenant à un riche armateur de Bordeaux, M. Sensine.

Peu de monuments restent encore dans l'intérieur de la ville, et presque toutes les maisons onl été rebâties. Il existe cependant quelques logis du XVI' siècle, avec un escalier dans une tour faisant saillie sur leur façade, et, dans la grande rue, une maison du XV« siècle, avec une fenêtre dont le bandeau, sous l'allège, est orné de belles feuilles frisées dans lesquelles jouent un animal et un diable.

Au nord de l'église existe un grand bâtiment (U), long de 31 mètres et large de T^SB, appelé l'Archevêché; c'est une construction du premier tiers du XIII' siècle, qu'a dû faire élever Amanieu de Gressignac, archevêque d'Auch, qui était né à Rions. Ce prélat avait d'abord été attaché à l'église d'Angoulôme, dont il était devenu le doyen. Il fut élevé le i" juin 1224 sur le siège de Tarbes. L'archevêque d'Auch étant mort le 22 mars 1226, en odeur de sainteté, et enterré au monastère de La Sauve-Majeure, Amanieu fui appelé pour le remplacer. En 1242, il partit pour l'Italie, où « il allait assister au concile convoqué dans l'église de Latran par Innocent IV. Ce pape » lui destinait la pourpre, mais Amanieu fut arrêté dans son chemin avec Geraud de Malemort, » archevêque de Bordeaux, par ordre de l'empereur Barberousse, contre lequel le concile allait » s'assembler. L'empereur le fit transporter à Capoue et jeter dans un noir cachot, où il mourut » bientôt épuisé de faim, de misère et de tortures. Son corps fut depuis rapporté en France et » enseveli dans l'église de La Sauve-Majeure (*). »

Ce bâtiment, qui sert actuellement de chai et de magasin de tonnellerie, paraît s'être composé de deux salles, éclairées au nord et au sud par de nombreuses fenêtres en plein-cintre, très-ébrasées en dedans, assez étroites en dehors, percées à 3 mètres environ du .sol, et séparées l'une de l'autre par un pied droit couvert d'un boudin commun à deux fenêtres. Ce boudin fait le tour du cintre de la fenêtre, et s'appuie sur un cul-de-lampe représentant une tête humaine. Deux autres boudins, sans bases, forment également un autre arc en retrait au-dessous du premier. Une corniche couronne le mur immédiatement au-dessus des fenêtres. Ce bâtiment, qui était splendidement éclairé, n'a pas été voûté; sa toiture devait être à deux pentes. On a, depuis quelque temps, abaissé le mur du sud jusqu'au milieu des fenêtres, pour ne donner qu'une pente à la toiture, ce qui a dénaturé tout à fait l'aspect de ce monument, un des spécimens les plus curieux de l'architecture civile du XIII* siècle dans la Gironde.

L'église de Saint-Seurin de Rions se composait au XII' siècle, époque de sa construction, dune croix latine sans bas-côtés. Une abside„ formée d'un chœur et d'un sanctuaire, terminait la grande nef vers l'orient; deux autres absides plus petites formaient sanctuaire à l'est des bras de la croix.

l'j Communication de M. Jules de Gères. — ^') L'abbé J.-J. MontlCÂun; Histoire de la Gascogne.

Los trois absides et quelques chapiteaux sur les colonnes les plus rapprochées de ces absides restent seuls de cette première église.

Dans le courant du XllI* siècle, lors de la construction de l'Archevêché, une réparation a été faite au bras de la croix; les voûtes du transsept ont été alors construites; leurs nervures retombent sur des culs-de-lampe représentant des têtes humaines d'un fort beau dessin. Au XIY» siècle, probablement lors de la construction des fortifications de la ville, on a rebâti la nef romane et agrandi l'église en y ajoutant deux bas-côtés : nef et bas-côtés ont chacun trois travées; leurs voûtes d'arêtes reposent sur des piliers flanqués de colonnes. A la même époque, mais après la construction entière de l'église, on a ajouté une porte au sud, actuellement murée. Dans ces derniers temps, on a bâti au nord deux appendices servant de chapelle et de fonts baptismaux, et,, à l'ouest, un clocher sans harmonie avec lui-même et surtout avec le reste du monument. L'église de Rions, sans être remarquable, est cependant d'un bon style et suflisamment grande pour la population de cette petite ville. Elle vient, il y a peu de temps, d'être restaurée d'une manière satisfaisante. Elle avait deux cimetières : un grand, qui sert encore, derrière l'abside, et un petit devant le clccher. Celui-ci a été converti en place publique quelque temps avant la Eévolution. Il servait à ensevelir les cadavres étrangers ou inconnus que la rivière lais.sait sur .ses bords.

Nous avons vu plus haut qu'en 146i, les privilèges, franchises et libertés de Rions, furent confirmés jwr Charles d'Albret, comte de Dreux et caplal de Buch, qui portait en ses armes : écarlelé de Foix, qui est d'or à trois pals de gueules, et de Béarn, qui est d'or à deux vaches de gueules, passantes, accolét^s, clarinées et accornées d'azur. Ces armes, sculptées s^ur albâtre et entourées d'ornements de la fin du W' siècle, ont été encastrées au-dessus de la porte du clocher. On n'a pu me dire où elles ont été prises.

La petite ville de Rions est située dans une des plus belles et des plus riches contrées du d(''|wrtement de la Gironde. La rivière s'est éloignée de .ses remparts; mais un de ses bras baigne encore le rcK-her tout près de la citadelle et forme une avenue licpiide, ombragée de saules, d'ormes et de pe'upliers, au bout de laquelle apparaît le ch.Ateau de Langoiran. Derrière la ville s'étendent, ju.squ'aux pieds des coteaux, des vignes admirablement cultivées, entremêlées de plantations de |X)is qui font la fortune du pays. Des cerisiers gigantesques et des pêchers en plein vent coupent la monotonie des lignes trop horizontales des vignobles, et donnent, en outre, des fiuits qui peuvent avoir des égaux, mais n'ont pas de supérieurs. Le plus merveilleux des panoramas se déroule sous les regards de celui qui a le courage de monter sur les coteaux : il voit, en face de lui, au loin, les landes et leurs lignes horizontales de pins noirs; plus loin encore, et un peu sur la gauche, la vallée du Ciron, jusqu'au chAteau de Bude)s et au-delà ; puis, en suivant, toujours sur le même côté, les coteaux de Sauternes et de Fargues, la ville de Cadillac, le château du Cros et celui de Tastes à Sainte-Croix-du-Mont ; sur la droite, Langoiran, Le Tourne, Castres, et les côtes de Quinsac, epii empêchent de voir Bordeaux; à ses pieds, la ville de Rions, celle de Podensac, et tous les riches villages qui se mirent dans la Garonne ; et enfin, de l'extrême gauche à l'extrême elroite, les méandres argentés de ce magnifique fleuve sillonné de gabarres aux voiles blanches, ou de bateaux à vapeur suivis d'un grand |)anache noir ; et pour donner encore plus de gaîté et de vie à cet éblouissant Uibleau, apparaissent, d'heure en heure, les vapcvu-s brillantes des locomotives, qui emportent, avec la rnpidité de la foudre, les voyageurs el les produits du sol.

MOULIN DE BAGÂS

Canton et arrondissement de La Réole.

Pendant le moyen âge, les campagnes de la Guienne, parcourues dans tons les sens par les hommes d'armes et les soudoyés de la France, de l'Angleterre et des seigneurs, presque toujours en guerre avec leurs voisins , — traversées chaque jour par des bandes de malfaiteurs que ne pouvait réprimer la police si mal organisée à cette époque, — auraient été dévastées à tout moment si elles n'avaient pourvu à leur défense particulière, si elles ne s'étaient couvertes de petites forteresses capables de résister à un coup de main. Outre les villes, dont les enceintes étaient presque toujours très-importantes, les châteaux capables de soutenir victorieusement de longs sièges dirigés par d'habiles capitaines commandant à de nombreuses troupes, les monastères qui s'entouraient d'épaisses murailles percées de meurtrières et couronnées de créneaux, les églises qui devenaient souvent le dernier refuge des habitants des villages, — les fermes, enfin, étaient de véritables forteresses, et les moulins, à cheval sur les cours d'eau, pouvaient résister, comme les châteaux, à de vigoureuses attaques; ils étaient, d'ailleurs, presque toujours placés assez près des forteresses ou des monastères auxquels ils appartenaient; quelquefois même ils étaient enveloppés par l'enceinte des villes ou des châteaux. Ces intéressants monuments ont été jusqu'à présent fort peu remarqués. Lorsqu'on ne s'occupait que d'archéologie grecque, romaine ou celtique, on décrivait et mesurait avec soin une meule de moulin à bras, mais on ne disait rien de ces petites usines qui depuis sept et huit cents ans n'ont cessé de fonctionner. Il est vrai qu'alors on ne les voyait pas. Depuis qu'on s'est aperçu qu'il y avait en France d'autres monuments que les restes des amphithéâtres et des temples du Peuple-Roi, on a été tellement ébloui par la merveilleuse beauté des hautes cathédrales qui dominent les villes, des grandes abbayes qui embellissent les campagnes après les avoir civilisées, des vastes châteaux et de leurs grosses tours, que les petits moulins situés à leurs pieds n'ont pu même, par leur tic-tac monotone, attirer l'attention. La Gironde possède une assez grande quantité de ces moulins fortifiés; tous ressemblent à des donjons isolés, et quelques-uns sont placés dans des positions qui devaient être considérées comme très-fortes à l'époque oii ils furent construits. Tel est celui de Bagas (Planche XI), situé sur le Drot, à quelques centaines de mètres au nord de l'église.

En 1436, cent vingt ans environ après sa construction, il fut donné par Henri VI, roi d'Angleterre, à Pierre Durant, écuyer : « Pro Petro Durant, armigero, habendo possessionem loci de » Gironde et molendinorum de Bagatz (•). »

En 1488, les Prébendes de l'église paroissiale et collégiale de La Réole furent institués par Gailhard Andrieu, archidiacre de Blaye, chanoine de l'église Saint-Seurin de Bordeaux, trésorier et chanoine de celle de Saint-Michel de La Réole, recteur et archiprêtre de Monségur, et seigneur du Grand-Lynas, en la seigneurie et paroisse de Blanquefort. II donna pour cette fondation une partie de ses propriétés, entre autres le moulin à eau de Bagas (^).

(') Râles Gascons.

(') Dupin; Notice historique et statistique sur La Réole, pag, 200.

MOULIN DE BAGAS 29

En 1G46, messiie Mathieu de Majance, écuyer, conseiller, maître d'hôtel ordinaire du Roi, était seigneur de la maison noble et du moulin de Bagas.

Le 20 juin 1663, François de Morin, seigneur du Sendat, agissant au nom de Monseigneur de |{<niillon et d'Albret, reçut hommage de Mathieu de Majance, pour le moulin à eau et battant de Bagas. Même hommage au duc de Bouillon, rendu par Pierre de Majance, du moulin noble à eau et battant de Bagas (*).

Ce moulin se compose d'une tour à peu près carrée, contenant deux étages planchéiés au-dessus du rez-tle-chaussée. A partir du sol du second étage, quatre échauguettes (*) octogones empAtent les angles du moulin. L'une d'elles renferme un escalier à vis qui conduisait sur les chemins de ronde, au sommet des courtines.

On entre dans le rez-de-chau.s.sée par deux portes ogivales, l'une au levant, l'autre au couchant; cette salle est, en outre, éclairée par six meurtrières assez larges. Les étages supérieurs sont garnis de meurtrières en croix, et, de plus, éclairés par des fenêtres géminées, subtrilobées et renfermées dans un riche encadrement rectangulaire, les échauguettes sont également garnies de meurtrières. On entre dans le premier étage piir une porte ogivale percée au sud au bout d'un pont en bois qui traverse un bras du Drot converti en prise deau. On arrive au rez-dt-chaussée par un pont-levis (K) (jui traverse l'écluse.

Tout cela, comme on le voit (>ar la planche XI, est d'un as|K'cl oxtr<^menient pittoresque; malheureusement, le couronnement n'existe plus.

Voici le plan du rez-de-chaussée et de son entourage. Deux éperons fort aigus (A et N) coupent le courant et dirigent les eaux dans deux vannes; les embouchures d'aval sont formées chacune de deux ouvertures ù linteau sur consoles; une meurtrière, percée aiMlessous du rez-de-chaussée,

protège chaque embouchure. Le Drot ayant été canalisé, une écluse passe au sud du moulin. Le déversoir est en /. L'intérieur du rez-de-chaussée a été dénaturé, mais remhi plus commode par la pose d'un dallage qui recouvre les roues ; ce dallage est plus élevé du côté de l'ouest. On entrait jadis dans le soubassement où se meuvent les roues par une porte ogivale à l'ouest (E); celle du rez-<le-chaussée est également ogivale et placée au milieu de la façade orientale. Primitivement, l'accès de ces j)ortes était fort dillicile, et le serait encore si le ponl A' n'existait pas. Pour arriver jusqu'à elles, il fallait traverser un large bras du Drot au sud, ou le Drot lui-même au nord. Si l'on prenait la première route, on ne pouvait, après avoir traversé le bras de la rivière, parvenir à la |)ortc E qu'en passant sous les défenses supérieures, et si l'on s'éloignait des murs, on recevait les flèches et carreaux lancés des meurtrières. La difliculté était la

[') O'Gilvy ; Nobiliaire de Guienne et de Gascogne, vol. H, pag. 1 17 et suivantes.

0 Petites tourelles en encorbellement sur les ttmrs, aux angles des courtines, au sommet des contreforts, etc , destint^es c'néralement h placer des sentinelles.

même si l'on choisissait la porte orientale; mais, comme il fallait passer près des murs, il est fort probable que le pont F était en bois au lieu d'être en pierre, et pouvait être facilement enlevé. Si l'on prenait la seconde route, il fallait traverser la rivière, puis s'établir sur une petite île (L) au nord du moulin, et de là les mômes difficultés que celles signalées plus haut se présentaient pour arriver aux portes. Le petit escalier placé extérieurement contre l'angle nord-est sert à passer sur l'île. Un autre escalier, dans l'intérieur, conduit au f)remier étage. Tous deux me paraissent modernes La communication se faisait autrefois au moyen d'une échelle, de sorte qu'en supposant le rez-de-chaussée enlevé par les assaillants, le premier étage pouvait encore tenir longtemps; sa porte était et est encore au bout d'un pont en bois qui pouvait facilement être enlevé lorsque le moulin était assiégé.

Cette porte (V) du premier étage, dont voici le plan, est extérieurement à linteau droit soulagé par un arc ogival ; en dedans, elle est en cintre bombé. Cet étage était nmni de latrines (L) placées en encorbellement au-flessus d'une des embouchures (l'aval, de trois fenêtres (II f), de trois meurtrières et d'un évier (E). Une porte (F) a dû servir à passer sur une galerie extérieure soutenue par des corbeaux encore en place. Dans les angles, on aperçoit les arcs de décharge qui supportent les échauguettes.

Le second étage est de beaucoup le plus intéressant. On y arrive par un escalier en bois appuyé contre le mur occidental, il est éclairé par quatre fenêtres semblables à celles de l'étage inférieur, c'est-à-dire à deux baies ogivales, subtrilobées, avec de larges embrasures en cintre bombé et munies de deux bancs. Les meurtrières, très-évasées à l'intérieur, ont leurs embrasures d'une seule venue. Cet étage était muni d'une cheminée qui cependant est moderne ; mais il est probable qu'elle

en remplace une ancienne. C'est de là seulement que prennent les échauguettes, qui donnent tant de pittoresque au moulin ; on y pénètre par de petites portes rectangulaires percées dans un mur étroit qui coupe l'angle de la chambre de manière à lui donner la forme d'un octogone. L'intérieur des échauguettes est circulaire, et leurs meurtrières ont la forme de celles de l'étage dont l'échauguette fait partie.

On voit encore, à l'intérieur, des corbeaux destinés à appuyer les poutres du plancher ou les jambettes de la charpente; d'autres corbeaux, à l'extérieur, ont peut-être servi à établir des hourds. et alors le couronnement aurait eu des créneaux, mais pas de mâchicoulis. Si l'on faisait une restauration intelligente de ce moulin, ce serait certainement un des plus jolis monuments de la Gironde.

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