‹ La Guienne anglaiseChapitre 13 sur 39 · MOULIN DE PUS · texte numérisé non relu

MOULIN DE PUS

A Bnssanne. canton il'Auros. arrondissement de Itazas (Plancbe XII, n" 12).

Le moulin de Piis. déjà signalé par la Commission des monuments historiques de la Gironde, est un des plus anciens du département. D'après ses caractères architectoniques, on peut le faire remonter à la fin du XIII* siècle. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'il existait déjà en 1319, ainsi qu'on le voit par une transaction de cette année, dans laquelle Arnaud de Pins (ou de Piis), seigneur de (^urton, cède à son cousin, Déodat de Pins, de Bassanne, divers fonds près du moulin [xissédé déjà [wr le père de Déodat de Pins, autre Déodat ou Doat.

Voici, d'ailleurs, le commencement de cet acte, que je dois à l'obligeance de M. de Piis, et qui donnera en même temps une idée de la langue gasconne du commencement du XIV' siècle : « Conoguda causa sia qu'en (sachent tous que) Arnaud de Pins de Curlon a bendut, quitat, gurpit, » per sin et per tots los sos, per tols temps, an Donat de Pins, fils d'en Doat de Pins et Bassana qui » fo, et a sous herts loyaux (légitimes), aqueres quatre liures detz sols bordelès d'oblies (de rentes), » que dilis que Piètre Guiraud de Bassana lo deve cadan (chaque année), del fieux de la terra que » ten de lui en Bassana, alloc aperat, Acamadura, et signât (situé) entre l'afar (propriété) deldict » en Doat de Pins d'una [wrt, et lo camin del molin deldict en Doat d'autra part, etc. »

Cet acte, daté en latin, est du mois de janvier 1319, Philippe étant roi de France, Edouard roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, Raymond de Sainte-Marie-La-Neuve cardinaWiacre, prieur de La Réole.

Le moulin de Bassanne est resté dans la mai.son de Piis jus^ju'à ces derniers lemps, et aucun fait historique le concernant n'est venu à notre connaissance. Depuis le XIII* siècle, il n'a probablement jKis discontinué un seul instant .son travail humble, mais utile. Cependant, le temps, peut-être même les révolutions no l'ont pas épargné : il a perdu sa couronne de créneaux, sa toiture a été remplacée |)ar un toit peu pittore»q»K'. Se trouvant situé au milieu d'un pays ravagé |)ar les guerres de religion, il a dû souvent, à cette époque désîistreuse, servir de fort et de lieu de refuge aux divers partis qui parcouraient la contrée. Une échauguette, sur l'un de .ses angles, date du XVI* siècle.

Ce moulin est bâti sur un plan barlong dont l'un des angles, celui du nord, est empâté par une tour carrée qui s'élève en encorbellement sur une base massive plus étroite et de même forme. Il .se compose d'un rez-<le-chau.ssée où sont les meules, et de deux étages. Le second n'a plus que les deux tiers de sa hauteur primitive, par suite de la démolition du sommet des murs, qui, si on en juge par quelques consoles placées au sud-ouest, devait être couronné de mâchicoulis. On entre dans le rez-de-chaussée par une large porte à linteau droit, mais cependant de l'époque primitive, lue |)etile fenêtre carrée est à côté de la porte. Ce rez-flc-chaussée, où sont les meules, a été iomplétement dénaturé; la roue a été changée de place et logée dans un apj)en(lice moderne a[)pliqué contre la façade du nord-est, de sorte que le coursier se trouve maintenant dans cet appendice, au lieu de passer dans le moulin, derrière lequel on aperçoit encore l'ancienne embouchure d'aval, à côté de la tour, sur la façade du nord-ouest. On voit aussi sur cette façade trois petites fenêtres en forme de meurtrières, éclairant le rez-de-chaussée, et une quatrième de même forme, s(!rvant également de meurtrière, et devant éclairer l'ancienne cuve.

On monte dans le premier étage par un escalier en bois qui part du rez-de-chaussée, ou par une porte ogivale qui s'ouvre du côté du sud-ouest. Une porte moderne a été établie à côté de celle du XIIP siècle. Cet étage est éclairé, en outre, par trois fenêtres carrées et simplement biseautées. Le second étage est également éclairé par des fenêtres carrées ; mais au nord-ouest s'ouvre une porte ogivale, à côté et au niveau du seuil de laquelle on aperçoit trois boulins placés directement au-dessus de l'embouchure d'aval. J'ai tout lieu de croire qu'ils ont servi en même temps à établir une bretèche et des latrines en bois ; c'est, d'ailleurs, la place ordinaire de cet utile réduit.

Les deux étages de la tour carrée correspondent exactement aux deux étages du moulin ; ils sont percés chacun de trois meurtrières cruciformes, une sur chaque face. On ne trouve aucune moulure dans ce petit monument ; tout est construit avec la plus grande simplicité ; les pieds-droits des portes et des fenêtres sont simplement biseautés. Les fenêtres ne sont que de petites ouvertures carrées, suffisantes pour donner un peu de lumière, mais sans aucun ornement; au rez-de-chaussée elles sont si étroites, qu'elles pourraient, à l'occasion, tenir lieu de meurtrières. C'est une construction fort solide, faite en petits moellons carrés smillés, et qui cependant ne devait pas manquer d'élégance lorsque son couronnement existait en entier.

J'ai vu ce moulin pendant l'hiver; il serait impossible d'en faire un dessin pendant une autre saison, tant il est voilé par les magnifiques saules qui l'enveloppent de toute part. J'ai été obligé d'en élaguer une bonne partie dans ma gravure.

MOULIN DE LÂBÂRTHE

A Blazimont, canton de Sauveterre-de-Guienne, arrondissement de La Réolc (Planche XII, n° 1).

Un des moulins les mieux conservés de la Gironde est celui de Labarthe, qui dépendait de l'abbaye de Blazimont, et fut aliéné, à ce qu'on assure, pour payer la contribution de cette abbaye dans la rançon de François I*^

Ce moulin est situé à un kilomètre environ au-dessous de cette abbaye, sur la Gamage, ruisseau qui se jette dans la Dordogne, entre Civrac et Saint-Jean de Blagnac. Sur un coteau voisin s'élève un château peu intéressant sous le rapport archéologique, et appelé maison noble de Cugat. « Cette » maison fut vendue en 1579 par Anne d'Autefort, femme de M. Pierre Le Berthon, écuyer, seigneur » d'Aiguille, conseiller du Roi en sa Cour de Parlement de Bordeaux, à Jean de MarsoHer, écuyer, » seigneur de Montant. La maison de Marsolier l'a portée dans la famille de Puch d'Estrac, qui l'a » portée dans celle de La Lande (*). »

Rien n'a été enlevé du moulin de Labarthe depuis l'époque de sa conslruclion (XIV" siècle), excepté la charpente, qui a été refaite; on y a aussi ajouté, au XV' siècle, une tourelle renfermant un escalier, ce qui en a un peu changé le caractère primitif, mais, en compensation, en a bien eipbelli le caractère pittoresque. Vu de la route (Planche XII, n° 1), il se détache en gris-clair sur le feuillage foncé des chênes, des trembles et des peupUers qui bordent le ruisseau. Il n'a jamais été

(') Renseignement fourni par M. de Lalande, membre correspondant de la Commission des Monuments historiques de la Gironde.

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